2e publication suite au Budget 2017-2018.

Espaces de loisirs et prise en compte des enseignants

Nous poursuivons donc, après avoir exploré la situation des enfants porteurs de handicap, avec l’article 31 de la Convention des droits de l’enfant : la reconnaissance à l’enfant du droit au repos, aux loisirs et aux activités récréatives propres à son âge. Ainsi qu’avec l’article 28 de cette même convention ratifiée par l’Etat mauricien en juillet 1990 : le droit à l’éducation.

Dans ce Budget figure l’item de la construction de terrains de jeux pour les enfants, des parcs récréatifs au niveau national. Intéressante mesure car passant de village en village, nous sommes très souvent surpris de l’état de ces terrains de jeux : herbes longues, mauvais état ou absence de maintenance des jeux ou encore, espace fermé en pleine journée ou pendant le week-end, à des moments où les enfants pourraient venir en bénéficier…

Autre mesure positive : la création de «bassins d’apprentissage» pour que davantage d’élèves apprennent à nager. Certes, cela est très important vivant sur une île. Nous espérons néanmoins que les moniteurs/monitrices seront compétents et correctement formés pour travailler avec les enfants, dans le respect, la bienveillance, sans violence. Et ce, aussi pour les mesures d’encouragement des jeunes filles dans des activités sportives ou les «programmes sportifs après les heures d’école».

Nous espérons qu’avec cette mesure, le  monitoring, par des personnes compétentes, sera de mise ! Et qu’un budget pour ce monitoring sera aussi institué car la responsabilité et la bonne marche de ces lieux dépendent aussi d’un personnel formé, motivé, de bonne volonté et centré sur l’intérêt prioritaire de l’enfant.

Aucune mesure spécifique concernant l’enfant dans la rubrique ‘Arts et Culture’, ce qui nous désole car cet item est fondamental pour un développement intégral de nos enfants.

Plusieurs recherches montrent l’impact positif du développement de la musique, de la danse et du théâtre (Nicolopoulou et al. 2004 et Schellenberg, 2009) dans le développement des habiletés sociales de l’enfant, outre l’ouverture et les bienfaits en termes d’expression.

Grâce à l’éducation musicale : plus de coopération, meilleures interactions avec les pairs, plus d’autonomie, selon Ritblatt et al, 2013.

En dansant deux fois par semaine pendant 8 semaines, une réduction de l’anxiété et la timidité, de l’agressivité est observée, selon Lobo & Winsler, 2006.

Nous lisons que Rs 20 millions seront allouées pour : “keep vulnerable youths away from the many ills of society, such as drugs”. Nous aborderons ce sujet dans un prochain article car il y a de quoi élaborer alors que tant de jeunes consomment des substances illicites dans cette petite république et que la politique de répression est inefficace dans tant de pays développés…

Sur le plan scolaire, Rs 590 millions pour la construction, l’extension et l’amélioration des infrastructures scolaires sont une allocation intéressante. Nous lisons avec plaisir l’acquisition de “necessary pedagogical tools and materials to upgrade the quality of their teaching and learning environment.” En espérant que ces mesures ne resteront pas à l’état de mots dans un Budget. Augmenter le staff est certes très important mais quid de leur formation ?

Nous sommes très étonnés de ne voir nulle part dans ce Budget la mention de la formation des enseignants.

Nous questionnons l’efficacité et la priorité de ces mesures sans renforcer la compétence et formation continue des enseignants.

Cette extension des infrastructures prendra-t-elle en compte l’espace pour l’éducation physique, sportive et activités créatives, pour un plus grand épanouissement de tous enfants, incluant les enfants handicapés ?

Tout être humain fait mieux quand il se sent mieux, selon Jane Nelsen et Lynn Lott, pionnières de la discipline positive. A tout âge.

Il est impératif qu’un budget soit alloué à la formation des enseignants pour:

  • leur formation initiale – qui devrait être revue en y insérant des modules sur la connaissance de soi, le mindfulness, la psychologie de l’enfant et de l’adolescent, la prise en charge des enfants handicapés.
  • la formation continue des enseignants (minimum 1 par an) – afin de renforcer leurs compétences et connaissances dans les divers domaines de l’éducation. Ainsi que des outils de discipline positive évitant toute forme de violence et des pédagogies nouvelles qui soient adaptées, concrètes et efficaces. Car la violence, les humiliations tiennent encore une grande place dans de nombreux établissements scolaires ! Et le manque de formation est criant. Mieux outillés, les enseignants auront d’autres alternatives !

Une autre question nous semble cruciale : quels services et soutien sont accessibles aux enseignants pour leur permettre d’être écoutés dans ce qu’ils vivent comme défis ? Pour les encourager à remettre en question certaines de leurs pratiques ? Pour les encadrer et les aider face à certains enfants qui souffrent de problèmes de santé mentale ou autres difficultés et souffrances ?

Quelques-unes de nos propositions :

  • Une formation continue professionnelle pour les responsables d’établissement et enseignants d’un minimum de 18 heures chaque année sur des thématiques liées à l’éducation, la pédagogie, la psychologie, le leadership. Sessions animées par des experts locaux et/ou internationaux, ex. : approfondir la connaissance de soi, les bases de l’écoute et la communication, la pédagogie inclusive, the 7 effective habits of leadership by Covey, circle time for emotional literacy qui permet de développer les habiletés sociales, émotionnelles et comportementales  fondamentales dans les relations avec les autres.

Des sessions de ‘mindfulness’, de yoga ou de méditation pour les enseignants au cours de l’année scolaire avec des bénéfices incontournables pour lutter contre le stress, la dépression et plusieurs inflammations et maladies devraient aussi faire partie intégrante du cursus scolaire.

  • Que tous les établissements scolaires soient formés à la discipline positive. De Jane Nelsen et Lynn Lott, cette approche éducative qui associe fermeté et bienveillance en s’appuyant sur l’encouragement et la coopération pour aider les enfants dans leurs apprentissages avec une autorité juste, en étant en lien et enseignant les compétences socio-émotionnelles.

Pour le bien-être de nos enfants, le bien-être et l’épanouissement de ceux qui passent plus de 180 heures chaque année avec eux, sont fondamentaux.

Investir dans les infrastructures ou dans le nombre d’enseignants ne suffit pas. La compétence et le bien-être de celles et ceux qui accompagnent et côtoient les enfants sont largement !

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