Le retrait de l’armée russe est une victoire pour l’Ukraine. Mais la libération de la région s’accompagne de la découverte de possibles crimes de guerre et de villes et de villages dévastés. Le président Volodymyr Zelensky veut « traduire en justice ceux qui ont déclenché ou participé à cette terrible guerre »

Kiev découvre, à la faveur de l’abandon par l’armée russe de la bataille pour la conquête de la ville, le vrai visage de la guerre. De villes en villages, sur les routes et les sentiers, le spectacle de la dévastation foudroie le cœur des combattants ukrainiens qui avancent, désormais sans ennemis face à eux. Civils exécutés sur le pas de leur porte, dans les rues, dans leurs voitures. Maisons ravagées, brûlées, éventrées. Et puis, un peu partout au détour d’un chemin, des blindés russes calcinés avec des corps de soldats figés dans la mort, spectres de ce qui restera, au-delà du repli ordonné par Moscou, la chronique d’une défaite aux portes de Kiev.

L’histoire retiendra qu’au trente-huitième jour de guerre, samedi 2 avril, l’Ukraine a proclamé la « libération » de la région de Kiev. La Russie avait annoncé quelques jours plus tôt qu’elle arrêtait son offensive contre la capitale ukrainienne, estimant, le 25 mars, contre toute évidence, que « les principaux objectifs de l’opération ont été atteints », puis précisant le 29 mars que ses forces allaient « drastiquement réduire » leurs opérations autour de Kiev pour se concentrer sur « la libération du Donbass », dans l’est du pays. Le mouvement de repli vers le territoire de la Biélorussie, alliée de Moscou, a été d’une rapidité fulgurante. En quelques jours, l’armée russe a disparu.

La capitale, certes soumise à des bombardements aériens et à des tirs d’artillerie dans ses faubourgs, mais relativement épargnée en comparaison d’autres villes d’Ukraine, prend conscience, consternée, de l’ampleur de la violence qui s’est déchaînée à ses portes, sur les lignes de front et dans les villages occupés par les forces russes.

Le premier carnage découvert dans les territoires abandonnés par l’armée russe a eu lieu entre les villages de Myla et de Mriia, sur la route qui relie Kiev à Jytomyr. Cet axe autoroutier stratégique, l’E40, à l’ouest de la capitale, fut occupé durant des semaines, mais les premiers jours après l’arrivée des forces russes, tout le monde n’en était pas forcément informé, et les forces ukrainiennes n’avaient pas encore installé de checkpoints sur tous les chemins pour en interdire l’accès. C’est ainsi que des civils sont tombés en embuscade face à des tanks et à des troupes russes, n’hésitant pas à faire feu sur la moindre voiture qui passait par là.

Corps calcinés et voitures incendiées
La tuerie s’étend sur près d’un kilomètre. Quelques corps, recroquevillés après avoir été la proie des flammes, reposent dans des voitures qui, après avoir été stoppées par des tirs, ont vraisemblablement été incendiées à dessein. La plupart des cadavres gisent à côté des automobiles. Ils sont tous soit partiellement brûlés, soit entièrement calcinés, ce qui ne peut pas être le résultat, de manière si systématique, des tirs de tanks et de mitrailleuses. Le feu y a été mis ultérieurement.

Source : Le Monde

Facebook Comments