La seconde phase de déconfinement a été étendue jusqu’au 30 juin. Une annonce du ministre de la Santé, le Dr Kailesh Jagutpal, lors de la conférence de presse du NCC, le vendredi 28 mai dernier. La décision d’étendre la deuxième phase du déconfinement a été prise par le Conseil des ministres et le High Level Committee sur la Covid-19 qui se sont réunis le même jour.

Le couvre-feu l’année dernière a très certainement porté ses fruits car pendant plusieurs jours consécutifs, le pays a enregistré zéro cas de Covid-19, et aujourd’hui on enregistre en moyenne seize cas par jour. À quel point sommes-nous prêts pour la seconde phase de déconfinement ? À en croire le Dr Veyasen Pyneeandee, obstétricien et gynécologue “il y a trois obstacles qu’on doit pouvoir surmonter à la prochaine phase de réouverture prévue pour le 30 juin. La premières phase, est la vaccination qui est importante pour l’économie du pays.”

Avons-nous fait assez de dépistage pour jauger les conditions locales?

“Je pense que nous sommes un peu en retard à ce stade-là et que la logistique ne suit pas. C’est pour cela qu’il y a une hausse de cas positifs”, ajoute-t-il. Le médecin de l’OMS a même confirmé qu’il y a des variants à Maurice, raison pour laquelle la transmission du virus est rapide.” Et d’ajouter :”On a très peu de victimes, ce qui est une bonne chose et qui nous permet de passer à la prochaine phase de déconfinement.”

Tandis q’une étude scientifique portant sur la Genomic Epidemiology of SARS-CoV-2 tente de déterminer la source de cette deuxième vague à Maurice. Les analyses scientifiques de l’évolution de la pandémie sur le terrain, dont le séquençage d’au moins 12% des cas confirmés, démontrent que le variant anglais B.1.1.318 est à l’origine de la propagation relativement accélérée du virus invisible dans différentes régions du pays.

Toutefois, quand le R0 (ou le R effectif) c’est à dire le taux de reproduction du virus au 17 juin dernier, a été analysé à travers un certain nombre de pays, on constate que la R Value de Maurice est le plus élevé.

La question donc se pose, à quelle variante faisons-nous face aujourd’hui?

Si la valeur R de Maurice est supérieure à celle de l’Inde et du Royaume-Uni, qui connaissent tous deux une augmentation exponentielle des cas liés à la variante delta. La valeur R au 17 avril était de 0,48. Le 17 mai, elle a doublé pour atteindre 0,96. Le 17 juin, elle est de 1.52. Actuellement, la tendance est à la hausse. Avec un taux de reproduction les plus élevés au monde, sommes-nous prêts pour entreprendre un déconfinement total et une ouverture des frontières?

“Les Mauriciens doivent davantage être éduqués quant aux gestes barrières, car il y a beaucoup qui ne les respectent pas, et c’est un gros problème. Si ceux-ci ne sont pas respectés, on va se retrouver comme dans certains pays d’Europe l’été dernier qui ont dû reconfiner suite à la résurgence des nombreux cas.” “Etant donné que le gouvernement a annoncé des mesures sur l’éducation dans le budget, je crois pas que le message est passé”, ironise le Dr Pyneeandee.

Selon le Dr Takesh Luckoo, économiste, “quand on regarde les décisions du gouvernement, on constate que la réouverture est envisagée”. “L’impact sur l’économie sera positif à la réouverture parce que depuis plus de trois mois, bon nombre d’entreprises n’opèrent pas à l’instar des restaurants, des cinémas, des pubs entre autres. Les Mauriciens dépensent beaucoup dans le secteur des loisirs, comme les Shopping Malls et les cinémas faute de mieux. ”

“La prochaine phase prévue le 30 juin, aidera à dynamiser l’économie, mais par contre j’ai des sentiments mitigés sur l’effet de la réouverture car les gens sont toujours perplexes vue la résurgence des cas. Néanmoins le fait que 450 000 personnes ont déjà reçu leur première dose, est un signe encourageant”, avance l’économiste.

“Avec la réouverture, on doit apprendre à vivre avec le virus, et maintenir nos gestes barrières. L’ouverture locale aura un effet positif, la relance économique ne se faisant pas d’un seul coup parce qu’il y a beaucoup de facteurs en jeu. En effet, les prix de nombreux produits de première nécessité ont pris l’ascenseur en plus de la taxe de Rs 2 sur l’essence, et la réouverture dépend énormément des consommateurs.” Et d’ajouter : “La relance économique ne se fait pas sans les consommateurs, et s’il n’y a pas de clients pour acheter les produits, la relance sera moyenne.”

“Ce qui manque dans le budget est une nouvelle étincelle dans la consommation, car avec les hausses consécutives, les consommateurs auront tendance à dépenser sur le nécessaire telles que les commodités de base. Il y a de grandes chances que le prix de l’essence augmente une nouvelle fois, car le prix à l’international des barils a augmenté”, conclut l’économiste.

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