Il paraît que le rapport est long de 80 pages, dont 16 dédiées aux recommandations. La dernière – que la commission anticorruption diligente une enquête approfondie sur les conditions entourant l’octroi d’une rémunération globale de Rs 323 000 à Vijaya Sumputh – a déjà fait couler beaucoup d’encre. Les médias spéculent sur un document dont la circulation est extrêmement restreinte. Pendant que l’opposition exige à cor et à cri que le rapport de l’acting Assistant Solicitor General soit rendu public. Mais Pravind Jugnauth pourrait laisser moisir le rapport du Fact Finding Committee dans un de ses tiroirs.

Les chefs de gouvernement ont l’art de balayer tout ce qui les gène sous le tapis. Si Pravind Jugnauth ne rate aucune occasion d’affirmer sa différence avec Navin Ramgoolam, il pourrait adopter exactement la même attitude que ce dernier. Suite à des accusations de pédophilie portées contre un enseignant du Mauritius Institute of Training and Development, l’ancien Premier ministre n’avait rien trouvé de mieux que de permettre à son ministre de l’Education d’effectuer un statement au Parlement pour résumer le rapport de la juge Veronique Kwok, alors magistrate à la Cour intermédiaire. Or n’ayant jamais été rendu public, quatre ans après les faits, on se demande toujours si les deux feuilles de Vasant Bunwaree correspondaient vraiment à l’esprit et à la substance du comité d’enquête Kwok…

Il n’y a toutefois pas trop de questions à se poser sur l’embarras de Pravind Jugnauth face à un énième soy frappant son gouvernement. L’épisode Sumputh a déjà causé des dégâts au sein de la majorité. Avec un ministre – Anwar Husnoo – en froid avec son parti suite à son attitude intransigeante envers son prédécesseur à la santé : Anil Gayan. Ainsi, plus Pravind Jugnauth sera tenté d’être transparent sur le rapport Aujayeb, plus il sera confronté à la résistance d’Ivan Collendavelloo. D’une part, l’éminence grise juridique du pouvoir ne lâchera pas le président de son Muvman Liberater. D’autre part, il aura tôt fait d’interpréter toute attitude peu conciliante du leader du MSM comme une indication d’affaiblissement, voire de rupture, de leur pacte politique.

Face à la nécessité de rendre public le rapport Aujayeb, on voit déjà les adeptes d’un certain statu quo relativiser la situation qui a prévalu au Trust Fund for Specialised Medical Care du temps où Vijaya Sumputh dirigeait l’institution. D’abord en affirmant – avec une certaine justesse – que cette intime de Gayan a néanmoins su améliorer le service des centres cardiaques publics. Ensuite, en remarquant que si Navin Ramgoolam avait sa Soornack, le Muvman Liberater est autorisé à avoir sa Sumputh ou sa Sohun. Tout comme le MSM a également casé de frêles princesses payées des deniers publics et semi-publics.

On aurait toutefois tort de réduire le rapport Aujayeb à une claque administrée suite à une histoire de petite copine. Le document doit être rendu public afin de favoriser un débat plus profond sur le phénomène du copinage qui gangrène les institutions publiques. Ayant dirigé l’Independent Commission against Corruption, l’auteur du rapport a probablement glissé quelques pistes de réflexion sur la manière dont les nominations politiques créent des conditions favorisant des délits de conflit d’intérêts, de public official using his office for gratification, voire de malversation et de détournement de fonds. Il faut analyser ses recommandations et en discuter.

Les récents épisodes Yerrigadoo, Tarolah, Soodhun et Gulbul démontrent que – même tardivement et sous pression – le Premier ministre finit par prendre des décisions qui s’imposent. Pravind Jugnauth a désormais une occasion nouvelle et décisive d’aller un peu plus loin. Non seulement en rendant le rapport Aujayeb public. Mais également en démontrant qu’il ne fait pas que critiquer ses adversaires sur leur faible attachement à la gouvernance tout en encourageant les mêmes travers au sein de son équipe. Il faut du courage pour faire cela. Nous en croyons Pravind Jugnauth incapable. Gardien qu’il est d’un système pourri qui sert merveilleusement bien ses intérêts politiques.