Voleurs et vandales : ils sont nombreux à se servir en câbles et métaux sur le site du Mauritius Radio Telescope (MRT) de Bras-d’Eau, près de Poste-Lafayette. Pourtant, le responsable du site, Dinesh Somanah, n’est pas plus inquiet que cela. « Nous sommes en train de reculer pour mieux sauter », avance le chercheur en astrophysique, également Associate Professor à l’Université de Maurice.

En effet, si une partie des antennes et des équipements du MRT est toujours en place, ils ne servent plus à grand-chose. Le matériel, désuet, attend d’être remplacé par les grandes antennes paraboliques du Square Kilometer Array (SKA). Ce nouveau radiotélescope local fait partie d’un projet d’envergure réunissant Maurice, l’Afrique du Sud ainsi que six autres pays du continent. L’objectif est ambitieux : construire sur le sol africain le plus grand radiotélescope au monde. Au coût astronomique de Rs 60 milliards (EUR 1,5 milliard), financé par des bailleurs de fonds internationaux.

Si Dinesh Somanah se félicite des nombreuses avancées dans le domaine de l’astrophysique réalisées grâce au MRT, il estime que le SKA permettra de pousser la recherche plus loin. « Avec ce nouveau radiotélescope, nous serons en mesure d’écouter beaucoup plus près du Big Bang. » Quand cela sera-t-il possible ? « Le site de Bras-d’Eau devrait accueillir les quatre premières antennes paraboliques en 2019-2020 », confirme Dinesh Somanah.

Un peu loin comme échéance ? Pas du tout en fait, car comme l’explique le responsable du MRT, 50 % de la technologie qui sera utilisée pour analyser les données recueillies par les nouvelles antennes n’ont pas encore été inventées. Par ailleurs, si les équipements étaient installés dès maintenant, nous n’aurions pas suffisamment de chercheurs locaux pour les exploiter. « Actuellement, six mauriciens complètent leur maîtrises et doctorats en astrophysique en Afrique du Sud. Ils reviendront juste à temps pour participer au lancement du SKA », se réjouit Dinesh Somanah.

En attendant, vandales et pilleurs de ferraille se réjouissent. Semaine après semaine, ils continuent en effet leur larcin à Bras-d’Eau. Mais ils ne perdent rien pour attendre. Car à l’avenir, il sera autrement plus difficile de repartir avec une antenne parabolique de plus de 10 mètres de diamètre à l’arrière d’un camion…

Image: des boites de connexion, vidées de leur contenu et abandonné dans la forêt. [photos de Jacques Catherine]