Les mauvaises langues disent que l’affaire Gurroby aurait été mise de côté. Or, dans la réalité, c’est tout autre. L’enquête avance à grands pas. Depuis la saisie record de Rs 3,4 milliards de drogue, l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) n’a, en effet, pas lésiné sur les moyens pour faire avancer cette enquête. Cinq Detective Inspectors chevronnés ont été mis à contribution. Ils répondent directement au SP Ramgoolam et par ricochet au DCP Bhojoo, patron de la brigade antidrogue.

Selon les recoupements d’informations, le DCP Bhojoo a rencontré le SP Ramgoolam concernant cette enquête de grande envergure. Le mot d’ordre a été de boucler cette enquête au plus vite et d’obtenir le schéma de ce réseau de drogue qui, selon des sources à l’ADSU, serait un réseau de distribution pour des plus petits réseaux de l’île. Une séance de travail est prévue avec les cinq Detective Inspectors très prochainement.

Derniers développements
Des écritures et des codes ont été relevés sur l’emballage de la drogue. Si les spéculations allaient bon train sur la provenance de la drogue, notamment de Madagascar ou même d’Afrique du Sud, l’ADSU explore d’autres avenues. Une demande a déjà été faite à Interpol pour pouvoir déchiffrer les codes ainsi connaître la provenance de la drogue.

Une source bien placée à l’ADSU explique que l’héroïne produite en Afghanistan et au Pakistan, entre autres, est acheminée vers le nord de l’Afrique et l’Europe en prenant la Route du Sud et la Route des Balkans. Ensuite, la distribution est faite soit par voie aérienne ou par voie maritime grâce à un système de transit. Pour connaître la destination de la drogue, l’héroïne est marquée de codes. L’ADSU a fait une requête à Interpol pour pourvoir les déchiffrer. Interpol aurait compilé une base de données après chaque grosse saisie de drogue dans le Middle East and North Africa (MENA). « Il faut connaître la provenance de la drogue pour pouvoir mettre des mesures en place afin qu’on puisse démanteler les réseaux qui importent de l’héroïne à Maurice et arrêter les trafiquants », précise la source.

Huit suspects ont été arrêtés par l’ADSU, soit Ritesh Gurroby, Nitiraj Gurroby (Niresh), Nogesh Gurroby aussi connu comme Kishan qui est le cousin des frères Gurroby, Siwdanand Rawah, Kevin Joumont, Jean Lucandro Prudence (Gros Samuel), Geoffrey Kurson, et Josue Joey Stephano Jean Baptiste. Nitesh Gurroby, quant à lui, a été arrêté par l’ICAC pour le volet blanchiment d’argent dans cette affaire. Au début de cette enquête, les avocats des suspects arrêtés par les limiers de l’ADSU avaient présenté une armada de motions en cour pour contester, entre autres, le fait que leurs clients étaient détenus sans preuve concrète contre eux.

En conférence de presse après l’arrestation de Ritesh Gurroby, Me Rama Valayden avait déclaré : « Pa vinn kol la drog lor ledo dimoun ». Selon ce dernier, son client n’est qu’un bouc émissaire.
Durant ces trois dernières semaines. Ritesh Gurroby, Nitiraj Gurroby (Niresh), Nogesh Gurroby (Kishan) et Kevin Joumont ont été confrontés aux images de CCTV recueillies ainsi que celles des caméras de Safe City dans la région de Pointe-aux-Canonniers lors du transport de la drogue pour lequel quatre véhicules avaient été utilisés par les protagonistes. Cette opération avait été, d’ailleurs, appelée ‘Operation Supercargo’ par les suspects. Confrontés à ces images en présence de leur avocat respectif, Ritesh Gurroby, Nitiraj Gurroby, Nogesh Gurroby et Kevin Joumont auraient continué à faire valoir leur droit au silence. Les quatre autres protagonistes seront confrontés aux images CCTV à partir de la semaine prochaine.

Les enquêteurs de l’ADSU ont fait une demande pour des Judge’s Orders afin d’avoir les relevés téléphoniques des suspects auprès des sociétés de téléphonie mobile. Par ailleurs, l’IT Unit a déjà soumis son rapport sur les téléphones et les ordinateurs portables saisis. Selon des recoupements d’informations dans les hautes sphères de l’ADSU, un des huit suspects aurait craqué momentanément pendant un interrogatoire et aurait balancé des détails qui incrimineraient ses autres complices. Après cela, il aurait continué à faire valoir son droit au silence.

Si les avocats cherchent à savoir quelles preuves l’ADSU disposent contre leur client, les enquêteurs abattent finalement quelques-unes de leurs cartes. De plus, selon ces mêmes sources, un informateur aurait fait avancer l’enquête en donnant des détails sur le schéma hiérarchique de ce réseau tentaculaire. Cela a permis aux enquêteurs d’avoir d’autres cibles et de pouvoir enfin comprendre le fonctionnement interne de ce réseau. Des arrestations sont à prévoir d’autant plus que le réseau des Gurroby serait soupçonné d’être toujours actif.

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