Je rejoins bien le titre de cet article intéressant de Bebet Lanwit. Arrêtons de dire «kot nou pe ale» car effectivement «nou anplin ladan», depuis des années.

Les situations rapportées de violence se multiplient. Dans les couples. Au sein des collèges. Dans la rue.

C’est positif qu’elles soient soulevées, critiquées et condamnées car elles sont le plus souvent tues. Qu’il s’agisse de violence domestique, de couple, sexuelle, de violence éducative ordinaire (coups de bâton, claques, etc. soi-disant pour corriger les enfants). Et la majorité des personnes victimes souffrent en silence et, parfois, perdent la vie.

Comme premier pas d’action, critiquer toute forme de violence importe.

Ok, on fait quoi concrètement à partir de ce constat. Qui fait quoi concrètement ?

Allons-nous attendre que l’Etat ou les institutions agissent ? Certes, cela lui incombe aussi.

Allons-nous rester cachés derrière nos écrans pensant que la situation se calmera toute seule ?

Nous sommes acteurs.trices de notre vie. De la Vie. Alors, agissons !

Si chacun.e fait un geste, un pas, on observera alors une réelle différence.

Et nous sommes tous.tes responsables d’agir pour diminuer et éviter le recours à la violence.

Le Kolektif Drwa Zanfan Morisien (KDZM), collectif d’ONG et membres individuels ayant une expertise sur le plan sociétal, intervient sur le terrain dans diverses régions de l’île pour faire réfléchir et informer, parents et éducateurs, sur les conséquences de la violence, sur les pistes d’action à mettre en place pour éviter le recours aux comportements agressifs.

A plusieurs reprises, depuis ces dernières années, certaines pistes ont été partagées et le sont comme alternatives. Ce qui est un pas que d’autres individuels ou ONG peuvent aussi faire.

Pas à poursuivre.

Ces alternatives ont été proposées et le sont toujours sur le terrain dans certains collèges, ONG, dans les médias ; par certain.es psychologues qui ont approfondi la problématique de la violence.

Des propositions aux instances nationales et internationales ont aussi été effectuées pour plus d’information et de sensibilisation. Pour que figurent dans nos lois l’interdiction du châtiment corporel dans les familles et institutions ; pour que soit interdit le mariage des enfants vu l’ampleur des dégâts psychiques, physiques, sociaux et économiques engendrés. Ces recommandations par des experts en psychologie, par le KDZM.

Pas important mais insuffisant.

On avance néanmoins, sur un chemin, pas à pas. Ces pistes devront donc continuer d’être exploitées.

Les nombreuses sessions de travail de terrain mettent en évidence le manque de connaissance sur l’impact de toute forme de violence ; le manque d’outils des parents, éducateurs, partenaires pour gérer leurs émotions, pour gérer la colère, pour élever leurs enfants ou faire face à des élèves parfois turbulents.

Les recherches sur la violence montrent que la prise de conscience de la souffrance des personnes victimes diminue les risques de récidive. Informer sur les conséquences de la violence permet donc de réduire les risques de récidive et ainsi que la prise de conscience d’alternatives efficaces, respectueuses de l’autre et non violentes.

Arrêtons donc de minimiser et de banaliser les humiliations, coups, agressions sexuelles que subissent les êtres humains, peu importe leur âge. Arrêtons de croire que corriger un enfant par des coups et humiliations est efficace. Cela ne l’est pas !

Oui, avant on croyait que ça marchait car les enfants frappés avaient (et ont) peur, mal, se sentaient humiliés et se taisaient. Bien entendu, ils évitaient alors de répondre ou de reproduire les mêmes actes. Ou, dans quelques cas isolés, se rebellaient.

Oui, avant, plusieurs parents et éducateurs ont fonctionné ainsi car ils ne connaissaient pas la portée de leurs coups et insultes. Et ils avaient été, pour beaucoup, éduqués ainsi, dans cette violence qu’ils ne qualifiaient (parfois toujours pas aujourd’hui…) d’ ailleurs pas de violence…

Oui, mais ça c’était avant.

C’est illusoire de croire que ce genre de comportement agressif est utile.

Avant, on ne le savait pas.

Faisons un exercice : vous avez 5 ans et vous êtes frappé, fermez les yeux et connectez-vous avec ce que vous ressentez en tant qu’enfant de 5 ans ?

Serait-ce bien honnête de répondre : «rien» ?

Peur, souffrance, humiliation, désir de vengeance, honte, manque de confiance, faibles estime de soi comme si «mo pena okenn valer», la liste des propos de multiples participants à cet exercice est nettement plus longue.

Prenons donc conscience des souffrances subies et ressenties par toute personne victime, osant être en vérité avec l’enfant qu’il était ou l’adulte qu’il est.

Ce sera déjà un pas vers plus d’empathie.

Toute forme de violence est néfaste sur une personne victime. Plusieurs études ont été faites sur ce sujet. Et leurs résultats inquiétants et désolants partagés, communiqués.

Faisons le choix de nous informer sur cette problématique, de reconnaitre ses effets. De les partager.

Faisons le choix d’agir, chacun.e à notre niveau pour agir dans moins de violence et tenter d’en empêcher toute forme quand nous en sommes témoins ou avertis.

«La paix, ça s’apprend», comme l’écrivent d’Ansembourg et Van Reybrouck en 2016.

Attelons-nous à la tâche, outillons-nous !

Sur les plans individuel, institutionnel et national.

Prenons nos responsabilités de citoyen.nes ; parents ; éducateurs.trices ; décideurs.euses politiques et agissons.