Roshi Bhadain est la «star witness» de la commission d’enquête sur la vente de Britam, selon les propos de l’ex-juge Domah, président de cette instance. Comme Dev Manraj plus tôt cette semaine, l’ex-ministre des Services financiers affirme qu’il n’y a pas eu d’offre formelle des Kenyans à hauteur de Rs 4,3 millions. Il affirme, en outre, que Vishnu Lutchmeenaraidoo a «misled Pravind Jugnauth» sur tout le processus pour la vente des actions de Britam.

Pour son audition, Roshi Bhadain est arrivé accompagné de son père Chand Bhadain ainsi que d’Akilesh Deerpalsing, qui a déposé devant la commission cette semaine. Et avec des documents sous le bras. Il s’y est d’ailleurs référé au cours de son audition. Notamment sur l’offre de Rs 4,3 milliards des Kenyans.

S’appuyant sur le procès-verbal de la rencontre entre Lutchmeeparsad et le conseil d’administration de Britam Kenya, en novembre 2015, Bhadain explique que la compagnie n’a jamais émis d’offre de Rs 4,3 milliards «comme l’a dit Dev Manraj lors de son audition». Cette offre n’est qu’un «fallacy» et un «mythe», affirme Bhadain, prenant à contrepied Vishnu Lutchmeenaraidoo.

Le procès-verbal, souligne-t-il, évoque une «mutually acceptable valuation» mais aucun montant. Et de préciser que Lutchmeenaraidoo avait chargé son secrétaire permanent de cette mission sans que Bhadain ne soit tenu au courant et sans l’aval du Conseil des ministres.

Pour l’ancien ministre des Services financiers, si l’offre de Rs 4,3 milliards avait été concrète, n’importe quel ministre en aurait parlé au Cabinet ministériel et dans les médias. Or, tel n’a pas été le cas.

Bhadain «dans le noir»

Quid de l’offre des Sud-africains ? Bhadain explique ainsi n’avoir pris connaissance de l’offre de MMI Holdings qu’après avoir reçu un courrier de la compagnie sud-africaine le 14 octobre 2015. Cette lettre lui était adressée ainsi qu’au ministère des Finances, au gouverneur de la Banque de Maurice, aux firmes PwC et BDO. MMI réitérait son intérêt pour le rachat des actions de Britam à Rs 4,3 milliards. Une proposition faite dans un premier courrier adressé aux Finances, dont Bhadain  n’était pas au courant.

Retraçant la chronologie des événements, Bhadain indique que Dev Manraj a reçu une lettre du Secrétaire au Cabinet du gouvernement kenyan le 11 décembre 2015. Celui-ci le remercie d’avoir accepté de vendre les 23% des actions à Britam. Bhadain explique que le secrétaire financier a agréé la vente «because Vishnu Lutchmeenaraidoo told him so».

En janvier 2016, Manraj a reçu un second courrier demandant que la transaction soit finalisée le 15 février 2016 à Nairobi. Le prix n’est toujours pas fixé, ajoute Bhadain. L’administrateur spécial, «avec la bénédiction de Lutchmeenaraidoo», s’en va alors conclure la transaction alors que Bhadain demeurait «dans le noir».

Si Jugdish Dev Phokeer, alors Permanent Secretary aux Services financiers, a signé la résolution de vente des actions de Britam, c’est avec la désapprobation de Bhadain, poursuit ce dernier. Il estime que le National Property Fund Ltd (NPFL), alors propriétaire des actions, n’était pas sous la responsabilité de son ministère.

L’ancien juge Domah réagit alors : «Nous n’avons pas étélet down by politicians but by professionals’». Arguant que cette affaire était sous la responsabilité de «self regulated companies».

Quant à certaines déclarations de Phokeer et de Somduth Nemchand devant la commission d’enquête, Bhadain dit n’avoir jamais tenu de réunion à son ministère concernant la vente de Britam. Il confirme cependant avoir eu plusieurs rencontres tardives avec Dev Manraj qui a «travaillé très dur malgré son âge» –  affirmation répétée plusieurs fois pendant son audition – sur le dossier BAI. 

SAJ aurait tout réglé en 10 minutes…

Pour le leader du Reform Party, il n’y avait pas lieu d’instruire une commission d’enquête pour faire la lumière sur la vente des actions de Britam. Pour Bhadain, sir Anerood Jugnauth aurait «résolu le problème en dix minutes en convoquant l’administrateur spécial».

Les parts ont été cédées à un bon prix, fait-il comprendre. Avançant que la Banque mondiale, à travers l’International Finance Corporation, a acheté 10,3 % des actions de Britam à 15,85 shillings kenyans par action début 2017. Or, les 23% des parts de Britam détenus par la BAI ont été vendus à 16 shillings kenyans par action en mars 2016. «Où est donc le problème ?» s’est interrogé Bhadain.

Selon lui, cette information était disponible à n’importe quel membre du Cabinet ministériel, sans avoir recours à une commission d’enquête.

Autre aspect abordé par l’ancien ministre durant son audition : les réunions tenues au ministère des Finances en mai 2016 concernant le remboursement des souscripteurs au plan Super Cash Back Gold et de la BAM.

Il explique que Pravind Jugnauth, de retour comme Grand argentier ; Dev Manraj, secrétaire financier ; Akilesh Deerpalsing et Fadil Ramjanally, alors tous deux conseillers au ministère des Services finances ; des représentants de la State Bank of Mauritius (SBM) et lui-même se sont réunis dans le but de trouver des fonds pour le remboursement des clients. Lors de ces rencontres, Bhadain a indiqué le montant des fonds disponibles à travers la vente de Britam. Soit les Rs 2,5 milliards obtenues de la vente. «How can he say he didn’t know?» a alors lancé Bhadain en parlant de Pravind Jugnauth.

«Très critique» envers Lutchmeenaraidoo

Roshi Bhadain a aussi nié les déclarations disant qu’il n’a jamais fait part de ses décisions au Conseil des ministres. Qui était, par ailleurs, au courant du montant et de l’identité de l’acheteur. Il a aussi ajouté qu’il a répondu à une Private Notice Question à ce sujet en mai 2016.

S’il reconnaît s’être montré «très critique» envers Lutchmeenaraidoo, ce dernier n’avait pas le choix quant à la vente ou non de Britam compte tenu des circonstances, estime Bhadain. L’ancien ministre des Finances, dit-il en précisant ne vouloir défendre qui que ce soit, avait des décisions à prendre.

Bhadain estime aussi que personne n’avait de mauvaises intentions, que ce soit Lutchmeenaraidoo, Manraj ou encore Pravind Jugnauth.

Mais «someone has lied in front of this commission», soutient l’ancien ministre.

Roshi Bhadain sera appelé à nouveau devant la commission d’enquête fin septembre afin de répondre à des questions additionnelles.

Bushan Domah est assisté par Sattar Hajee Abdoula et Imrith Ramtohul.