Il est encore trop tôt pour la dépénalisation du gandia à Maurice. C’est ce qu’a fait comprendre le Premier ministre, hier 27 juillet. Pravind Jugnauth rappelle cependant qu’il faut une approche plus humaine envers les toxicomanes.

Le rapport Lam Shang Leen, rendu public (lire ici) après ce point de presse de Pravind Jugnauth, aborde ce sujet. Maurice n’est pas encore prêt pour une position ferme sur la légalisation du cannabis, estime la commission d’enquête sur les drogues. Mais des études et des statistiques sont nécessaires pour mieux appréhender le phénomène de consommation et la National Drug Policy Commission aura un «rôle crucial» à jouer. Notamment en lançant un débat «dépassionné» sur le sujet : en étudiant ce qui se fait ailleurs tout en gardant en tête les spécificités locales.

Au vu de l’ampleur du trafic de gandia et «des vastes sommes» qu’il génère, «il faut réfléchir s’il ne serait pas plus économique de légaliser ce commerce». Ce qui «couperait les ailes» aux trafiquants et permettrait de diriger les ressources disponibles vers la lutte contre le trafic d’autres types de drogues.

Les coûts associés à la détention de consommateurs de cannabis sont «énormes». Ces détenus «encombrent inutilement les prisons».

«Légaliser le cannabis permettrait non seulement de faire des économies mais aussi de créer un autre flux de revenus pour le gouvernement». Sans compter ceux que générerait l’industrie du chanvre.

Avant de considérer la légalisation, soulignent l’ex-juge Paul Lam Shang Leen et ses assesseurs, des recherches doivent aussi être menées sur les deux variétés de cannabis cultivées localement pour déterminer leur taux de THC. Mais aussi si le gandia peut être utilisé à des fins médicinales et dans l’industrie du chanvre.

Le rapport note qu’une «approche strictement prohibitionniste» pourra avoir les effets contraires recherchés, notamment auprès des jeunes. Il n’y a pas de preuves scientifiques à l’effet que le cannabis est un «gateway drug». «Au contraire, il est possible que le cannabis les dissuade d’essayer des drogues plus dures et plus néfastes», est-il encore noté.

La commission recommande de référer les consommateurs occasionnels et les toxicomanes à un Drug Offenders Administrative Panel plutôt que de les diriger vers le système de justice pénale. Et au lieu de peines de prison pour les «récidivistes» pour ce type de délits, le rapport préconise des amendes ou des travaux communautaires. «Les cellules de prison ne doivent pas être surpeuplées et doivent être réservées aux trafiquants de drogue, aux dealers et à ceux qui les financent».

Photo (archives) : 11 365 plants de gandia valant Rs 34 millions découverts plus tôt ce mois-ci au milieu de champs de canne dans le Nord.

Commission of Inquiry on Drug Trafficking Report (2018) by ION News on Scribd