«Il n’y a pas eu de brutalité policière commis contre David Gaïqui», a affirmé sir Anerood Jugnauth en se référant au rapport de la Police Complaints Division (PCD) de la Commission nationale des droits humains. Celle-ci note, cependant, que la fouille corporelle a été menée «de façon humiliante», a ajouté le ministre mentor.

Le ministre de la Défense le reconnaît : «La police a fait preuve d’abus.» Répondant à la Private Notice Question, il explique que mettre à nu un suspect est devenue une pratique courante «à cause du problème de drogue». Ajoutant qu’«il y a eu de nombreux cas» où des suspects dissimulent des substances illicites dans leurs parties intimes.

La photo prise et circulée par Anoup Goodary, grâce à qui l’affaire a été ébruitée, n’a pas été remise à la PCD, a ajouté SAJ. L’avocat ayant refusé de témoigner devant cette instance. La PCD a recommandé, le 8 mars dernier, que des procédures disciplinaires soient initiées contre les trois policiers concernés dans l’affaire Gaïqui. Instructions que la Disciplined Forces Service Commission a fait suivre au Commissaire de police le 30 mars.

Enquêteurs inexpérimentés ?

Xavier Duval a, pour sa part, souligné la jeunesse et l’inexpérience des deux enquêteurs de la PCD. Agés d’une vingtaine d’années, à peine sortis de l’université, ils n’ont pas la formation pour interroger des policiers aguerris, note le leader de l’opposition. Sans compter le fait que le PCD est en sous-effectif, ajoute-t-il, alors qu’il y avait six enquêteurs en 2016. Comment le pays est-il censé pouvoir croire aux conclusions de ce rapport qui passe plutôt sous silence les faits ? a argué Duval. «Je demanderai au Commissaire de police d’examiner cela», réplique SAJ. Cela concerne la Commission des droits humains et non la police, le reprend Duval.

De plus, il n’y a eu aucune parade d’identification alors que David Gaïqui a déclaré qu’il peut reconnaître les policiers impliqués, a fait ressortir Duval. «Je demanderai au Commissaire de police la raison», a indiqué SAJ. Qui a alors lancé une pique à Duval sur ce qu’il a fait pour la police durant ses neuf ans aux Finances. Une remarque qui a provoqué un brouhaha dans l’hémicycle et Bérenger à lancer un «Shame!» véhément au ministre mentor.

Les locaux du Central Investigation Department et les domiciles des policiers incriminés ont-ils été fouillés pour retrouver le Taser qui aurait été utilisé contre Gaïqui ? «Je n’ai pas cette réponse», dit SAJ. Il n’avait pas non plus de réponse ferme quand Duval a voulu savoir si la PCD a sécurisé les locaux du CID de Curepipe et consulté les images de caméra surveillance.

Interrogatoires sans caméra

Dans le cas d’Eddysen Pachee, l’enquête est en cours, a déclaré le ministre mentor. Qui glisse toutefois, aux questions successives du leader du PMSD, que le suspect n’avait fait aucune complainte de brutalité policière avant son décès.

Le ministre mentor le reconnaît : les postes de police et cellules d’interrogatoire ne sont pas tous équipés de caméras de surveillance. Ce projet, en cours, devrait être complété d’ici fin 2019, selon les informations recueillies auprès du n1 de la police, Mario Nobin. «Tout ne peut être fait du jour au lendemain», contre le ministre mentor. Une réponse qui ne décontenance pas le leader de l’opposition : «Cela se fait tous les jours. (…) En un rien de temps.»

Confessions

Dans le cas d’Iqbal Toofany, la police a-t-elle «délibérément» traîné des pieds ? a encore interrogé le leader du PMSD. «Je ne peux pas me prononcer», dit SAJ.

Dans sa réponse écrite, il avait précisé que des 541 plaintes à la Commission nationale des droits humains pour brutalité policière, une seule a donné lieu à des arrestations. Soit celle déposée suite au décès d’Iqbal Toofany, le 2 mars 2015, en détention policière. Le 15 juillet de la même année, le dossier a été référé au DPP pour avis, qui l’a renvoyé le 12 décembre 2017 pour une enquête complémentaire. La police a soumis le dossier une nouvelle fois au DPP le 12 février dernier.

Arvin Boolell a suggéré l’introduction de tests psychologiques pour identifier et éliminer les policiers susceptibles de recourir à la violence. Comme avec Duval plus tôt, SAJ a attaqué le député rouge sur le plan politique. Se référant aux «2 000 complaintes» contre des policiers sous le régime travailliste. «Combien de policiers ont été suspendus ? combien ont été condamnés ?» a lancé le ministre de la Défense. Avant d’enchaîner : «Les gens font de fausses allégations car c’est la voie la plus facile pour s’en sortir.»

Pour mettre fin aux brutalités policières en vue d’obtenir une confession, peut-être faudrait-il adopter la méthode indienne d’inclure un magistrat à cette étape de l’enquête, a suggéré Duval. La loi devra être amendée, a conclu SAJ.

La nomination de deux proches du MSM à la Independent Police Complaints Commission a attiré les foudres de l’opposition. Pour en savoir plus, lire : Ce que vous n’avez pas vu sur vos écrans ce 3 avril.