A sa demande, l’ancien ministre des Finances Vishnu Lutchmeenaraidoo a été entendu par la commission d’enquête sur la vente de Britam. Lors de son audition aujourd’hui, le ministre des Affaires étrangères a affirmé qu’il souhaite que la lumière soit faite sur cette affaire. «Quelqu’un doit porter le chapeau», dit-il, car il y a toujours un responsable et il faut déterminer qui. Alors que chacun se renvoie la faute.

Vishnu Lutchmeenaraidoo a d’abord présenté la chronologie des événements. Il a ensuite expliqué que le ministère des Finances dont il était à la tête n’avait aucune objection quant au rachat des actions par Britam Kenya tant que l’offre égalait la précédente. Le ministère des Finances Kenya s’était opposé au rachat des actions par la compagnie sud-africaine MMI pour Rs 4,3 milliards.

C’est le Permanent Secretary du ministère des finances, Vidianand Lutchmeeparsad, qui s’est alors rendu au Kenya afin de finaliser la transaction. Dans son rapport, ce dernier a expliqué qu’il a assisté à une rencontre avec Peter Munga, chairman de Britam, et des officiers du ministère des Finances kenyan. Suite à cet entretien, Britam Kenya aurait agréé au rachat des actions pour Rs 4,3 milliards, avec facilités de paiement. Vishnu Lutchmeenaraidoo dit alors avoir reçu une lettre du ministère des Finances kenyan pour finaliser l’accord à travers un protocole d’entente.

En réponse aux questions de la commission, Vishnu Lutchmeenaraidoo a affirmé n’avoir eu aucune indication sur les conditions rattachées aux facilités de paiement requises par Britam. L’ancien ministre des Finances dit aussi ne pas savoir si la vente des actions a été avalisée par le Conseil des ministres. Mais il précise qu’aucun directeur d’une compagnie dont une partie des actions est détenue par le gouvernement n’aurait pris cette décision sans passer par le Cabinet ministériel. Suivant cette logique, la vente des actions de Britam par le National Property Fund Ltd (NPFL) aurait donc dû obtenir cet aval.

Réagissant à cette affirmation, la commission d’enquête a souhaité savoir pourquoi le gouvernement aurait eu à intervenir dans la vente. Selon Lutchmeenaraidoo, cette décision était «spéciale» et impliquait les fonds publics. Notamment à travers la ligne de crédit de Rs 3,5 milliards contractée dans un premier temps auprès de la Banque de Maurice pour rembourser les policyholders. Et d’ajouter que chacun se renvoie la faute dans cette affaire et qu’il faut trouver le responsable.

Si la décision de réduire le prix de vente ne venait pas du gouvernement, alors d’où venait-elle ? s’est interrogé Bushan Domah, président de la commission d’enquête. «Je suis venu pour rétablir la vérité», a répliqué l’actuel ministre des Affaires étrangères.

La commission a alors voulu savoir pourquoi Vishnu Lutchmeenaraidoo a «disparu» de la transaction. Ce dernier a expliqué qu’entre ses allers-retours à l’hôpital et ses convocations à la Commission anticorruption à partir du 10 février 2016, il n’était pas en mesure d’assurer ses fonctions et qu’il a ensuite été «removed as minister».

Vishnu Lutchmeenaraidoo pourrait être convoqué à nouveau par la commission d’enquête.

Le huitième jour des travaux de la commission d’enquête s’est poursuivi avec l’audition de Padassery Kuriakose Kuriachen, ancien Acting CEO de la Financial Services Commission (FSC).

Lors de l’audition, la commission a souhaité savoir pourquoi Yacoob Ramtoola, administrateur spécial du groupe BAI, a exécuté la vente des actions de Britam. Or, la FSC et l’administrateur spécial employé par celle-ci ne devaient plus intervenir dans cette transaction après le transfert des actions au NPFL, si l’on se réfère aux témoignages précédents de Ramtoola et de Prakash Seewoosunkur ainsi que de Kuriachen aujourd’hui.

Afin d’y voir plus clair, la commission a souhaité connaître la date exacte à laquelle les actions de Britam ont été acquises par le NPFL. Kuriachen n’a pas été en mesure de fournir cette information.

Me Désiré Basset, représentant légal de la FSC, a alors interjeté en expliquant que Yacoob Ramtoola est intervenu en tant que «préposé» et non comme administrateur après le transfert des actions.

Les travaux de la commission reprendront le mardi 1er août avec le secrétaire de la FSC. Celui-ci devra remettre les comptes rendus des réunions relatives à la vente de Britam.

L’ancien juge Bushan Domah siège aux côtés des assesseurs Sattar Hajee Abdoula et Imrith Ramtohul.