Roshi Bhadain n’y est pas allé de main morte. Sattar Hajee Abdoula, assesseur au sein de la commission Britam, a eu droit à une volée de bois vert de l’ex-ministre de la Bonne gouvernance. Bhadain remettant justement en cause les principes de bonne gouvernance quant à cette nomination. Sattar Hajee Abdoula, a martelé l’ex-ministre, ne peut être «juge et partie» : lui qui a été administrateur du groupe BAI siège aujourd’hui sur une commission d’enquête qui veut faire la lumière sur la vente d’un des actifs du groupe.

Sattar Hajee Abdoula a été nommé assesseur par le «kitchen cabinet», a affirmé Bhadain aujourd’hui. «Est-ce de la bonne gouvernance ?» s’est-il demandé, que l’assesseur soit là à lui poser des questions ainsi qu’à l’ex-administrateur spécial, alors que Sattar Hajee Abdoula a eu des réunions avec l’ex-ministre sur l’affaire BAI, que ce dernier a refusé de lui payer les honoraires de Rs 26 millions qu’il réclamait – ce qui avait d’ailleurs valu à Yacoob Ramtoola une mise en demeure. Et que (Bhadain brandit une coupure de presse) du temps où Sattar Hajee Abdoula était administrateur de BAI, celui-ci déclarait être le «seul maître à bord» – poussant Dev Manraj à demander à Bhadain : mais comment le gouvernement allait-il payer les souscripteurs ?

L’audition de Ramtoola, le 26 septembre, lui a causé du tort mai aussi à sa campagne à Belle-Rose/Quatre-Bornes, s’est emporté Bhadain. Qui a produit des coupures de presse relatant les propos de l’ex-administrateur spécial et de Sattar Hajee Abdoula qui interrogeait celui-ci sur les «mensonges» de Bhadain. L’ex-juge Domah le reprend immédiatement : les comptes de Bhadain avec la presse ne relèvent pas des travaux de la commission. Tout en soulignant que les journalistes ont une responsabilité dans la manière de rapporter sur ces travaux.

Face au ton très virulent de Bhadain et de ses interrogations répétées sur la présence de Sattar Hajee Abdoula, le président de la commission est intervenu. Lui disant qu’il peut émettre un «ruling» sur la question si c’est ce que souhaite le leader du Reform Party.

Devant son refus, Domah a alors suggéré une pause. Et, sur un ton sarcastique, que le témoin du jour reprenne son audition lorsque «your hypertension is less». Rajoutant : «Vous devriez appelez votre médecin plus souvent.» Bhadain, du tac-au-tac : «Je n’appelle pas mon médecin, c’est lui qui m’appelle quand il a besoin de conseil.» Ce qui a provoqué un rire général et détendu l’atmosphère.

Et Sattar Hajee Abdoula ? L’assesseur semblait gêné durant la diatribe le concernant, devenant tout rouge et se laissant couler dans son siège. L’assesseur s’est repris après un moment, allant même jusqu’à adresser un sourire affable à Bhadain. A qui il n’a toutefois pas adressé un mot à Bhadain durant toute la séance (contrairement à la première audition de début septembre), se contentant de le fixer du regard. Requinqué après la pause de 15 minutes, l’assesseur a, de temps en temps, chuchoté quelques mots à l’oreille du président de la commission qui interrogeait Bhadain.

S’il a pris ombrage de certains propos de Ramtoola, l’ex-ministre n’a en revanche pas tari d’éloges quant au travail que ce dernier a abattu en tant qu’administrateur spécial. «Ramtoola a fait un travail formidable, j’étais là, je l’ai vu», a dit Bhadain. Quid des contradictions que le professionnel a soulevé ? a voulu savoir Domah. Lui mettant sous le nez la transcription de la déposition relative aux réunions tenues à Ebène, au ministère des Services financiers.

Aucune réunion spécifique sur Britam n’a eu lieu à son bureau du temps où il était à la Bonne gouvernance, a maintenu Bhadain. Les rencontres qui s’y tenaient concernaient l’affaire BAI, Ramtoola le tenant au courant des avancées, poursuit-il. Et Britam étant mentionnée durant ces discussions tout comme d’autres compagnies de l’ex-groupe BAI. Le Conseil des ministres était tenu constamment informé de ces discussions, a affirmé Bhadain. Contrairement à son collègue Vishnu Lutchmeenaraidoo qui n’en faisait pas de même, selon lui.

Le leader du Reform Party persiste et signe : l’ex-ministre des Finances, aujourd’hui chef de la diplomatie, a «mislead» Pravind Jugnauth sur le dossier Britam. Et a fait du «deliberate interference» en «usurpant» le rôle de l’administrateur spécial et en faisant fi des procédures.

Si Rs 2,6 milliards était un bon prix pour ces actions, pourquoi personne ne semble vouloir prendre la responsabilité de la vente ? a demandé Domah. Bhadain d’insister que l’offre de Rs 4,3 milliards qu’avait mentionné Lutchmeenaraidoo n’a jamais existé.

Revenant sur la «visite de courtoisie» de Peter Munga, Bhadain précise que la requête est venue de Yacoob Ramtoola et insiste que la rencontre n’avait rien à voir avec la vente de Britam. Dev Manraj, secrétaire financier et président de la Financial Services Commission, était présent, dit Bhadain. Et de renchérir : «M. Manraj était toujours là.»

Comment se fait-il que Jugdish Dev Phokeer, alors Permanent Secretary (PS) aux Services financiers, a signé le purchase agreement relatif à Britam ? s’est enquéri Domah. Bhadain a, de nouveau, clamé son ignorance. Arguant qu’il a lui aussi posé la question au haut fonctionnaire, le dossier relevant des Finances.

C’est par la presse que Bhadain a appris que Lutchmeeparsad avait rencontré, sur les ordres de Lutchmeenaraidoo, le conseil d’administration de Britam au Kenya. Domah produit alors un courrier de Ramtoola informant Britam Kenya de la visite prochaine du PS des Finances. «Qui a demandé à Yacoob Ramtoola de notifier Britam ? interjette alors l’ex-ministre. Qui a dit aux administrateurs spéciaux que les actions devaient être vendues à Britam ?» Et de rappeler que selon la législation, ces derniers ne sont pas censés prendre d’instructions de quelque ministère.

L’amendement présenté en avril 2015 à l’Insurance Act pour la nomination des administrateurs spéciaux a été rédigé aux Finances, a précisé Bhadain. Même si c’est lui qui l’a introduit au Parlement, l’Insurance Act relevant du ministère des Services financiers. L’ex-ministre répondait à Domah, qui lui a fait remarquer que cet amendement est lié au National Property Fund Ltd. Lutchmeenaraidoo et Manraj sont à l’origine du NPFL, déclaré Bhadain.

L’audition a pris fin dans une atmosphère moins tendue. Roshi Bhadain affirmant même : «Je n’ai aucune rancune personnelle contre Sattar Hajee Abdoula, nous sommes tous deux de grandes gueules.» L’ex-juge Domah s’adresse alors aux deux hommes : «Merci. Tous deux devriez avoir de l’intelligence émotionnelle.»

Le leader du Reform party pourrait être convoqué de nouveau par la commission d’enquête. Yacoob Ramtoola, qui a déposé plus tôt dans la journée, sera de retour dans les semaines qui viennent, tout comme Vishnu Lutchmeenaraidoo.