Le ministère de la Sécurité sociale a choisi le 10 septembre, Journée mondiale de la prévention du suicide, pour rendre public l’étude qu’elle a commanditée sur ce phénomène chez les jeunes. Deux constats s’imposent d’emblée à la lecture du rapport soumis par le Mauritius Research Council : si le nombre de suicides pour les années 2012, 2013 et 2014 sont plus ou moins stables pour les 13 à 139 ans, une hausse considérable a cependant été notée pour ce qui est des tentatives. Celui-ci passant de 90 en 2011 à 271 en 2012, et 263 en 2013. Les filles étant largement majoritaires.

Le deuxième point saillant : les tendances suicidaires ne peuvent être attribuées à une cause précise mais relèvent d’une série de facteurs. Les principales étant :

  • Les relations conflictuelles avec les parents – difficultés à communiquer, famille dysfonctionnelle, abus… – auxquelles s’ajoute parfois une situation financière précaire ;
  • Des problèmes relationnels – rejet, petit(e)ami(e) violent, famille opposée à la relation amoureuse ;
  • Le bullying et le peer pressure;
  • Des désordres psychologiques dont la dépression, qui peuvent être à la fois la cause ou la conséquence de tendances suicidaires.

L’étude, menée par le Centre for Applied Research de la MRC, se penche sur les causes du suicide ou d’une tentative, ainsi que sur les conséquences sur les proches. Elle s’est appuyée notamment sur des entretiens avec des jeunes ayant tenté de mettre fin à leurs jours, des études de cas, un questionnaire distribué dans trois collèges ainsi que des focus group discussions. Les chercheurs recommandent que leur étude, qui s’est faite sur une petite échelle, soit répercutée à l’échelle nationale, surtout au vu des résultats du questionnaire auquel ont répondu une centaine de collégiens.

Les chercheurs recommandent aussi une approche multisectorielle sous la forme d’une plateforme nationale ou d’un comité à long terme. Et où l’on retrouverait des acteurs des secteurs de l’éducation, de la santé, du bien-être social, de la jeunesse mais aussi du genre. L’adoption d’un protocole pour gérer les risques d’émulation dans les écoles suite à un cas de suicide devrait, par exemple, être envisagée.

Le rapport note également le manque de ressources de Life Plus, unité du ministère de la Sécurité sociale, et de Befrienders, les seuls à œuvrer dans ce domaine. Outre les campagnes de prévention contre le suicide, d’autres devraient être destinées aux parents, suggère le rapport. A la fois pour renforcer leurs parenting skills mais aussi pour les aider à gérer des ados en difficulté.

Il faudrait aussi assurer la formation du personnel des écoles, des responsables de groupes de jeunes, des travailleurs sociaux… Mettre en place une campagne nationale pour « démystifier les causes du suicide, s’attaquer au stigma et sensibiliser sur les ressources disponibles ».  Un système centralisé pour la collecte de données est aussi « essentiel » pour avoir une meilleure idée de l’étendue du suicide, chez les jeunes comme chez les adultes, et assurer une prévention plus efficace.

La presse en prend également pour son grade. Le rapport épinglant des articles qui ne respectent pas les recommandations de l’Organisation mondiale de la Santé sur le reporting responsable de cas de suicide.

Pour Fazila Jeewa-Daureeawoo, « la prévention doit se faire sur toute l’année ». Les jeunes, dit la ministre de la Sécurité sociale, se retrouvent parfois démunis devant les difficultés de la vie. Et il faut les armer, notamment en leur inculquant des valeurs, pour qu’ils puissent y faire face. « Nous devons leur montrer à nos jeunes qu’ils peuvent surmonter toutes les difficultés. »

Sheila Cheekoory, vice-présidente de Befrienders, rejoint la ministre dans ses propos. Et espère que les recommandations des chercheurs du CAR seront appliquées. Cela ne pourra qu’aider à renforcer les mécanismes de prévention et de prise en charge, soutient-elle.

L’étude, intitulée Causes & consequences of suicidal behaviour among teenagers in Mauritius, peut être consultée dans son intégralité ici.

Photo : Ajoy Nundoochun, Officer in Charge, World Health Organisation, Vidya Narayen, Ombudsperson for children, Fazila Daureeawoo, ministre de la Sécurité sociale, Sheila Cheekhoory, vice-présidente de Befrienders, et Aveeraj Peedoly du Mauritius Research Council lors de la présentation publique de l’étude sur le suicide chez les jeunes, ce jeudi 10 septembre, à la municipalité de Port-Louis.