La première ministre bangladaise, Sheikh Hasina, se dirige vers un cinquième mandat après la victoire de son parti, dimanche 7 janvier, à l’issue de législatives boycottées par le principal parti d’opposition qui a dénoncé un « simulacre d’élection ». La Ligue Awami, à laquelle elle appartient, a remporté environ les trois-quarts des sièges au parlement monocaméral, selon des responsables de la commission électorale. Les résultats totaux du scrutin seront officiellement annoncés lundi.

Somoy TV, la plus grande chaîne de télévision privée du pays, qui compte 170 millions d’habitants, avait auparavant annoncé que Mme Hasina était assurée de la victoire, la Ligue et ses alliés ayant remporté au moins 60 % des 300 sièges parlementaires. Si la cheffe du gouvernement, au pouvoir depuis 2009, est créditée d’avoir favorisé une croissance économique fulgurante dans le huitième pays le plus peuplé au monde, autrefois en proie à une extrême pauvreté, son gouvernement est accusé de graves violations des droits humains et d’avoir mené une répression impitoyable contre l’opposition.

Après avoir voté à Dacca, la première ministre, âgée de 76 ans, avait appelé les électeurs à se rendre aux urnes, en promettant des élections « libres et équitables ». Elle a, au passage, dénoncé le boycott du scrutin par le Parti nationaliste du Bangladesh (BNP), principale composante de l’opposition, qu’elle a qualifié d’« organisation terroriste ».

Le BNP a, de son côté, dénoncé « un simulacre d’élection ». Le vote a également été boycotté par d’autres partis, décimés comme lui ces derniers mois par des arrestations massives. La Ligue Awami n’avait pratiquement pas d’adversaires dans les circonscriptions qu’elle briguait, mais n’a pas présenté des candidats dans quelques autres, apparemment pour éviter que le Parlement monocaméral ne soit considéré comme l’instrument d’un parti unique. Parmi les élus du parti au pouvoir figurent Shakib Al Hasan, capitaine de l’équipe nationale de cricket, le sport national.

« Honte »
Le chef de la commission électorale nationale, Habibul Awal, a estimé dans la journée la participation autour de 40 %. Beaucoup de Bangladais interrogés par l’AFP ont dit ne pas avoir voté, jugeant que le scrutin était joué d’avance. « Pourquoi irais-je voter quand on a un parti qui participe et l’autre pas ? », a par exemple déclaré Mohammad Saidur, un chauffeur de rickshaw de 31 ans. « Nous savons tous qui va gagner », a renchéri Farhana Manik, une étudiante de 27 ans.

Le chef du BNP, Tarique Rahman, qui s’est exilé à Londres, a dénoncé un possible bourrage des urnes. « Ce qui a eu lieu n’est pas une élection, mais plutôt une honte pour les aspirations démocratiques du Bangladesh », a-t-il écrit sur les réseaux sociaux, ajoutant avoir vu « des photos et des vidéos dérangeantes » appuyant ses accusations.

De très nombreux témoins ont fait état d’incitations diverses, voire de chantage, de la part des autorités pour encourager la participation. Certains électeurs affirment avoir été menacés de confiscation de leurs cartes d’allocations gouvernementales, nécessaires pour obtenir des prestations sociales, s’ils refusaient de voter pour la Ligue Awami. « Ils ont dit que, puisque le gouvernement nous nourrit, nous devons voter pour lui », a déclaré à l’AFP Lal Mia, 64 ans, qui vote dans le district de Faridpur, dans le centre du pays.

Arrestations massives
Le BNP et d’autres partis ont manifesté sans succès pendant des mois à la fin de l’année dernière, pour exiger la démission de Mme Hasina et la formation d’un gouvernement intérimaire apolitique pour superviser les élections. Quelque 25 000 cadres de l’opposition, dont l’ensemble des dirigeants locaux du BNP, ont été arrêtés après ces manifestations, au cours desquelles plusieurs personnes ont été tuées dans des affrontements avec la police, selon le parti. Le gouvernement a, pour sa part, fait état de 11 000 arrestations.

A Chittagong, dans l’est du pays, des policiers ont tiré dimanche, sans faire de blessés, pour disperser une soixantaine de militants de l’opposition qui avaient érigé un barrage routier pour protester contre la tenue du scrutin, selon la police locale. Près de 700 000 policiers et réservistes ainsi que près de 100 000 soldats ont été déployés pour l’occasion, selon la commission électorale. Les forces de l’ordre bangladaises sont depuis longtemps accusées de recours excessif à la force, ce que dément le gouvernement.

Depuis son retour au pouvoir, en 2009, Mme Hasina a renforcé sa mainmise après deux élections entachées d’irrégularités et d’accusations de fraude. Ses succès économiques ont longtemps alimenté sa popularité, mais les difficultés se sont récemment multipliées, avec la hausse des prix et des pannes d’électricité généralisées.

Source : Le Monde avec AFP

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