Sa déposition n’aura tenu que sur une feuille et demie. Pour cause, convoqué au Central Criminal Investigation Department (CCID) en début de soirée de mercredi, Chimunlall Ghoorah a expliqué aux enquêteurs que vu que le dossier Sun Tan Hotels est sub judice devant la Cour suprême, il serait inapproprié pour lui de déposer à ce sujet au CCID.  Le directeur des enquêtes de l’Independent Commission against Corruption a néanmoins pris soin de préciser que la commission répondra aux propos avancés par Satyajit Boolell à travers un contre-affidavit qui devrait parvenir à la Cour suprême avant le 3 août.

L’audition de Chimunlall Ghoorah fait suite à la déposition de Showkutally Soodhun et de Roshi Bhadain plus tôt au CCID. Les deux ministres, ayant pris connaissance de l’affidavit juré hier par Satyajit Boolell, se sont rendus aux Casernes centrales pour porter plainte à l’égard de propos jugés « faux » et « diffamatoires » à leur encontre. Dans son affidavit, le Directeur des poursuites publiques fait état d’une conversation qu’il aurait eue avec Chimunlall Ghoorah durant laquelle celui-ci aurait avoué à Boolell que la direction de l’ICAC subit des pressions de la part des deux ministres.

Avec la déposition des deux ministres au CCID, d’aucuns voyaient déjà se profiler la convocation de Satyajit Boolell non pas à Ebène, mais aux Casernes centrales pour répondre d’une accusation de « swearing false affidavit ». Mais le stand de Ghoorah durant son audition aurait forcé les enquêteurs à retourner à la case départ.

Réagissant face à ces développements, Hervé Duval, l’un des avocats du DPP, ne mâche pas ses mots à l’égard de Soodhun et de Bhadain. Ils ont « espoir que la police va se substituer au juge », pense le juriste, avant d’affirmer que cela constitue « un total manque de respect pour la Cour, si ce n’est de l’outrage ». Duval renvoit ainsi les deux ministres à la procédure devant la Cour suprême. « Personne n’a encore juré d’affidavit pour contredire les faits mis en avant par le DPP », rappelle-t-il.