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Si on se fie à la définition académique, une tragi-comédie est une œuvre dramatique qui allie la tragédie et la comédie. Où s’alternent des évènements graves et drôles qui aboutissent à un dénouement heureux. Si on doit retenir un duo tragi-comique au sein de notre paysage politique local, le choix semble évident : Pravind Jugnauth et Paul Bérenger.

Après avoir roucoulé durant la période 2000-2005 avec la perspective d’un primeministership partagé équitablement entre les patrons du MMM et du MSM, le duo s’est vite désagrégé. L’aîné des frangins traitant l’autre de «ti frer ti lespri». Le second répondant du tac au tac en rebaptisant le moustachu de «Johnnie». Tout en l’accusant de faire des gâteries à Navin Ramgoolam. Sept années se sont écoulées.

En 2018, Paul Bérenger a presque cherché à faire comprendre que les secrets d’alcôve du gouvernement ne lui sont pas étrangers. Il a annoncé le timing du retrait de l’ancienne présidente de la République, Ameenah Gurib-Fakim. Plus récemment, il a laissé entendre qu’il a été tenu au courant des discussions au sein du gouvernement sur la réforme électorale. Le discours très posé, voire amical du leader du MMM au Parlement sur le projet de loi, le 7 décembre, a d’ailleurs retenu toute l’attention du Premier ministre et de sir Anerood Jugnauth.

Patatras, cette fin de semaine ! Dans son fief à St Pierre, Jugnauth a déterré la hache de guerre. Bérenger a, lui, enterré le calumet lors du dîner de fin d’année des mauves. Le patron du MMM est ainsi «la plus grande déception» du Premier ministre. Qui prévient qu’il ne veut pas que ce dernier se rapproche de lui. Le leader des mauves n’est pas en reste. La prestation de Jugnauth en 2018 a été «ridicule», selon lui. Il estime même qu’il est «honteux» que le Premier ministre demeure en fonction alors que le Privy Council écoute l’appel du Directeur des poursuites publiques dans l’affaire Medpoint, ce janvier. Dans une envolée convenue, Bérenger prévient : son parti ira «seul» aux prochaines législatives «e sa pa pou sanze».

Doit-on le prendre au mot ? Rien dans le passé politique lointain ou récent du MMM ne nous permet de faire cela. Ainsi, l’alliance PTr-MMM était «out out out» pour Bérenger à peine quelques jours avant que les koz-koze ne démarrent entre Navin Ramgoolam et lui. La rupture des négociations était, de même, «définitive» entre les rouges et les mauves en juin 2014 avant qu’un deus ex machina ne remette tout en place. Bérenger fustigeait, ce jeudi, le fatalisme en politique. Le MMM, par fatalité, ne réussit plus qu’à mobiliser – et le terme est relatif – ses troupes en faisant mine de se préparer sérieusement à affronter seul les législatives. On connaît donc la rengaine.

Quid alors de l’attitude de Pravind Jugnauth ? Lui, non plus, n’affiche pas de volonté de conciliation. Mais aurait-il seulement pu se réfugier dans une autre posture ? Épargner Bérenger, voire continuer à lui tendre la main après ses dernières bravades, équivaudrait à se placer dans une position de mendiant. Or, un Premier ministre, a fortiori à l’approche des échéances électorales, doit être perçu comme ayant le contrôle de l’échiquier politique. Si Bérenger est dans son rôle, Jugnauth l’est donc tout autant.

Est-ce à dire qu’on s’achemine en effet vers un match à trois partis ? La logistique politique – attributions et partage des pouvoirs entre les oranges et les mauves – est compliquée à gérer. Le traumatisme de décembre 2014 est, lui, toujours douloureux. Ils pourraient faire capoter un rapprochement. Mais l’excitante perspective d’une partie à trois sera davantage subie que voulue. Tant les leaders – maladivement prudents – cherchent invariablement à briguer les suffrages dans la configuration leur offrant le plus de chances de succès.

L’année 2019 est «spéciale» pour Bérenger car c’est celle des législatives. A quoi Jugnauth rappelle qu’il peut légalement appeler le pays aux urnes jusqu’en mai 2020. Tragiquement, pour les rouges et les mauves, Pravind Jugnauth a la maîtrise du calendrier électoral. Usé par une campagne électorale permanente démarrée à l’entame de 2019, le MMM pourrait, de manière comique, terminer l’année sur les rotules et devoir négocier en position de faiblesse avec Jugnauth. Rien ne dit, toutefois, qu’une telle alliance connaîtra un dénouement heureux.

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