1. COMPRENDRE

Les comportements agressifs s’expliquent par une interaction de facteurs, qu’il s’agisse de violence verbale, psychologique, émotionnelle ou physique.

Ces facteurs sont psychologiques, sociaux, environnementaux et biologiques mais pas génétiques : personne ne naît violent. Et ils ne peuvent être considérés de manière indépendante et isolée.

Il importe de les rappeler car en prendre conscience est un premier pas d’action.

Nous avons tous.tes, la responsabilité de prendre soin de nous et de tenter d’éviter le recours à toute forme de violence, vu les conséquences néfastes sur toute personne victime.

Sur le plan physiologique, certaines enzymes ou parties du cerveau ont un lien dans la préparation et le contrôle des comportements agressifs, dans le recours aux comportements agressifs dans des contextes d’insultes, ou encore dans la capacité d’empathie et raisonnement moral, selon Björkvist, Björklund & Nygen (1994) ; Moffit (2002) ; Glenn et al (2009). Des lésions dans certaines parties du cerveau peuvent donc avoir un impact.

En ce qui concerne le plan psychologique : un attachement insécurisant ou fragile avec la mère ou avec la personne responsable de l’enfant ; une incapacité à mettre en mots les ressentis ; un sentiment de peur ou colère submergeant la personne qui l’exprimera par des actes au lieu de l’exprimer avec des mots ; le manque de «coping skills »pour faire face à des situations difficiles ;une perception de menace ; une faible estime de soi ; des relations sociales perturbées ; une inaptitude à affronter le stress ; une intolérance à la frustration ; un traumatisme subi, notamment non mis en mots ; un manque d’amour sont des facteurs qui, en interaction avec d’ autres, contribuent à adopter des comportements agressifs.

Facteurs sociaux et environnementaux : l’Organisation mondiale de la santé (OMS) a reconnu en 2010 que le facteur principal pour commettre des violences est d’en avoir déjà subi. Un enfant qui est témoin de violence à la maison et ou à l’école et qui n’apprend pas qu’il y a des moyens plus appropriés et respectueux de soi, l’autre et de l’environnement, pour s’exprimer, est plus à risque d’avoir recours à la violence comme mode d’expression et de résolution de conflits.

Un milieu familial instable; une absence de surveillance parentale; la présence de violence au sein de la famille ou une confrontation fréquente aux médias ou jeux vidéo avec des scènes de violence; des facteurs environnementaux, tels que l’excès de bruit ou de chaleur, sont autant de facteurs qui ont un impact.

Selon Debarbieux, professeur de sciences de l’éducation, sociologue, directeur de l’Observatoire international de la violence à l’école (OIVE), en 2016, les enseignants ont 4 fois plus de risques d’être victimes dans des établissements scolaires défavorisés que favorisés.

Les comportements agressifs souvent normalisés et banalisés ; voire valorisés. Dans des publicités sur nos ondes, dans certaines pièces de théâtre jouées ici, on entend parfois un.e partenaire crier avec l’autre ou lui parler en donnant des ordres, sans respect. Un adulte ou autre enfant se moque d’autrui et cela fait rire plusieurs personnes, tristement. Certains parents sont fiers de voir leurs enfants «se défendre» en frappant l’autre.

Comment donc lutter contre la violence si on en rit, on la minimise ou la cautionne ?

A Maurice, le châtiment corporel est interdit en milieu scolaire depuis 1957, mais cette loi n’est pas respectée dans tous les établissements de la république de Maurice.

Comment lutter contre la violence si on y a recours nous, adultes, supposés être des modèles et exemples pour nos enfants ou élèves ?

Elément fondamental et spécifique au milieu scolaire selon Blaya (2013), co-fondatrice de l’OIVE, la violence en milieu scolaire est un phénomène endogène qui naît au sein de l’institution et résulte d’un processus de dégradation du climat scolaire, notamment de la qualité de la relation entre jeunes ou des jeunes et adultes. Ces relations seraient liées au sentiment de justice, de cohérence de l’application des règles de vie de l’établissement scolaire.

La violence en milieu scolaire est constituée de micro-événements ou « microviolences », qui se cumulent, se répètent et détériorent le climat des établissements scolaires selon Blaya (2013), qui cite Debarbieux. Il décrit que le «problème de fond de la violence à l’école, ce sont plutôt les micro-agressions – moqueries, insultes, bagarres, vols, rackets… – qui sont à prendre au sérieux lorsqu’elles se répètent sans cesse et sont toujours dirigées vers les mêmes (le plus petit, le plus gros, l’élève stigmatisé pour sa couleur de peau…). C’est alors que peuvent se développer des sentiments d’insécurité et de perte d’estime de soi qui peuvent aller très loin».

Ne tentons pas de réduire les situations de violence en milieu scolaire en mettant le tort sur les milieux sociaux des élèves ou sur la faute des jeux vidéo ou encore sur celle des parents. Beaucoup trop simpliste pour expliquer cette problématique sociétale.

La prise de conscience des facteurs qui nous fragilisent est importante car nous, en tant qu’éducateurs ou parents, pouvons agir pour prendre soin de nous et éviter les coups ou cris.

Quelques pistes d’action ont été partagées à quelques reprises. Il s’agit d’agir sur les plans individuel, institutionnel et national. En terme de prévention et d’intervention.

Continuons de les explorer en milieu scolaire.

Selon Eric Debarbieux, en novembre 2018, «la vraie prévention, ce ne sont pas des moyens techniques mais de l’humain pas forcément des policiers ou des gendarmes – avec lesquels les établissements travaillent souvent fort bien – mais des collègues, des parents, des voisins, des partenaires… et des élèves ! ».

Pour lui, la «réponse est pédagogique». «Lutter contre la violence scolaire c’est s’intéresser au climat scolaire c’est à dire par exemple à la justice disciplinaire dans l’établissement.»

Il est fondamental d’agir en équipe contre la violence en milieu scolaire, selon l’expert. Et ne surtout pas rester isolé dans ce combat.

2. AGIR : Prévenir et Intervenir

Prévention au sein des établissements scolaires

  • Créer un lien de confiance entre les enseignants et leurs élèves est primordial. Pour que les élèves puissent venir leur dire ce qui leur est difficile. Ils sont leur vis-à-vis une grande partie de la journée et de l’année. Et cette mise en mots peut éviter une mise en actes.
  • Il importe aussi de prendre soin du teaching et non-teaching staff. Qu’ils puissent avoir un espace de parole pour se dire dans les difficultés et souffrances auxquelles ils sont confrontés, être considérés, respectés, regardés avec bienveillance, protégés, aidés et outillés si besoin.
  • Il est capital de voir le positif, le potentiel, les qualités en chaque élève. Et le dire. Valoriser et encourager tout enfant lorsqu’il se comporte bien est primordial, selon Dr George, pédopsychiatre (2012). Cela l’aide à mieux vivre une situation de frustration. Cela lui donnera confiance en lui. Et agir ainsi permet aux élèves d’être confrontés à un précieux role model de respect et de bienveillance.
  • Certaines règles de fonctionnement, de vie d’établissement scolaire, de classe peuvent être posées. Incluant la règle d’éviter toute forme de violence. Règles instituées avec toutes les parties concernées : administration, personnel et élèves, respectant les divers avis. Ainsi que les sanctions aussi décidées en cas de non-respect des règles. Afficher : «respect de soi, de l’autre et de l’environnement» est très efficace, selon Kaiser (2011), dans les établissements scolaires pour éviter la violence dont le bullying. L’afficher et que tous.tes vivent ces valeurs.
  • Les responsables, maîtres.esses d’école, directeurs.trices et les enseignants, éducateurs et parents sont des «role models» et ont la responsabilité d’être un exemple de non-violence pour tout élève. On ne peut pas dire qu’on condamne la violence si on la pratique. Si on frappe, on humilie, on maltraite.
  • Il importe que les éducateurs apprennent à adopter des programmes et techniques de discipline efficaces et non violentes. Que l’établissement s’y engage. Des techniques de gestion de la colère, de discipline positive, pouvant se faire à Maurice, et de communication non violente, par exemple. Des programmes avec les élèves, tels que les Amis de Zippy, accessible ici, ou Kiva sont aussi efficaces.
  • Des sessions de sensibilisation et d’information sur la violence peuvent être menées par des professionnel.les en psychologie et à travers le Kolektif Drwa Zanfan Morisien. La prise de conscience de la souffrance de toute personne victime est très importante, selon la recherche, car elle diminue les risques de récidive.
  • Il importera d’empower les jeunes et adultes pour qu’ils prennent conscience de leur valeur et puissent refuser que quiconque les maltraite, les frappe ou les humilie. Personne ne mérite de subir aucune forme de violence. Jamais. Qu’ils aient suffisamment de force aussi pour demander de l’aide s’ils la subissent ou s’ils la commettent.
  • Dire aux enfants de signaler toute situation de violence à un adulte responsable qui va intervenir pour protéger l’enfant victime : parent, directeur.trice d’école. Et pour les situations graves, au CDU : 113, au bureau de l’Ombudsperson for Children : 454.30.10. Ou la police au 148.

Intervention

  • Par rapport à toute situation de violence, il est nécessaire de ne pas être un témoin passif et d’intervenir en disant d’arrêter. En arrêtant toute humiliation, moquerie ; tout racket ou coups. Peu importe de qui cette forme de violence provient.
  • C’est leur responsabilité de citoyen, d’éducateur d’empêcher les enfants de se frapper, de se maltraiter ou de s’humilier. Et ils doivent aussi condamner, critiquer tout comportement agressif, non pas la personne qui le commet, mais l’acte.
  • Il est primordial d’envisager un accompagnement social, médical, psychologique et légal pour toute personne victime de violence. Dans certaines situations de violence grave, il importera d’intervenir pour protéger l’enfant, auprès des instances de protection nationales.
  • Un accompagnement social et thérapeutique est important aussi pour tout.e auteur.e de violence. Apprendre à agir autrement est primordial et il est souvent difficile d’y arriver seul.e.

La liste est encore longue mais chaque pas effectué pour éviter le recours à la violence est une belle et grande avancée. Et nous pouvons et devons agir !