Ils sont lassants, ces éditorialistes qui s’imposent d’écrire un texte bien pensé/pensant pour descendre en flammes Showkutally Soodhun. Depuis mercredi, ils rivalisent d’inventivité pour vilipender, condamner et accabler le vice-Premier ministre. Pendant ce temps, les Mauriciens se déchaînent, eux, sur les réseaux sociaux et les talk shows des radios privées. Si sir Anerood Jugnauth était en forme et nous gratifiait de quelque sortie publique, il aurait assurément asséné «abe ki li’nn dir de mal!?», si on l’interrogeait sur les gentillesses du ministre du Logement et des Terres à l’égard du Leader de l’opposition.

A vrai dire, le ministre mentor, fidèle à son habitude, aurait à coup sûr saisi l’occasion pour s’en prendre à ceux qui ont pour nouveau hobby le Showkut-bashing. Rappelant à tous les tangues – dont les yeux viennent de s’ouvrir – que Soodhun n’a rien à se reprocher et qu’au contraire, il aurait même dû être encore plus dur à l’égard de Xavier Duval, car celui-ci l’a bien cherché…

SAJ n’aurait pas hésité à prendre fait et cause pour son fils spirituel, si jamais Pravind Jugnauth envisageait de limoger Soodhun afin d’en faire un exemple et d’asseoir son autorité et son aura d’homme politique responsable. Mais le vice-Premier ministre s’en tire avec une petite réprimande et une sorte de désaveu public mineur de son patron. La preuve que la philosophie soodânienne a un bel avenir !

Car il faut bien se l’avouer, le vice-Premier ministre n’agit pas de manière erratique. Ses propos et son action obéissent à une logique admirablement bien définie. La fausse et inutile polémique autour de ce qu’il a dit nous amène donc à suggérer quelques idées pour que sa philosophie se propage davantage… dans l’intérêt de tous.

Réintroduire la peine de mort. Ce serait une avancée capitale pour le pays. Elle réduirait du jour au lendemain le trafic de drogue, les crimes passionnels ainsi que les agressions sexuelles suivies de meurtres. Mais pour cadrer avec la philosophie soodânienne, il faudrait aussi rendre passible de la peine capitale une nouvelle série de crimes de nature politique. Comme la tentative de devenir le roi d’une communauté en lui transmettant ses vœux lors d’une fête religieuse. Ou encore, critiquer certains pays: l’Inde, l’Arabie saoudite ou toute autre nation avec laquelle nos dirigeants politiques entretiennent des liens d’argent ou de servitude.

Bien évidemment, nos cours de justice, déjà trop encombrées, ne devraient pas perdre leur temps sur de tel clear cut cases. Un jury composé de membres du bureau politique du parti au pouvoir pourrait tout simplement examiner les faits et prononcer son verdict, de préférence dans un délai de 24 à 48 heures. Les exécutions pourraient alors être rapidement organisées devant l’Hôtel du gouvernement. Préférablement par guillotine, un appareil facile d’entretien et mobile. La lapidation nécessiterait trop d’efforts pour récupérer la masse de cailloux après l’exécution. Quant au kout bal, si cher à Soodhun, le ricochet d’un projectile pourrait blesser quelqu’un dans le public venu assister au spectacle.

Permettre aux chefs religieux et socioculturels d’agir comme ministres honoraires. Ils sont déjà puissants et influencent à leur manière les décisions du gouvernement. Mais il faut encore formaliser leur intervention. La création d’un Muslim Desk sous la tutelle de Soodhun ayant été un succès retentissant, cette politique novatrice et progressiste doit désormais être approfondie. Notamment par la création des desks additionnels: Hindu Desk, Buddhist Desk, Catholic Desk, Témoins de Jehovah Desk, Bahaï Desk dans un premier temps.

Chaque ministère pouvant accueillir un desk, leur nombre pourrait être augmenté pour refléter la diversité du pays. On pourrait penser aux desks suivants: Baboojee/Maraz Desk, Vaish Desk, Ravived Desk, Rajput Desk, Tamil Desk, Telegu Desk, Marathi Desk, Ti kreol Desk, Gran kreol Desk, White Desk. L’harmonie inter-religieuse et la paix interethnique du pays s’en retrouveront singulièrement renforcées. Et les responsables religieux et socioculturels auront une opportunité supplémentaire de se mêler des affaires de l’Etat et d’en tirer de nouveaux avantages sonnants et trébuchants.

Un partenariat stratégique avec la Corée du nord. S’il y a un pays au monde où le culte de la personnalité a été érigée en religion d’Etat, c’est bien celui de Kim Jong-Un. Les enfants de la Corée du Nord apprennent, dès l’école primaire, que leur chef d’Etat possède des pouvoirs divins et qu’ils lui doivent, par conséquent, respect et admiration. Soodhun n’a pas eu besoin d’être formé dans les écoles de Pyongyang pour successivement s’autoproclamer «esclave» de sir Anerood Jugnauth, puis de Pravind Jugnauth.

Toutefois, il est triste de constater que Soodhun ne partage cette admiration de die-hard qu’avec trop peu de gens. Ses talents inégalés de diplomate pourraient ainsi être mis à contribution afin que le programme 9-year schooling de Leela Devi Dookun Luchoomun puisse être renforcé d’un module de «culte de la personnalité» qui pourrait être développé en collaboration avec les pédagogues d’avant-garde de la Corée du Nord.

Au moment où il est de bon ton d’appeler à la démission de Soodhun, seuls les vrais patriotes et les républicains reconnaîtront le travail exemplaire et d’exception qu’abat ce ministre pour la revalorisation du monde politique auprès des Mauriciens. A ce titre, il est un acteur crucial de la politique gouvernementale.

C’est dommage que ce type de talents soit si rare dans l’équipe de Pravind Jugnauth. Car il ne lui faudrait que 3 ou 4 Soodhun dans son équipe pour réaliser un score parfait de 60-0 aux prochaines législatives. A voir l’entrain au travail du vice-Premier ministre, il faut toutefois se demander s’il ne pourrait pas, à lui seul, offrir ce résultat à son patron !