Les propos d’Anil Gayan sur le programme de substitution à la méthadone, la semaine dernière, ont fait  bondir les ONG concernées. Ces associations, toutes actives dans les programmes de réduction des risques, dénoncent aujourd’hui « des menaces directes sur des programmes qui marchent », selon Nicolas Ritter de PILS. Et la « rupture du dialogue » de la part du ministre de la Santé avec les acteurs de la société civile sur cette question.

Ce qui fait monter les associations au créneau, en animant notamment une conférence de presse aujourd’hui ? Anil Gayan a annoncé que les nouveaux bénéficiaires au programme de substitution à la méthadone seraient soumis à un « screening » plus « rigoureux », sans toutefois en préciser les contours.  Le ministre a aussi déclaré que des alternatives à la méthadone seraient proposées, sans indiquer lesquelles. Il a également évoqué les « Rs 50 millions » injectées par le gouvernement chaque année dans ce programme et réclamé plus de « transparence » de la part des associations.

Certes, les programmes de réduction des risques existants – on parle aussi de celui d’échange de seringues – peuvent être améliorés, indique Nicolas Ritter. Cependant, dit-il, le ministre de la Santé prend des « décisions unilatérales, sans consultation ». Tout en faisant des insinuations sur les salaires élevés que toucheraient des directeurs d’ONG. Le chiffre de Rs 250 000 mensuelles mentionnées par Gayan, poursuit Nicolas Ritter, ne concerne en tout cas aucune des ONG engagée dans la lutte contre le VIH ou les drogues.

Sur le chapitre de la transparence, « nous savons exactement est quoi est destinée chaque roupie » dépensée, souligne Nicolas Ritter. Cela grâce notamment au National Aids Spending Assessment, un outil mis en place par UNAIDS qui permet de suivre le flux des ressources injectées dans la lutte contre le VIH-Sida et les programmes connexes.

Alors qu’Anil Gayan soutient que la décentralisation de la distribution de la méthadone, depuis le début de l’année, marche, Joëlle Rabot-Honoré fait comprendre que bénéficiaires ont plutôt replongé. La coordinatrice au Collectif Urgence Toxida de citer, pour étayer ses dires, l’augmentation drastique sur la même période du nombre de personnes qui sont « retournées » vers le programme d’échange de seringues (PES).

Le ministère de la Santé, poursuit-elle, insiste fortement obtenir les noms et numéros de cartes d’identité des personnes inscrites au PES. Accéder à cette requête « sans leur consentement » serait « aller à l’encontre des droits humains de nos bénéficiaires », dit Joëlle Rabot-Honoré.

Tout en faisant des recommandations, ces membres de la société civile souhaitent l’intervention du Premier ministre et du Conseil des ministres dans cette affaire. Si du courrier avait été envoyé au chef du gouvernement « depuis quelque temps déjà », dit Nicolas Ritter, une nouvelle lettre a aujourd’hui été adressée à Xavier Duval, Acting Prime minister, pour solliciter « une rencontre urgente ».