Changer de carrière après 13 ans, il l’a fait… C’est l’histoire de Madhav Sakurdeep qui a quitté son job dans un monde très Corporate pour ouvrir son restaurant après le confinement l’année dernière. D’expert en informatique à cuisinier, ce trentenaire a très bien franchi le pas. Interview-portrait.

D’emblée, pourquoi Mad so Manzé Lakaz ?
En résumé, j’étais dans le ‘corporate’ il y a 13 ans, et on n’avait d’autre choix que de se tourner vers le fast-food pour le déjeuner. Comme tout le monde le sait c’est une cuisine grasse. J’ai réfléchi à ce que je voulais vraiment faire et j’ai soumis ma lettre de démission. J’ai voulu proposer ce que mes collègues et moi recherchions comme nourriture pour le déjeuner, soit des repas typiquement mauriciens. Mad c’est moi, Madhav, et Manzé lakaz c’est pour se rapprocher des Mauriciens et pour garder l’authenticité.

Est-ce que c’est facile d’être un entrepreneur aujourd’hui ?
Non, ce n’est pas facile. Je ne viens pas d’une famille riche. J’ai commencé à zéro. Je commence peu à peu à survivre. J’ai investi mes profits dans mon business.

Quel conseil donnerez-vous à celui qui veut devenir entrepreneur ?
Il faut avoir de la volonté, de la patience et beaucoup de créativité. Il faut réfléchir sur son ‘self-growth’ et le développement de son entreprise.

Quels produits utilisez-vous ?
Majoritairement frais et bio. Prenons l’exemple de l’agneau. Comme il n’y a pas une grosse production à Maurice, j’étais contraint d’acheter de l’agneau congelé. Mais tout récemment, j’ai pu rencontrer un fournisseur qui me donne de l’agneau frais. En ce qui concerne le bio, il y a beaucoup de produits que j’utilise qui viennent de mon jardin. Je cultive beaucoup de légumes et de fines herbes. Par exemple, les pommes de terre, je dois les acheter car je ne pourrais pas produire autant de pommes de terre que j’utilise ici. C’est le cas pour l’oignon et l’ail. Mais la plupart des légumes que j’utilise sont produits chez moi. Avec du compost fait maison. Je fais de mon mieux pour, comment dire, aller vers le bio mais je ne suis pas enregistré comme producteur bio. Mais moi je sais ce qu’il y a dans la terre. Je n’utilise aucun insecticide et aucun produit chimique. Je cultive de l’aubergine, de la coriandre, du persil, des carottes, des citrons, du piment et de la papaye. Cette dernière peut être utilisée dans beaucoup de plats.

Des plats typiquement mauriciens, donc ?
Oui, typiquement mauriciens. Mais il y a aussi mes créations. Par exemple, la salade de papaye que je n’ai jamais trouvée ailleurs. J’ai essayé et je l’ai trouvée super bonne et elle facilite la digestion. Pour la saison qui approche, j’ai un avocatier de 33 ans, 100 % bio aussi. Mais tout comme le nom de Manzé lakaz, on utilise les fruits et légumes saisonniers, pour ne pas aller vers le congelé.

Que préfèrent les Mauriciens chez Manzé lakaz ?
Le bouillon de ‘brèdes’, les ‘chatinis’ de pommes de terre, pistaches, coco et la rougaille de poisson salé. Les plats à base de lentilles et ‘dholl’ sont également très appréciés. Tout le monde adore un ‘diri buyon bred, satini pom de ter, rugay pul, satini pistas, buyon bredsusu ek salad ver’. Ce sont des plats équilibrés. Les ingrédients utilisés sont frais. Je n’utilise que la cuisse de poulet pas le blanc. C’est très important à mentionner je pense parce que le blanc c’est comme de la bagasse. Mais la cuisse a du goût, beaucoup de protéines et de la graisse. J’ai créé mon propre ‘rounder’ de cuisse de poulet pour lequel j’utilise une cuisse entière.

Faites-vous de la vente à emporter ?
Pour le déjeuner, c’est ‘delivery’ et ‘take-away’ et pour le dîner c’est ‘take-Away seulement. Pourquoi ‘take-away’ seulement pour le dîner ? C’est parce que je me trouve à Helvétia, le centre de l’île. C’est plus convenable pour les gens qui sortent du boulot de passer par Helvétia pour prendre leur repas. L’endroit est très accessible pour prendre leur repas dans l’après-midi.

Les projets de Manzé lakaz pour le futur ?
J’aime bien jouer avec les goûts. J’essaie toujours de nouveaux plats. C’est en créant ces plats-là à la maison même et en les faisant goûter par la famille et les amis que je décide si le plat sera sur le menu ou pas. C’est un peu du ‘freestyle’ si on peut dire. Je peux combiner salé et sucré dans un seul curry. Tout récemment, j’ai rajouté le gigot d’agneau au riz safrané. Je me suis inspiré d’un plat que j’ai retrouvé ailleurs qui s’appelle ‘mine safranée’. Je me suis dit, pourquoi pas le riz safrané ?

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