L’immunité accordée pour déposer devant une commission d’enquête. C’est la raison évoquée par Pravind Jugnauth pour avoir refilé l’affaire Sobrinho à la commission anticorruption au lieu d’instaurer la commission d’enquête réclamée par l’opposition. Une telle structure «ne ferait que traîner les choses», a soutenu le Premier ministre au Parlement, ce mardi 27 mars. «Et ne déboucherait pas sur des actions concrètes, contrairement à une enquête menée par l’ICAC.»

Le chef du gouvernement avait, il y a pratiquement un an, également affirmé qu’une «commission d’enquête pas justifiée».

La Financial Services Commission a suspendu l’investment banking licence de l’Alvaro Sobrinho Africa Ltd aujourd’hui, a précisé Jugnauth. Cela suivant les poursuites initiées, le 18 août 2017, contre la compagnie de l’Angolais pour «making statement which it ought reasonably to know was misleading».

Presque un an après sa première Private Notice Question sur Sobrinho, une commission d’enquête est encore plus urgente, insiste Duval. Qui rappelle que la démission d’Ameenah Gurib-Fakim n’est que la dernière d’une série en rapport avec l’Angolais. Citant notamment celle de plusieurs membres du conseil d’administration de la FSC, dont le Solicitor General, alors qu’il était question d’approuver les demandes de licences des compagnies de l’homme d’affaires controversé. Jugnauth se contente de citer les raisons officielles données par le Solicitor General. Duval le raille : «Tout cela n’est qu’une coïncidence ?»

Face aux doutes de Xavier Duval sur l’issue de l’enquête de l’Independent Commission against Corruption, Jugnauth affiche sa confiance dans nos institutions et dans l’indépendance de la commission. Et en veut pour preuve le fait que des membres de la majorité (Raj Dayal, NdlR) font face à des poursuites ou ont dû démissionner comme ministre à cause des investigations en cours sur eux. Le Premier ministre nargue Duval, soulignant que ce dernier a, lui, retiré sa plainte.

Le leader de l’opposition le corrige derechef. L’affaire Soodhun est toujours d’actualité. Elle sera d’ailleurs appelée ce jeudi 29 mars, précise Xavier Duval. Qui affirme également ne pas avoir reçu la lettre anonyme sur Sobrinho que Jugnauth a transmise à l’ICAC.

Xavier Duval a également remis sur le tapis les 59 villas que l’Angolais comptait acquérir au complexe Royal Park. Pravind Jugnauth a insisté sur le fait que l’homme d’affaires n’a acheté qu’une villa et que l’une de ses compagnies, Vango Property, est propriétaire d’un bien immobilier à Ebène. Duval insiste : l’homme était prêt à dépenser Rs 1,6 milliard mais n’aurait pas satisfait toutes les conditions posées par le Board of Investment, notamment pour montrer que son argent est propre.

Sobrinho a effectué des transactions auprès de la SBM et de la Barclays, a souligné le Premier ministre, qui ont effectué les vérifications d’usage. Dans les deux cas, la National Bank of Canada, d’où provenaient les fonds transférés, a assuré que l’Angolais avait passé l’étape de vérifications de rigueur. Dans le cas des transactions à la Barclays, précise Jugnauth, des fonds ont aussi été transférés du Crédit suisse, qui n’a rien signalé de suspicieux.

Sobrinho fait affaire au Portugal, en Suisse, au Royaume-Uni, au Canada, ajoute le Premier ministre. «Ces banques internationales réputées et ces pays n’ont jusqu’ici rien trouvé, ni n’ont-ils empêché Alvaro Sobrinho de faire affaire», dit Jugnauth. «Nous devrions faire mieux qu’eux ?» a-t-il lancé.

Duval le reprend : Sobrinho est poursuivi pour corruption de juge en Suisse, ses biens ont été saisis par les autorités helvètes. «Je dois vérifier», contre le Premier ministre. Mais le Crédit suisse n’a pas gelé ses avoirs : «Pourquoi cela ?» demande Jugnauth. Qui insiste face à Duval : «Nous ne protégeons personne. Sinon pourquoi la FSC a suspendu sa licence ?»

Photo : Alvaro Sobrinho était dans les locaux de sa compagnie, en mars 2017, pour s’expliquer sur la polémique qui avait éclaté à son sujet. Seule une partie de la presse avait été admise.