C’est accompagné de son Permanent Secretary Medha Gunputh que sir Anerood Jugnauth (SAJ) s’est rendu devant la Commission d’enquête sur la vente de Britam au Kenya. Avec seulement 20 minutes passées à répondre aux questions de Bushan Domah, Sattar Hajee Abdoulah et Imrith Ramtohul, l’audition du ministre mentor est l’une des plus courtes de la vingtaine entreprises jusqu’ici par la commission d’enquête.

L’audition a démarré dans une ambiance détendue et courtoise. L’ancien juge Bhushan Domah fait remarquer à SAJ qu’il a souvent vu le nom «A. Jugnauth» dans des affaires de justice d’avant l’indépendance et qu’il ne pouvait s’agir que de lui. Le témoin du jour – bien préparé, il est muni des questions et de ses réponses – esquisse un sourire.

Comme de coutume, le président de la commission demande à SAJ s’il souhaite faire une déclaration préliminaire. L’ancien Premier ministre reste bref. «Depuis le début», précise-t-il, la tâche de gérer la vente de Britam au Kenya avait été confiée à Roshi Bhadain, qui sollicitait parfois l’avis du ministère des Finances. Toutefois, précise le ministre mentor, l’ancien ministre des Services financiers avait la «sole responsibility» du dossier.

Le président de la commission sollicite «la bonne version» de SAJ. L’amendement de l’Insurance Act, permettant notamment la nomination d’un administrateur spécial pour la BAI, avait-il été initié par le ministère des Finances ou celui de Bhadain ? L’idée est venue de l’ancien ministre MSM, assure SAJ. Qui affirme que celui-ci a recherché l’aval du Conseil des ministres afin de présenter l’amendement au Parlement. Il estime donc que l’ancien ministre dit «a big lie», s’il affirme que l’idée a pu provenir de l’ancien ministère de Vishnu Lutchmeenaraidoo.

Le PS du ministre mentor lui remet un document afin que celui-ci soit communiqué à la commission d’enquête. Mais SAJ cale et recadre Medha Gunputh. «Sa pa kapav prodir sa. Ena sekre ladan!» L’ancien Premier ministre répond à une nouvelle question de Domah sur l’amendement à l’Insurance Act puis rappelle que toutes les réunions sur le sujet de la vente de Britam se tenaient au ministère d’alors de Roshi Bhadain en présence de l’administrateur spécial de la BAI et des proches collaborateurs du ministre : Akilesh Deerpalsing et Faadil Ramjanally. SAJ enfonce à nouveau le clou. Le ministère des Finances «was not really involved», ne participant aux discussions que quand Bhadain le demandait.

L’ancien Premier ministre détaille ensuite la chronologie des différentes offres reçues pour les parts détenues par la société de Dawood Rawat dans Britam Kenya. SAJ concède que Bhadain informait régulièrement le Conseil des ministres des actions qu’il entreprenait.

L’ancien juge ayant terminé, Sattar Hajee Abdoulah prend le relais et s’emmêle les pinceaux. Demandant au témoin du jour s’il avait connaissance, en tant que ministre des Finances, sur les différentes offres reçues pour Britam Kenya. SAJ n’est pas certain qu’il était aux Finances à cette époque. L’assesseur de Domah reformule sa question. En tant que Premier ministre, «I was kept in the dark», affirme le témoin. Expliquant avoir appris que Britam Kenya avait été vendu à un prix inférieur bien plus tard, dans le cadre d’une réunion du Conseil des ministres.

Sattar Hajee Abdoulah le coupe. «But Prime minister…» SAJ l’interpelle : «I’m no longer Prime minister.» L’assesseur fait de l’esprit : «Once a Prime minister, always a Prime minister.»

L’ancien juge Domah questionne à nouveau le témoin. Il veut savoir s’il y avait urgence de vendre les parts dans Britam Kenya peu importe le prix et l’acheteur ? SAJ se souvient que le ministère des Finances avait jugé que les actions auraient pu être vendues à un meilleur prix. Mais il explique que l’ancien ministre des Services financiers avait présenté un mémo expliquant que la somme de la vente devait être rapidement déboursée afin de payer les sommes dues aux souscripteurs du plan Super Cash Back Gold, notamment.

Quid du Fonds souverain ? demande le président de la commission d’enquête. Cela n’avait rien à faire avec le dossier Britam, corrige SAJ. En expliquant que c’était une mesure budgétaire en faveur des générations futures. L’ancien juge Domah reprend des bribes de l’audition de Roshi Bhadain en septembre 2017. Notamment quand l’ancien ministre avait expliqué avoir été surpris que son ancien Permanent Secretary eût signé l’accord de vente de Britam.

SAJ ne défend nullement son ancien protégé. Il se dit surpris d’entendre cela. Bhadain, répète-t-il, était responsable de tout le dossier. «Je ne pense pas qu’il a dit cela à son PS. Il gérait toute la situation. Je pense même que c’est lui qui a dû demander à son PS de signer.» Le ministre mentor n’en démord pas. Affirmant que Bhadain ne peut désormais venir dire qu’il n’était pas «aware» des éléments du dossier.

L’ancien juge Domah demande au témoin s’il souhaite remettre d’autres documents à la commission d’enquête. SAJ dit qu’il n’en a pas. Redisant, quelques instants plus tard, que Bhadain était responsable. «He acted till the end», poursuit-il, récusant la version selon laquelle Vishnu Lutchmeenaraidoo a mal géré le dossier BAI. «This is not true. He [Bhadain] was responsible and never complained to me.»