Le procès intenté à Navin Ramgoolam, Rampersad Sooroojebally et Dev Jokhoo a repris en Cour intermédiaire. Rakesh Gooljaury était de nouveau à la barre des témoins, cette fois pour répondre aux questions d’un Mooloo Gujadhur, qui représente Jokhoo, très offensif.

S’il est apparu nonchalant durant toute cette séance matinale, Rakesh Gooljaury a été par moments inconfortable face au barrage de questions  de l’homme de loi de Dev Jokhoo. Mooloo Gujadhur l’a interrogé notamment sur sa situation financière, sur le déroulé des événements de la nuit du 2 au 3 juillet, mais aussi sur ses relations avec des politiciens.

Gooljaury précise qu’il est «chômeur» et non, «self employed» comme indiqué précédemment. Gujadhur donne le ton, très mordant, dès le début : «Sa manti ki ou’nn dir an 2011 la, sa inn telman ronz ou pandan 4 an, ki kouma Navin Ramgoolam perdi eleksion, an enn mwa, ou’nn bizin al dir sa.» Il ne relâchera d’ailleurs pas la pression. Gooljaury se sentait coupable vis-à-vis de sa femme ou de sa maîtresse ? demande l’homme de loi. «Ma girlfriend», répond le témoin. Le ton de Gujadhur ne plaît pas au Parquet, qui le fait savoir.

Non, il n’a rien reçu en échange de son nouveau témoignage, insiste Gooljaury. Sa famille et sa femme non plus. Le témoin est toutefois évasif  sur la période à laquelle il a cédé sa société Luvoxy à sa «girlfriend». Il déclare ne pas savoir, non plus, à qui appartient Women’s Secret (boutique de lingerie qui a ouvert ses portes en juillet).

Gujadhur insiste sur la société Luvoxy, évoquant le fait qu’après l’avoir acquise, la «girlfriend» de Gooljaury l’a vendue à son cousin. Mohana Naidoo, représentante du bureau du Directeur publiques, intervient. Arguant que le témoin ne peut être interrogé sur ce point, celui-ci ayant déjà été abordé lors des précédentes auditions. Glover objecte : pour que les éléments de preuve puissent être débattus, Gooljaury doit sortir. Celui-ci est évacué de la salle. La magistrate Seebaluck tranche : Me Gujadhur peut poursuivre «to put any inconsistency out».

Gujadhur reprend son contre-interrogatoire là où il s’était arrêté : qu’en est-il de Luvoxy ? Gooljaury ayant tour à tour affirmé l’avoir vendue à sa compagne, la lui avoir transférée et, aujourd’hui, plaidant l’ignorance. «Swazir enn version ladan. Si ou le, mo tir lakourt pay, ou deside», lui lance l’homme de loi.

Il a donné la compagnie à Farhana Farouk Hossen, finit par répondre Gooljaury. Qui affirme cependant ne pas être au courant de ce qu’elle en a fait, ni si la compagnie est encore au nom de la jeune femme. Il lui a posé la question, poursuit le témoin, mais elle affirme ne pas savoir.

Gujadhur le confronte alors à une coupure de presse de l’édition du Week-end d’hier, qui évoque le «come-back en force» de Gooljaury et l’ouverture prochaine de certaines enseignes. Et le fait qu’il serait derrière la franchise de restauration Chez Paul. Tout est «faux», affirme le témoin, qui affirme qu’il servira une mise en demeure au titre. «Tout le monde ment ?!» l’interroge Me Gujadhur. «Moi, je ne dis que la vérité», affirme Gooljaury.

L’avocat de Dev Jokhoo continue de creuser la situation financière du témoin. Qui ne se souvient pas du montant exact de ses dettes, mais il a effectué un «statement of affairs» il y a deux mois. Les Rs 500 millions de dettes évoquées auparavant par Me Narghis Bundhun durant son contre-interrogatoire, répond-il, comprennent les pénalités. Gujadhur s’étonne que Gooljaury ne puisse confirmer précisément combien il doit à la MauBank et à AfrAsia, alors qu’il l’a fait avec Me Bundhun. «Sa ve dir ou per Narghis Bundhun, ou pa per mwa», lâche l’avocat, sarcastique. «Zordi ou al labank, ki sann-la pou donn ou 5 sou ? Ou’nn rant dan bad debt», poursuit ce dernier. Gooljaury dit n’avoir approché aucune banque. La magistrate intervient, renvoyant l’avocat à la cour commerciale sur ce point.

Gujadhur revient ensuite, comme Bundhun la semaine dernière, sur le manque de collaboration de Gooljaury avec l’équipe de PwC lorsque son entreprise a été mise sous administration judiciaire. Gooljaury dément avoir «fait de la résistance». Yogesh Rai Basgeet a donc menti dans son affidavit ? Mohana Naidoo intervient à nouveau : Gujadhur compte-t-il citer l’administrateur judiciaire à comparaître ? Oui, répond l’avocat de Jokhoo.

Quand Gooljaury a-t-il remis son «statement of affairs» aux administrateurs judiciaires ? Son «Je ne sais pas» provoque l’hilarité générale. Même les magistrats ne se retiennent pas. Gooljaury est décontracté, nonchalant, le sourire aux lèvres.

L’homme de loi de Dev Jokhoo s’attaque, cette fois, aux engagements pris par Gooljaury vis-à-vis de son ex-femme suivant leur divorce prononcé en début d’année. «Ou’nn promet later, lesiel ou madam marie plis ou tifi», fait remarquer l’avocat. Soit en promettant de verser Rs 200 000 mensuellement à son ex-femme en attendant de lui remettre Rs 50 millions et une voiture valant Rs 1,5 million. Combien lui a-t-il remis ? Rs 15 000 à Rs 20 000 par mois, grâce à sa «girlfriend», répond-il à un Mooloo Gujadhur insistant. Gooljaury affirme : il s’était engagé «in good faith».

«Letan ou’nn signe, kot ti pou al gagn tou sa kas-la?» persiste l’homme de loi. Car son entreprise était déjà sous administration judiciaire. «Mo’nn dir mo pou seye», fuse la réponse. Et qu’il paierait dès qu’il aurait l’argent. D’où ? martèle Gujadhur. Quand il aurait recommencé à travailler, réplique le témoin, ce qui n’est pas encore le cas. Ses sœurs s’occupent de leur mère, qui était auparavant à sa charge.

«Mo kliyan, li la lor ou parol», contre alors Me Gujadhur. Après 40 ans de carrière sans tache dans la police, «ou’nn fer li sispann». «Ou ena ‘girlfriend’ pou roul ou lakzwizinn. Li, pansion li pa pe gagne parski li ankor sispann, li pena personn pou roul so lakwizinn, tou sa la akoz ou, akoz konsians ki ou’nn lave», assène l’avocat de Jokhoo. Gooljaury, dans ses petits souliers, répète : «Mo pe koz laverite.»

L’homme de loi de Jokhoo passe  au volet politique, notamment les relations de Gooljaury avec «certains politiciens» avec qui il avait de bonnes relations. Le témoin confirme : il a de nombreux «camarades politisiens». Les «ex-politiciens» ne sont plus des amis, interjette Gujadhur. Gooljaury n’est pas d’accord. A-t-il «manze bwar» avec des ministres ? Gooljaury hésite avant de répondre que non.

Connaît-il Roshi Bhadain ? Oui, répond le témoin, c’était son ami et, un temps, son avocat. «Il n’est plus ministre, il n’est plus votre ami ?» demande l’homme de loi de Jokhoo. «Li touzour mo kamarad», affirme Gooljaury. «Nou bon kamarad depi 15 an.» Ont-ils «manze bwar» ? Gooljaury répond prudemment : ils se sont vus dans un hôtel une fois et se sont salué.

L’avocat brandit alors une note pour une réservation pour 4 adultes et un enfant dans un hôtel 5-étoiles . Faite par Rakesh Gooljaury pour le compte de Bhadain, . Il ne s’est occupé que de la réservation et non de régler la facture, déclare Gooljaury sous les rires. «Vous êtes sa secrétaire ?» interroge Gujadhur, qui compte faire appeler Bhadain à la barre.

Me Gujadhur aborde la dernière partie de son contre-interrogatoire : les événements de la nuit du 2 au 3 juillet 2011. Oui, confirme Gooljaury, il était accompagné de son ex-femme avec qui il n’avait pourtant plus de «vie conjugale» depuis deux ans à l’époque. La raison ? Elle était une amie de Nandanee Soornack.

Le soir du vol au campement de Roches-Noires, il est arrivé sur les lieux 35 à 40 minutes du coup de fil de Soornack. Dev Jokoo, quelques minutes après lui. Gooljaury dit toutefois ignorer l’heure précise. Si Jokhoo affirme que Navin Ramgoolam et Gooljaury étaient les seuls sur les lieux, ce dernier maintient que Soornack était bel et bien là. Et qu’ils ont discuté du vol.

Gooljaury contredit également la version de Jokhoo à l’effet que ce dernier ne lui aurait pas présenté l’un des officiers de police qui s’étaient rendus au campement dans la matinée du 3 juillet. Ce policier soutient la version de Jokhoo, ajoute l’avocat. L’ex-DCP affirme, par ailleurs, ne pas avoir parlé au témoin ce matin-là. Pourtant, affirme Gooljaury, Jokhoo et lui se sont entretenus cinq ou six fois.

Gooljaury est, par la suite, rentré avec son cousin. Qui n’avait pas le permis à cette époque, a relevé Me Gujadhur. Il n’était pas au courant, affirme Gooljaury. «Tout le monde ment sauf vous…» a glissé l’homme de loi, en terminant son contre-interrogatoire.

Le Parquet n’ayant pas de questions, la séance a été ajournée au 24 janvier. Six témoins sont cités à comparaître ce jour-là. Des audiences sont aussi prévues les 26 février, les 5 et 7 mars.

Note : Le texte mentionnait, de manière erronée, la firme BDO au niveau de la mise sous receivership de l’entreprise de Gooljaury.