Le rapport de la National Energy Commission (NEC, 2013) est édifiant. D’abord, il démontre que l’Integrated Electricity Plan (IEP) du CEB reposant absolument sur l’introduction de CT Power en 2015 est un « non-starter ». Conséquemment, notre réserve de capacité, qui est l’équivalent de la marge de manœuvre que nous avons pour éviter des coupures partielles afin de satisfaire la demande, devient dangereuse dès janvier 2015, sinon des mois plus tôt. La Table 1 (plus bas) nous montre une réserve de -7% alors que normalement elle doit être de -5% au maximum.

Or, que s’est-il passé pour que le malheur n’ait pas eu lieu ? D’abord, la demande de pointe maximale a été moindre. Soit de 457 MW jusqu’ici au lieu des 475 MW prévus. Ensuite, les 22 MW de Beau-Champ restent en opération. Il faut y ajouter les 3 MW de Mare-Chicose, les 10 ou 12 MW de photovoltaïques qui tombent à pic pendant les jours de forte chaleur ensoleillée ou encore les efforts non négligeables de maîtrise de la demande de part et d’autres. On peut aussi penser que le Central Electricity Board est passé maître dans l’art de gérer de telles situations potentiellement explosives… mais à quel prix ?

Table 1-Reserve Capacity Margins_NEC

 

Si nous recalculons la réserve de capacité à la lumière de l’analyse pointue de la NEC en la matière, nous avons une valeur très favorable et sûre de 0% avec la pointe record de 457 MW enregistrée. Cela explique pourquoi le malheur n’a pas eu lieu. Et il suffira d’ajouter ne serait-ce que 30 MW additionnels pour assurer une réserve positive en 2016.

Il demeure que nous aurons toujours à faire face aux mois d’octobre à décembre 2015, cette année, sans aucune capacité additionnelle installée à St Louis ou ailleurs. Sommes-nous à l’abri d’un déficit ?

Même avec une sécheresse qui diminuera le rendement hydro-électrique et une demande insensée aux heures de pointe de 475 MW, il s’avère que nous aurons une réserve qui est satisfaisante de -1%, à la seule condition que l’entretien des centrales se fasse normalement, comme prévu durant cette période, soit limité à moins de 15 MW (voir Table 2).

En un mot, le message essentiel est qu’il faut faire dès maintenant l’entretien des moteurs et surtout des grosses centrales afin qu’ils répondent pleinement à l’appel à la fin de l’année. C’est tout le contraire de ce que propose un ex-président du CEB.

Table 2-Reserve Capacity Margins_NEC

 

Conclusion

On serait tenté de dire que nous pouvons dormir sur nos lauriers, surtout sachant le potentiel de la maîtrise de la demande, qui demeure à être exploité. Mais la passivité a trop duré. La sérénité doit primer sans donner lieu à la complaisance. Il nous faut donc installer au plus vite les moteurs de St-Louis et lancer les projets renouvelables annoncés.

Cela ne doit nullement nous empêcher de penser à notre transition énergétique dès maintenant dans les termes les plus concrets qui soient. L’efficacité énergétique doit être la clé de voûte de notre politique énergétique.

Les « smart cities » dont rêvent certains n’auront rien d’intelligentes sans une décentralisation indispensable de notre production électrique, si les infrastructures de transmission demeurent archaïques et si nous n’intégrons pas les technologies de consommation innovantes.

To fail to prepare is to prepare to fail…