Le procès dans l’affaire Roches-Noires a repris ce vendredi 22 juin avec l’audition de l’inspecteur Seebaruth du Central Criminal Investigation Department (CCID). Celui-ci a été notamment entendu sur la réouverture de l’enquête en janvier 2015. Il a également été question des dépositions de Navin Ramgoolam.

Pourquoi l’enquête sur l’affaire Roches-Noires a-t-elle été rouverte ? L’inspecteur Seebaruth plaide l’ignorance. Expliquant qu’à l’époque, il était constable et venait d’être posté au CCID.

En cas de réouverture de l’enquête, le Deputy Commissioner of Police (DCP) du CCID doit-il en être informé ? En principe oui, estime l’officier de police après quelques tergiversations.

Il a aussi été question d’un «diary book» que l’inspecteur Seebaruth devait saisir dans les locaux de Brinks Security à Flacq, en janvier 2015, et dont certaines entrées se rapportent aux événements de la nuit du 2 au 3 juillet 2011 au campement de Navin Ramgoolam à Roches-Noires. Ce livre contient les entrées des agents de sécurité en poste ce soir-là.

La perquisition n’avait rien donné et le document avait été récupéré le lendemain auprès du CEO de la compagnie de sécurité.

Qu’est-ce qui a poussé la police à solliciter Brinks ? demande Me Gujadhur. Qui fait ressortir que la déposition de l’inspecteur concernant cette perquisition comporte la mention «ongoing investigation». Il y avait de «nouvelles preuves», selon le policier. Qui n’a toutefois pas précisé la nature de ces nouveaux éléments.

Pourquoi, selon la déclaration du coaccusé Dev Jokhoo, «a charge of conspiracy was put to him by his surprise, even before hearing him» ? a voulu savoir Me Mooloo Gujadhur, qui représente l’ex-DCP. L’inspecteur Seebaruth peine à répondre, indiquant finalement qu’il ne sait pas, et qu’il a reçu des instructions du chef inspecteur Rughoonundun. Du reste, il n’était pas le chief interrogator lors de l’audition de l’ex-DCP Jokhoo, relativise le policier.

Son client ainsi que l’ex-DCP Sooroojebally ont été arrêtés, a alors fait remarquer l’homme de loi. Alors même que le «self-confessed liar» Rakesh Gooljaury, qui s’était rendu au CCID le 11 janvier 2015 pour revenir sur la version des faits donnée en 2011, avait pu rentrer chez lui. Qui a décidé que cela devait se passer ainsi ? demande Me Gujadhur. «M. Jangi», répond le témoin en faisant référence au chef du CCID d’alors.

Dans son contre-interrogatoire, MGlover, qui défend Navin Ramgoolam, a remarqué que les entrées concernant cette soirée différaient des autres car ne comportant pas d’initiales et n’étant pas «closed». Des informations ont pu être modifiées, suppose le Senior Counsel en expliquant qu’il est difficile de vérifier l’authenticité des entrées. Car la personne responsable du document est décédée.

A la reprise des auditions, dans l’après-midi, c’est le chef inspecteur (CI) Goinden qui a été appelé à la barre. L’officier de police a enregistré quatre des cinq dépositions de Navin Ramgoolam entre mars et juin 2015. L’ancien Premier ministre avait préféré rédigé lui-même un procès-verbal, le 10 mars de cette année.

MGavin Glover, l’avocat de Ramgoolam, s’est opposé à la lecture de trois des cinq dépositions en Cour, rappelant qu’il a déposé une motion contestant leur admissibilité en janvier. Au motif qu’elles n’auraient pas été enregistrées de bonne foi par la police.

Dans la déposition rédigée par l’officier de police, l’ancien Premier ministre relate les événements qui se sont produits dans la nuit du 2 au 3 juillet 2011 de sa perspective. Expliquant comment Rakesh Gooljaury a donné une première déposition à la police avant de se rétracter.

Le CI Goinden explique que dans la déposition que Ramgoolam a lui-même rédigée le 10 mars 2015, il dit ne pas faire confiance à l’enquête de la police et qu’il nie la charge de complot contre lui. L’ancien Premier ministre y rappelle aussi que durant la campagne électorale, sir Aneroood Jugnauth (SAJ) a répété qu’il rouvrirait l’affaire du vol à Roches-Noires une fois au pouvoir.

Ramgoolam en conclut que la réouverture de l’enquête était «politically influenced». En rappellant le lien de parenté entre le DCP Jangi et SAJ. L’enquête n’était pas «conducted fairly», reproche donc Ramgoolam.

Il dénonce aussi dans sa déposition la circulation d’informations à caractère intime dans la presse. Mais également des «disclosure of confidential information» avant même qu’il n’ait été mis en présence de ces éléments par les enquêteurs.

Face au traitement qui lui était accordé, Ramgoolam s’étonne, dans sa déposition, que Rakesh Gooljaury soit arrêté puis immédiatement remis en liberté. Le leader du Parti travailliste voit là les éléments d’une «vendetta politique» et d’une enquête «partial, biased» et «not objective».

Les auditions reprennent ce lundi 25 juin devant les les magistrats Raj Seebaluck et Bibi Razia Jannoo-Jaunbocus. Des employés de Mauritius Telecom et d’Emtel sont appelés à témoigner au sujet des appels téléphoniques passés le soir du vol à Roches-Noires.