Catastrophe humanitaire – Dans la province occidentale d’Hérat, la famine pousse des parents à vendre certains de leurs enfants pour nourrir les autres. Envoyée spéciale de TF1 en Afghanistan, Liseron Boudoul a rencontré plusieurs de ces familles plongées dans un désespoir absolu.

Le voyage commence par Hérat. Dans et autour de cette ville de l’ouest de l’Afghanistan, la troisième du pays, se sont massés des milliers de réfugiés, poussés par la faim ou la guerre, ces deux fléaux qui s’alimentent mutuellement. La région est désormais en zone rouge, des militants de Daech, ennemis jurés des talibans, y ayant été repérés récemment. Liseron Boudoul a pu s’entretenir avec plusieurs de ces innombrables femmes qui attendent chaque jour, dans un parc de la ville, une hypothétique distribution de nourriture par les talibans.

Un million d’enfants afghans pourraient mourir de faim cet hiver
La plupart des ONG humanitaires ont quitté le pays quand les talibans ont pris le pouvoir l’été dernier. Seul MSF (Médecins Sans Frontières) exerce encore à Hérat, gérant notamment un hôpital pour les enfants malnutris : tous les lits sont occupés, par des enfants qui luttent pour ne pas mourir, sans les moyens nécessaires pour les sauver tous. Selon l’Unicef, un million d’enfants afghans pourraient mourir de faim cet hiver, si des moyens ne sont pas acheminés rapidement. Localement, le responsable du PAM fait ce qu’il peut dans l’urgence, avec ce dont il dispose : des sacs de farine de blé et de lentilles, dans des quantités dramatiquement insuffisantes pour la population nombreuse qui accourt aux distributions. L’aide internationale, qui soutenait une économie afghane déjà fragile, a été gelée depuis l’arrivée des talibans.

Plus vulnérables encore, ceux qui vivent dans des villages isolés, éloignés de la ville. C’est là que l’équipe de TF1 constate l’impensable : acculés par la faim, et sans aucune ressource en vue, des parents sont contraints de vendre leurs enfants pour survivre. La vente et le mariage d’enfants sont des coutumes ancestrales, qui sont réapparues avec les grandes sécheresses de 2018 puis 2021. Elles sont désormais très répandues dans l’ouest de l’Afghanistan. Les parents confient leur « honte » aux journalistes qui les rencontrent, mais disent n’avoir pas d’autre choix.

Dans les bras de sa mère au cœur brisé, la petite Nirsanor n’est qu’un bébé, qui ne sait pas encore que ses parents l’ont vendue à un riche commerçant. Le jeune père de famille, Nasser, confie : « Pour sauver nos cinq autres enfants, on a dû vendre notre bébé, pour 500 euros. On n’avait même plus un centime, plus de farine, plus d’huile, plus de gaz, plus rien ». L’homme qui l’a achetée viendra la chercher quand elle aura cinq ans. « Je pleure chaque nuit », témoigne Rocha, l’épouse de Nasser, tandis que la fillette joue avec le micro. « Mais comment faire ? La vie de ma petite fille va être dure, je le sais ».

Plus loin, l’équipe rencontre Kheïra, une fillette promise à un homme âgé, lorsqu’elle aura atteint 10 ou 12 ans. La petite fille silencieuse sait qu’elle a été vendue pour 500 euros, elle aussi pour permettre la survie du reste de sa famille. « On n’a plus rien à manger dans la maison », plaide sa mère au désespoir, « et plus rien ne pousse, c’est trop sec ». Ce sont presque toujours les filles qui sont vendues, selon les villageois, qui imaginent des trafics obscurs derrière ces achats d’enfants.

Derrière presque chaque porte du village, une situation analogue. Un homme qui a dû vendre son aînée pour nourrir ses autres enfants, n’a déjà plus rien alors que l’hiver approche, et envisage de vendre une autre fillette au regard inquiet. En Afghanistan, la catastrophe humanitaire est déjà là, et pourrait devenir une des pires de son histoire, pourtant déjà tourmentée.

Source : LCI

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