Du 1er janvier au 31 mai de cette année, il y a eu 43 morts sur nos routes, soit 11 morts durant la période de confinement (du 18 mars au 31 avril). La Covid a fait 8 victimes. La route a, ainsi, tué 3 personnes de plus que ce virus. En période de confinement, comment y a-t-il eu des accidents quand la plupart des Mauriciens étaient calfeutrés à la maison et les routes désertes ? La mentalité de certains usagers de la route est décriée par la police. Alors que les campagnes de sensibilisation s’enchaînent.

Que démontrent les chiffres ?

Depuis le début de l’année, 41 accidents ont fait 43 victimes, le dernier en date est celui du 23 mai dernier. La victime a rendu l’âme 9 jours après l’accident. Shaun Jordan Elmire, âgé de 23 ans, est mort suite à un ‘hit and run’ à Grand-Gaube. 7 piétons, 5 chauffeurs, 3 passagers, 2 cyclistes, 23 motocyclistes et 3 passagers en croupe à moto ont trouvé la mort sur nos routes.

Plus de 65 % des accidents fatals concernent les deux-roues, incluant les cyclistes. Un chiffre très alarmant, qui démontre la vulnérabilité des motocyclistes (60,4 %) et cyclistes (4,6 %) à Maurice.Pour l’ASP Ashok Mattar de la Traffic Branch, c’est une situation inédite. Certains Mauriciens ont non seulement fait fi des règles de confinement, mais n’ont pas respecté le code de la route. La moitié des accidents fatals durant le confinement totale était due à l’alcool et l’excès de vitesse. Il y a eu 170 accidents fatals du 1er janvier 2020 au 31 mai 2021.

Pourquoi tant d’accidents fatals ?

La flotte de véhicule à Maurice continue à avoir une croissance moyenne de 4,5 % chaque année, ce qui représente un peu plus de 620 000 véhicules sur nos routes. Cela fait un véhicule pour chaque personne dans la population active. Alain Jeannot, président de Prévention routière avant tout (PRAT), affirme qu’il n’y a aucune mesure pour diminuer cette hausse de véhicules. Et qui dit plus de véhicules, dit plus d’accidents. Des 30 000 accidents de la route en moyenne par an, il y en a environ 3 500 qui sont des accidents avec des blessés et morts.

En décortiquant ce nombre grandissant de véhicules, on peut constater que plus de 40 % de ces véhicules sont des deux-roues motorisés. Si l’on compare avec le Singapour, ce chiffre est de 15 % de plus et avec la France, il est de 4 %. « Cela démontre aussi pourquoi on a plus d’accidents fatals de moto. Déjà, les motocyclistes sont davantage à risque. Mais avec une flotte aussi importante, le risque augmente exponentiellement », explique Alain Jeannot.

Les infrastructures publiques sont-elles aux normes requises ?

L’état des routes est aussi une des causes qui pourraient accentuer la courbe en hausse des accidents. Le manque d’éclairage, les marquages qui ne sont plus visibles et les signalisations pas en bon état sont des éléments qui accentuent les conditions propices à un accident. A noter cependant que depuis le début de cette année, le ministre des Infrastructures publiques, Bobby Hurreeram, a débuté une opération d’envergure de ‘milling and resurfacing’ de plusieurs routes.Les campagnes de sensibilisation marchent-elles ?

Le gouvernement a pris l’engagement de réduire le nombre d’accidents par 50 % d’ici 2025. C’est ce qu’avait annoncé le ministre Alan Ganoo le 26 octobre dernier lors du lancement de la campagne ‘Zéro Accident’. Avant cela, il y a eu plusieurs campagnes de sensibilisation sur la sécurité routière et même des marches de sensibilisation auquel le gouvernement, incluant le Premier ministre Pravind Jugnauth, a participé. Après plusieurs centaines de millions de roupies dépensées sur des campagnes de sensibilisation sur la sécurité routière, les résultats ne sont pas probants.

L’incivisme et le non-respect de la Road Traffic Act

Beaucoup d’usagers de la route ne respectent pas le code de la route. Pour preuve, plus de 30 000 contraventions pour excès de vitesse sont délivrées par an. Ce sont les nouveaux chauffeurs qui sont les plus à risque quand on analyse l’âge des morts sur nos routes. Faudrait-il à  nouveau envisager le système de permis à points ? Quelles mesures adoptées ? « Par exemple, aux endroits les plus à risques d’accident il faudrait une voie dédiée aux motocyclettes comme c’est le cas dans des pays d’Europe », préconise Alain Jeannot. Ce dernier estime que les campagnes de sensibilisation sur la sécurité routière sont importantes. Mais il faut également entreprendre tout un travail de mesures préventives. « Il faut un entretien plus régularisé des véhicules, et des infrastructures adéquates », dit-il.

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