Le ministre de la Santé se voile-t-il la face ? Ou minimise-t-il la situation ? Au Parlement, hier, où le dossier brûlant des drogues synthétiques a fait l’objet de trois questions parlementaires, en plus d’une question adressée au Premier ministre, Anil Gayan persiste et signe. Et soutient, tout comme le Premier ministre plus tôt, que ces substances n’ont causé aucun décès jusqu’ici.

Le ministre de la Santé a d’abord énuméré les mesures prises au niveau de la Santé pour combattre le fléau de drogue chez les jeunes. Disant que « de vastes campagnes » à ce sujet ont été menées dans 101 établissements scolaires à travers l’île.

De janvier 2015 à ce jour, a répondu Gayan au député du Mouvement patriotique, Alan Ganoo, 195 jeunes de moins de 25 ans, ont reçu un traitement suite à la consommation de drogues synthétiques.

Le ton est vite monté entre le ministre et Shakeel Mohamed. Le député travailliste s’est inquiété du fait que le ministre estime que la situation quant aux drogues synthétiques n’est pas alarmante. Question qu’il avait d’ailleurs posée, dans la matinée, à sir Anerood Jugnauth, qui l’avait rembarré.

Anil Gayan a calmement répondu : « Il y a beaucoup d’exagération sur ce sujet. » Ajoutant que personne n’est mort jusqu’ici d’une overdose due aux drogues de synthèse. Shakeel Mohamed, exaspéré : « Pa kasiet ! »

Le ministre va plus loin et jette la balle dans le camp du précédent gouvernement : « La situation des drogues a dégénéré à cause de l’ancien régime ! » Shakeel Mohamed ne lâche pas le morceau : « Dis inn reye ! Koz laverite ! To pe kasiet sif ! »

Le Deputy Speaker Adrien Duval a dû intervenir pour calmer les esprits : « Je sais que c’est un débat passionnant mais il faut qu’on écoute ce que le ministre veut dire. »

Cette tranche s’est poursuivie avec d’autres questions, dont l’intervention, en dernier, du député Mohamed qui a de nouveau exprimé son inquiétude. Le ministre de la Santé, estime-t-il, devrait rencontrer les parents des jeunes décédés des suites d’une overdose aux drogues synthétiques. Et de lui lancer : « Face the music !» Gayan rétorque : « I am facing the music! »

Trois cas de drogues synthétiques impliquant des jeunes ont été rapportés aux autorités concernés, a indiqué Leela Devi Dookun-Luchoomun, en réponse à une interpellation du député rouge Osman Mohamed. Deux d’entre eux font actuellement l’objet d’une enquête.

Et de juillet 2014 à ce jour, 35 collègiens de 21 établissements différents ont été trouvés en possession de cannabis, a précisé la ministre de l’Education.

Le député MMM Veda Baloomoody a interrogé la ministre sur le fait que des officiers de l’Anti Drug and Smuggling Unit n’aient plus le droit de mener des campagnes de sensibilisation auprès de certains établissements scolaires. « En effet, a-t-elle répondu. Il y a eu des cas où certains officiers ont expliqué aux collégiens comment préparer les drogues synthétiques. »

Plus tôt, durant le Prime minister’s Question Time, celui-ci a soutenu, d’après les informations fournies par la Santé, que 36 décès, durant ces deux dernières années, sont dus à l’usage de drogues. Mais qu’« il n’y a pas de preuve médico-légale que ces décès ont été causés par l’abus de drogues synthétiques ».

Le Forensic Science Laboratory, a-t-il fait ressortir suite à une question de Zouberr Joomaye, est « équipé adéquatement » pour identifier ces substances.

SAJ a toutefois balayé d’un revers de main la suggestion d’Aadil Ameer Meea, qui souhaitait que le National Drug Observatory passe sous la tutelle du bureau du Premier ministre (PMO) en vue d’un « meilleur contrôle et de plus d’efficacité ». Réponse du chef du gouvernement : « Le PMO a déjà trop à faire. »