« Une enfance marquée par la souffrance et les abus l’ont poussée à arrêter de parler – mais la voix qu’elle s’est trouvée a aidé des générations d’Américains à trouver leur arc-en-ciel parmi les nuages, et nous a inspirés à être le meilleur de nous-mêmes. » L’hommage de Barack Obama à Maya Angelou, qui a marqué l’histoire américaine par sa plume et son engagement, rappelle les origines douloureuses de cette grande dame et la vie qu’elle s’est forgée en dépit de, ou peut-être à cause de ce qu’elle a vécu.

Auteure, poète, dramaturge, actrice, danseuse, chanteuse, parolière, compositrice… Cette boulimique de la vie ne s’est rien refusée. Et a vécu comme elle l’a écrit. Car pour reprendre ses propres mots, Maya Angelou ne s’est pas seulement évertuée à « survivre, mais à s’épanouir, et à s’épanouir avec passion, compassion, humour et style ».

A 86 ans, la dame s’est éteinte « paisiblement » chez elle, hier mercredi 28 mai. Si, durant ses dernières années, Maya Angelou a connu quelques ennuis de santé, son esprit était toujours aussi vif. Elle devait d’ailleurs, ce mardi, assister à une cérémonie pour recevoir un Beacon of Life Award – déplacement qu’elle a dû annuler à la dernière minute sur ordre de son médecin. Dans le communiqué émis hier, sa famille se dit « reconnaissante que son ascension n’ait pas été alourdie par une perte d’acuité ou de compréhension ».

Les réactions, de personnalités et d’anonymes, sont nombreuses suite à son décès. L’université de Wake Forest, à Winston-Salem, en Caroline du Nord, où Maya Angelou était professeure et chargée de cours en American Studies depuis 1982, la décrit comme « un trésor national dont la vie et les enseignements ont inspiré des millions à travers le monde ». Récompensée dans ses différents domaines d’activités (elle a 3 Grammy Awards à son actif et des dizaines de diplômes honorifiques), la fille du Sud a aussi reçu le Presidential Medal of Freedom de Barack Obama en 2011 (photo) – la plus haute distinction américaine pour un civil.

maya angelou obama

Maya Angelou, de son vrai nom Marguerite Johnson, était connue pour ses autobiographies, en particulier les mémoires publiés en 1969 sous le titre I know why the caged bird sings. Elle y narre son enfance dans le Missouri, auprès de sa grand-mère et de son frère, loin de ses parents divorcés, son viol à 7 ans et les abus sexuels qu’elle a subis, les discriminations, le fait d’être mère à 16 ans…

Elle plonge dans un mutisme suite au décès de son violeur. La découverte de la poésie et de la littérature, vers ses 13 ans, lui redonne le goût de la parole.

Dans Lettre à ma fille, elle écrit : « Vous pouvez n’avoir aucun contrôle sur tout ce qui vous arrive, mais vous pouvez décider de ne pas être diminué par cela. » Elle ne s’est pas laissée diminuer par les épreuves. Première Afro-Américaine à exercer en tant que cable car conductor à San Francisco, Maya Angelou a également été serveuse, prostituée, cuisinière…

Amiri Baraka and Maya Angelou dance at the The Schomburg Center for Research in Black Culture in New York.

Photo (via Huff Post) : Maya Angelou danse avec le poète Amiri Baraka lors d’un hommage à l’auteur Langston Hughes.

Cette femme de stature – elle faisait plus d’1 m 80 – a surtout été l’une des figures charnières de la lutte pour les droits civiques aux USA, œuvrant aux côtés de Martin Luther King Jr et de Malcolm X. Narrant dans ses écrits son vécu de femme noire en terre de ségrégation, donnant, par là même, voix aux sans-voix comme elle. Polyglotte, elle a travaillé aux Etats-Unis mais aussi en Egypte et au Ghana où elle a travaillé comme journaliste.

« Il m’a été dévolu, dit-elle dans un entretien, d’écrire sur la morale, l’espoir, la désolation, la douleur et l’extase et la joie et le triomphe dans l’esprit humain. Et j’écris pour nous tous car je sais que les humains sont plus semblables que dissemblables. »

Sources : Page Facebook de Maya Angelou, The Guardian, US Embassy, Academy of Achievement, CNN – Photo principale via Flickr et www.oprah.com