Au cœur de la Révélation ordonnant le jeûne du mois du Ramadan, est transmis au Prophète (saw), un verset peu ordinaire :

« Et quand Mes serviteurs t’interrogent sur Moi… alors Je suis tout proche : Je réponds à l’appel de celui qui M’appelle quand il M’appelle. Qu’ils répondent à Mon appel, et qu’ils croient en Moi, afin qu’ils soient bien guidés » (Le Coran 2 : 186).

Dieu est tout proche. Cela, le jeûneur doit le ressentir. Intimement. Le fait de ne pas manger, boire et contrôler ses désirs ne serait qu’un moyen. La finalité, c’est d’atteindre une profonde conscience de Dieu, de s’approcher de Lui. Ailleurs, la Révélation nous apprend que le jeûne a ainsi été prescrit aux peuples d’antan avec ce même objectif d’être avec Dieu.

Comme si, au fil du temps, il a été essentiel de rappeler à l’humanité le fait que Dieu est proche. Nous L’avons trop souvent rejeté, nié, négligé, oublié. Même Ses serviteurs, littéralement ici, Ses adorateurs, ont besoin d’accéder à Sa proximité plus profondément. Ils cherchent, ils réfléchissent, ils s’interrogent, ils interpellent les Prophètes, jusqu’au dernier parmi eux. Sur Dieu. Et la réponse ne souffre d’aucune hésitation : « Je suis tout proche. »

Affirmer dans un même souffle, à la première personne du singulier, qu’Il répond à l’appel de celui qui L’appelle quand il L’appelle est un aveu d’amour divin. Il n’existe rien entre Dieu et le serviteur-adorateur. Quel que soit l’état de ce dernier, pécheur ou pieux, riche ou pauvre, blanc ou noir, femme ou homme, Dieu lui témoigne Sa proximité révérencielle et affectueuse du moment qu’il se tourne vers Lui. Tout intermédiaire entre Créateur et créature s’efface jusqu’au point où mention n’est même plus faite du Prophète (saw). Ce lien avec Dieu n’est pas une affaire de raison ou d’émotion bien que les deux s’y mêlent, c’est d’un ordre qui ne ressemble à rien d’autre de ce qu’un être puisse éprouver.

Celui qui ressent Son appel doit y répondre, croire en Lui et sera bien guidé. Ne pas manger, boire et assouvir ses désirs, des actes légitimes en d’autres circonstances, donne au jeûne sa forme. L’essentiel n’est pas dans ce que nos yeux voient, mais dans le fait d’être proche de Dieu. Un état qui ne peut être vécu que dans la pudeur, l’humilité et la sincérité de celui qui cherche à plaire l’Aimé. Cette conscience de Dieu, la quête du jeûneur, est aussi la provision du pèlerin qui voyage vers la Maison de Dieu, du combattant sur le Chemin de Dieu, de la créature qui appartient à Dieu et vers Qui est le retour.

Or, nos cœurs se sont endurcis. Nous avons pris les moyens pour la finalité. L’apparence est là, mais sommes-nous parvenus à nous approcher de Dieu ? Nous sommes loin de cette aspiration originelle vers le bien qui doit nous animer. Notre foi n’illumine pas notre raisonnement. Le convenable, la justice, la paix et éventuellement l’amour de Dieu et de Ses créatures ne sont qu’une illusion lorsque ne demeure que la forme. L’uniformité devient la norme et nous oublions que Dieu a voulu la diversité. Notre fraternité, spirituelle, familiale ou plus largement humaine, souffre car nous ne comprenons pas que Dieu nous aurait fait identiques s’Il l’avait voulu. Avons-nous, esprits si limités, fait de la forme que nous donnons à notre religion notre idole ?

Tout est perdu ? Absolument non, car Dieu est proche même si nous ne pouvons Lui donner aucune forme. Il suffit de répondre à Son Appel et croire en Lui afin que nous soyons bien guidés. Mais pas seulement dans la forme…