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La clameur s’est tue. Les Mauriciens retournent aujourd’hui à leur quotidien, après avoir vécu avec intensité les 10e Jeux des Iles de l’océan Indien (JIOI). La liesse nationale de ces derniers jours prouve que le sport est un des ciments de la nation. On peut toutefois légitimement se demander si ce mortier demeurera solide dans les semaines et mois à venir. Pour cela, il ne faut pas se tromper sur le sens de la victoire de la République lors des JIOI. Car l’enjeu est de créer les conditions pour d’autres victoires – pas que sportives – par-delà d’une parenthèse enchantée de 10 jours.

La défaite est orpheline, dit l’adage. Dans la victoire, donc, d’innombrables pères et mères vont se manifester. Suite à la mobilisation des très grands jours de ce lundi férié à Port-Louis, des géniteurs se font déjà bien voir. Certains conseillers du Premier ministre croient même savoir que parmi eux se trouvent «de grands leaders [du sport] qui peuvent faire mieux» que des pointures du passé. Face à une victoire inédite de Maurice aux JIOI, il est un peu normal que certaines personnes clament leur part de dividendes.

Seules ceux dotés d’une mauvaise foi totale refuseront de donner le moindre crédit au pouvoir politique en place. Oui, Stéphan Toussaint est le ministre du Sport qui a présidé à la réussite du pays aux JIOI. Oui, Pravind Jugnauth est son patron et le Premier ministre qui pourra dire que c’est durant son mandat que le pays a connu son premier succès éclatant aux JIOI. Mais ils ne peuvent, non plus, accaparer la victoire de tout un pays.

Pourtant, c’est ce qu’il va se passer. Quelques proches de Pravind Jugnauth s’attèlent déjà à sélectionner les images du chef du gouvernement pour un clip. Afin de tenter de démontrer, le moment venu, que le leader du MSM est le Premier ministre le plus sportif et ayant le plus à cœur le développement du sport dans la République. C’est de bonne guerre. On ne peut pas vraiment leur reprocher leur tentative d’instrumentaliser les récents évenements.

Le stratagème est toutefois moyennement intelligent. Surtout quand on sait que les dizaines de milliers de Mauriciens qui ont rallié Port-Louis ce lundi n’avaient que faire de l’identité du Premier ministre actuel. Tout comme ils se fichent, pour la plupart, de celui qui le sera à l’issue des prochaines législatives. D’ailleurs, les Mauriciens ne se rendent pas dans l’isoloir de sitôt.

D’ici là, tous les politiques doivent écouter le message sous-jacent de toute la mobilisation et de la ferveur autour des jeux. Certes, les Mauriciens aiment être en compétition et gagner. Maintenant que les athlètes étrangers sont rentrés chez eux, nos compatriotes se rabattront malheureusement sur les petites – et parfois dangereuses – rivalités intérieures. Il est donc important de se focaliser sur ce qui a déclenché ce fort sentiment de fierté parmi les Mauriciens par rapport à la performance de nos athlètes.

L’explication tient en deux mots : l’effort récompensé. Dans un pays où de nombreux compatriotes estiment que l’égalité des chances est un concept important mais creux, la réussite dans le sport est directement tributaire de l’effort fourni. Yannick Lincoln, Noemi Alphonse, Royla Ranaivosoa ou Sharvin Beedassee n’ont ainsi pas remporté l’or parce qu’ils connaissent un ministre ou sont proches du pouvoir. Ni n’ont-ils brillé car leur profil social et ethnique les prédispose à la réussite.

C’est l’effort récompensé qui a été si chaleureusement acclamé et fêté par les Mauriciens depuis le 19 juillet. Par dizaines de milliers, quadricolores à la main, ils ont dit leur attachement à l’égalité et au sens de l’effort. Dans quelques semaines, nos principaux dirigeants politiques nommeront leurs candidats selon des critères qu’eux seuls connaissent vraiment. Ils désigneront à des postes de responsabilités des personnes dont la principale – et parfois unique – qualité est leur allégeance à un chef ou un parti.

A l’issue des prochaines législatives, aucun réel changement profond ne sera apporté à la politique nationale de l’égalité des chances. Notre système de prise en charge éducative et sociale ne connaîtra pas non plus une révolution susceptible de pallier les inégalités qui se transmettent depuis des générations.

Jadis unis dans le sport et l’effort national, les Mauriciens seront à nouveau tiraillés par la nécessité de choisir un camp (politique) et tous les travers que celui-ci colporte. Aux JIOI du sport, nous sommes les champions. Aux JIOI de la politiques, nous demeureront piètres.

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