Comment ne pas être d’accord avec Paul Bérenger. L’avalanche d’événements aux conséquences et implications politiques plus ou moins importantes pour le gouvernement durant les trois derniers mois promettait une rentrée parlementaire détonante. Mais il n’y a pas eu d’explosion. Tout juste a-t-on eu droit à une crise d’enfant mal élevé de ce «bon garçon» de leader de l’opposition. Une nouvelle séance terne – sans les bleus et la Private Notice Question de leur patron – s’annonce donc après cette rentrée ratée.

A sept semaines de la partielle du 17 décembre, un flou artistique entoure la prestation et la finalité de l’action des oppositions à l’Assemblée nationale. L’observateur un peu naïf pourrait croire qu’elles vont redoubler de pugnacité et d’inventivité dans leur confrontation avec le gouvernement. Profitant du climat de campagne pour marquer des points. Mais est-ce une stratégie payante pour la partielle de Belle-Rose/Quatre-Bornes (no 18)?

Probablement pas. A moins d’un revirement inattendu, la non-participation du gouvernement dans la bataille a privé tous les partis de l’opposition d’un unique adversaire clairement identifié. En l’absence d’un candidat du pouvoir, l’enjeu principal de la partielle a disparu. A moins d’être malhonnête intellectuellement, aucun parti d’opposition ne peut prétendre que les scrutins de décembre ont une quelconque valeur référendaire à l’encontre du gouvernement. Dans ces conditions, il ne  sert pas à grand-chose de déployer les grands moyens au Parlement afin de démontrer laquelle des oppositions est la plus belliqueuse face à la majorité.

L’absence d’enjeu clair pour la partielle aboutit ainsi à une situation aussi cocasse que pathétique. Celle de partis d’opposition s’entre-déchirant à coups d’arguments simplistes et de promesses électorales et programmatiques dont la mise en œuvre est soumise à une longue liste de conditions. La principale étant la tenue de législatives et l’arrivée au pouvoir du parti «prometteur». En attendant, on a droit à un florilège d’argumentaires chocs : voter Macaroni, c’est voter Macarena ; Duval disait avoir honte de son patronyme, il ne mérite donc pas votre confiance ; un vote pour Juddoo est un vote pour que Bérenger négocie en position de force avec Jugnauth. Etc.

A quelques exceptions près, tous les leaders des partis d’opposition et leurs candidats se livrent à un jeu d’hypocrites. Quelle valeur ont les critiques d’un PMSD qui a dormi dans le lit du MSM et des travaillistes il n’y a pas si longtemps ? Quoi penser des attaques du MMM à l’égard d’un Navin Ramgoolam dont les turpitudes étaient occultées par les mêmes mauves durant la campagne de 2014 ? En quoi Roshi Bhadain est-il crédible en dénonçant les dinosaures alors qu’il est un produit – jusque dans sa brutalité verbale et sa démagogie – de la SAJ School of Politics ?

Plus la partielle du 17 décembre approche, plus on se rend compte d’une évidence. Les Rs 10 millions à Rs 15 millions nécessaires à la tenue du scrutin doivent, en fait, être requalifiées en dépenses marketing pour les partis de l’opposition. Car tout ce cinéma ne servira, au final, qu’à permettre aux uns de faire valoir leur reconquête électorale ou aux autres d’affirmer qu’ils occupent désormais une place significative dans le paysage politique du pays.

On voit mal en quoi le choix des électeurs de Belle-Rose/Quatre-Bornes changera la vie de tous les Mauriciens. Metro Express sera toujours sur les rails. Pravind Jugnauth sera toujours entouré d’une bande d’incompétents. Les quartiers du no 18 seront pollués de banderoles et d’affiches. Tout ce bruit et tout cet argent public dépensé pour rien n’aboutiront qu’à un résultat : quelques partis d’opposition sauront avec plus ou moins de certitude leurs options d’alliances à partir du 18 décembre. La démocratie se paie au prix fort parfois. Mais il paraît qu’on n’a rien trouvé de mieux en remplacement pour l’heure…