Des piques. Des critiques. Le ton des discours à l’issue de l’assemblée générale de l’Association des hôteliers et restaurateurs de l’île Maurice, la semaine dernière, a surpris. Car celle-ci, que ce soit par la voix de son président sortant Jean-Louis Pismont ou de son successeur Jean-Michel Pitot, a tenu à bien faire comprendre au ministre du Tourisme que «tout n’est pas aussi rose pour un hôtelier». Anil Gayan leur a donné la réplique. Et réclamé que le board de l’Ahrim soit ouvert à un représentant du ministère…

Les coûts d’opération ont «grimpé de façon exceptionnelle» en dix ans, a ainsi fait ressortir Pitot. Par exemple, le salaire moyen a presque doublé, la masse salariale représente environ un tiers des coûts d’opération. Et si les coûts de formation ont aussi augmenté, en face, «ni la politique de formation nationale, ni la capacité de l’Ecole hôtelière n’ont changé».

Autres preuves des difficultés rencontrées : le ralentissement des investissements et le niveau élevé de l’endettement. «Les hôteliers ont investi Rs 6,7 milliards seulement en 2017, une très bonne année pourtant alors qu’en 2017, ils avaient investi Rs 10,2 milliards. Quant à l’endettement du secteur auprès des banques, il est passé de Rs 19 milliards en 2006 à Rs 44 milliards dix ans plus tard», a souligné le nouveau président de l’Ahrim dans son allocution.

«Les hôteliers sont las de s’entendre constamment reprocher leur insensibilité aux besoins économiques locales» et de pratique un «tourisme égoïste», a de son côté affirmé Pismont. Or, a déclaré le président sortant, les hôteliers développement des programmes et des partenariats dans les régions où ils sont installés.

Tout en soulignant le fait qu’Anil Gayan est un «homme de dialogue» – les Assises du Tourisme et la conférence internationale récente en sont des exemples –, Pismont espère que le ministère sera à l’écoute des suggestions de l’Ahrim. Celles du président sortant : que la qualité des produits et services soit «exceptionnelle», qu’il s’agisse «du petit agriculteur, du taxi», en les aidant s’il le faut. Que le pays soit propre, qu’il y ait une «tolérance zéro» vis-à-vis des agressions et «autres petites arnaques abusives». Que le gouvernement réfléchisse à un projet similaire du «Adopt a heritage» indien, où les entreprises privées utilisent leurs fonds CSR pour rendre des sites patrimoniaux viables touristiquement.

Pismont et Pitot ont aussi, tous deux, demandé des efforts plus soutenus vis-à-vis du marché chinois. Sur le plan local, en proposant au niveau de l’Ecole hôtelière des cours de langue, par exemple, mais aussi en adaptant la signalétique pour ces touristes. Mais il est nécessaire de mieux connaître les touristes chinois et leurs attentes afin de pouvoir adapter l’offre mauricienne à leurs spécificités.

Car «c’est par méconnaissance de certains marchés que nous avons fait des erreurs stratégiques dans un récent passé», a noté Pitot. Qui retrouve la présidence après un premier mandat en 2006-2007.

Les hôteliers souhaitent, par ailleurs, gérer eux-mêmes 25% de l’Environment Protection Fee. Une taxe qui engrange, en moyenne, Rs 300 millions par an de la part de l’industrie du tourisme.

Répondant à l’appel au dialogue des deux hommes, «je suis prêt à ouvrir mes dossiers pour qu’on en discute», a affirmé Anil Gayan. Le ministre estime cependant que l’Ahrim devrait s’ouvrir à la présence d’un représentant du Tourisme sur son conseil d’administration.

Il a rappelé que certains «palaces» seraient restés vides sans les investissements de l’Etat dans les infrastructures. Comme ce projet de Rivière-Noire, a lancé le ministre en boutade. Qui s’est aussi réjoui de savoir que les petits salaires ont été valorisés, en se demandant toutefois quel est l’écart avec les gros salaires.

Gayan a aussi insisté sur la notion d’inclusivité, qui est «l’avenir du tourisme durable». L’industrie sera «défendue et protégée» quand tout le monde participera à son développement, a-t-il poursuivi.

A Pitot qui a souligné les baisses de revenus à cause des fluctuations du taux de l’euro et de la livre sterling, notamment, Gayan a relevé, narquois, que les «windfall gains» étaient passés au silence. Et que la livre «a baissé pour tout le monde».

Le gouvernement a fait des efforts sur d’autres questions : l’assouplissement du régime des visas, l’ouverture de l’accès aérien, ou encore la réduction des loyers sur les terrains de l’Etat quand il y a rénovation.

Au chapitre du marché chinois, Gayan soutient que les réponses aux interrogations de l’Ahrim sont dans les études menées régulièrement par Statistics Mauritius.

Photo : Le ministre du Tourisme Anil Gayan (à g.) et Jean Louis Pitot (à dr.), qui retrouve la présidence de l’Ahrim après dix ans.