Les préparatifs vont bon train pour la grande nuit de Shiva qui sera célébrée avec ferveur dans tous les temples de l’île lundi prochain. Alors que certains dévots ont déjà entamé leur marche vers Grand-Bassin, d’autres s’attèlent à terminer la confection de leurs kanwars, ces structures en bois qu’ils porteront pendant le pèlerinage.

La décoration ne se fait toutefois pas au petit bonheur. « Il faut toujours avoir de la dévotion pour fabriquer un kanwar », souligne l’Acharya Hemant Pandya du Tulsi Sham Mandir, à Beau-Bassin. La structure même, explique le religieux, est un temple pour les dévots, la maison de Dieu.

Elle se construira donc à partir de bambou, souligne l’Acharya, un matériau « naturel » que l’on retrouve dans la mythologie hindoue. « Le dieu Vishnu a utilisé du bambou pour faire une flûte », rappelle l’Acharya Pandya.

Une fois sa forme donnée, ce petit édifice sera recouvert de toile blanche, synonyme de pureté, parfois cousue en volutes. Le kanwar sera aussi décoré de fleurs, de miroirs et de statuettes de divinités hindoues, principalement celui de Shiva.

C’est en groupe que le kanwar est souvent porté. Tout au long du pèlerinage, les dévots vêtus de blanc, pour signifier la pureté du corps et de l’esprit, chanteront les louanges du dieu Shiva. « Quand on porte le ‘kanwar’ sur nos épaules, il faut penser à Dieu tout au long du pèlerinage jusqu’au Ganga Talao », dit l’Acharya. Pour les kanwarti, ceux qui portent l’édifice, c’est un moment de piété, de détermination et de sacrifices. Ils quittent leurs domiciles quelques jours avant la fête pour recueillir l’eau sacrée du lac afin de le déverser sur le Shivalingam.

L’un des symboles de la fête Maha Shivratri, le kanwar a aussi évolué au fil du temps. Se faisant plus grand – parfois sur des roulettes –, plus chargé, adoptant d’autres formes que l’arc traditionnel, arborant plus de couleurs, voire des lumières… L’Acharya Pandya estime, lui, que « le kanwar doit être petit, chaque individu doit pouvoir le porter personnellement ». Les grosses structures, selon lui, épuisent inutilement le dévot. « On peut être tellement fatigué qu’on ne peut même pas prononcer le nom de Dieu après. »

L’équipe d’ION News est aussi allée à la rencontre de dévots qui, comme chaque année, s’investissent corps et âme dans cette fête.

Novesh Unuth, 25 ans, fait quant à lui partie des DP Boys. Ce groupe, créé  en 2009, rassemble plus d’une trentaine de volontaires qui non seulement fabriquent les kanwar mais distribue aussi de la nourriture aux pèlerins. « On tous la même dévotion pour le Dieu Shiva et tous les amis se regroupent pour la fabrication du kanwar », explique-t-il.

Vimal Gopee, 28 ans, participe depuis plus de quinze ans à la construction des kanwar. « C’est un rituel pour nous de les fabriquer chaque année », dit-il. Alors que beaucoup de déplacent en groupe d’au moins une dizaine de fidèles jusqu’au Ganga Talao, Vimal préfère s’y rendre avec quatre personnes. « On sera une quinzaine au début du pèlerinage mais à quatre ou cinq sur le chemin du retour », fait-il valoir.