Au hasard de nos pérégrinations, nous sommes tombés sur cette petite annonce postée par une certaine « République de Maurice » sur les grands sites de recrutement et dans la presse locale. Puisque nous sommes convaincus que vous n’y avez pas prêté attention, nous reproduisons ici l’annonce.

 

REPUBLIQUE DE MAURICE RECHERCHE PREMIER MINISTRE

POUR EMPLOI IMMÉDIAT

 

UN MOT SUR L’EMPLOYEUR

République de Maurice est une jeune société de 48 ans et demi. Officiellement fondée en 1968, ses actionnaires entretiennent, génération après génération, des relations d’affaire, d’amitié et des querelles aussi depuis près de 400 ans. Souhaitant passer à un nouveau palier de développement, ses quelque 1,26 million d’actionnaires recherchent un Premier ministre capable de prendre fermement en main la destinée de la société.

 

 

MISSIONS DU CANDIDAT

 

Définir une stratégie claire. La personne choisie devra élaborer et présenter une stratégie précise. Celle-ci n’a pas vocation à être régulièrement changée. Une inconstance de ce type – sans cas de force majeure – démontrera l’incompétence ou le manque de vision du candidat.

 

Choisir une équipe de collaborateurs. Le candidat retenu aura la tâche de constituer son équipe de direction. Son choix devra être guidé par la compétence, l’expérience et le volontarisme des collaborateurs. Seuls ces critères doivent guider sa sélection. Toute autre considération étant superflue L’incapacité du candidat à procéder de cette manière le disqualifiera d’office pour le poste.

 

Diriger, sans micro-gérer. Le candidat devra pouvoir déléguer une somme importante de tâches à ses collaborateurs. Sans toutefois recourir à la micro-gestion, il s’assurera – notamment à travers un système de reporting efficace – de l’avancement des tâches confiées à ses collaborateurs. Se réservant le droit de prodiguer son conseil ou émettre des avertissements par rapport au travail effectué. Diriger implique plus généralement l’obligation de ne pas fuir devant ses responsabilités et de ne pas les déléguer dans le seul but de se délester du poids de la fonction.

 

PROFIL DU CANDIDAT

 

Travailler en équipe mais décider seul. Placé à la tête de la société, le candidat doit assumer la plénitude de ses responsabilités. Certes, c’est avec l’équipe de direction que le candidat choisi doit collaborer pour mettre en œuvre sa stratégie. En aucun cas, toutefois, devra-t-il utiliser les divergences de vue de ses proches collaborateurs pour justifier son inaction. Ou encore, prétendre avoir pris une décision dans le seul but d’éviter une confrontation avec eux.

 

A l’écoute des [bons] conseils. Au-delà de son équipe de direction, le candidat pourra s’entourer de conseiller[s]. En aucun cas, le conjoint du candidat ou celui de ses enfants ne pourront assumer officieusement cette fonction. Les « conseils » prodigués dans la sphère privée ne doivent ainsi nullement influer sur la prise de décision du candidat. La personne choisie devra également s’assurer que les conseillers qu’il nomme travaillent dans l’intérêt exclusif de la société. Et non dans leur intérêt propre ou celui du candidat lui-même. Celui-ci sera tenu pour responsable de tout comportement de ce type.

 

Ne pas prendre goût au poste. Le poste à pourvoir est à durée déterminée, mais renouvelable. Le candidat est ainsi vivement encouragé à ne pas proposer aux actionnaires des dividendes exorbitantes à l’approche de sa fin de contrat. Les actionnaires, même s’ils pourraient être séduits par cette perspective à court terme, se rendront compte bien assez vite que la pérennité de la société peut être mise en péril par des promesses effectuées dans le seul but d’obtenir un renouvellement de contrat.

 

Etre disponible 24/7. Ce poste convient seulement aux personnes pouvant se rendre disponible à n’importe quelle heure du jour et de la nuit. Les capacités intellectuelles et physiques seront mises à l’épreuve à n’importe quel moment. Elles doivent donc être à un niveau optimal à toute heure.

 

Ne jamais plaider l’ignorance. « Je ne savais pas » ne sera pas tolérée comme circonstance atténuante. Placé à un tel niveau des responsabilités, le candidat doit pouvoir connaître et comprendre intimement les rouages de la société et être informé de toutes les décisions importantes prises par ses collaborateurs et leurs administrations respectives. Le candidat sera ainsi personnellement tenu pour responsable de l’incompétence et des turpitudes de ses collaborateurs et des personnes qu’ils auraient eux-mêmes embauchés.

 

Etre raisonnable et raisonner. Si l’ambition est un trait de caractère souhaitable et même encouragé, le candidat ne doit en aucun cas promettre des objectifs irréalisables aux actionnaires. Par exemple, les mots «miracle» ou «consensus» doivent être évités. Les deux termes étant impossibles à mettre en pratique dans la gestion quotidienne de la société.

 

NOTE : L’actuel Premier ministre étant en situation d’échec par rapport aux critères définis précédemment, les candidats sélectionnés passeront un entretien d’embauche dans les plus brefs délais.