Un nouveau suspect a été interpellé jeudi par les autorités réunionnaises dans l’affaire des trois Mauriciens arrêtés en novembre 2016 pour trafic de stupéfiants entre Madagascar et Maurice, via La Réunion. Ils avaient été arrêtés dans le port de Sainte-Rose alors qu’ils s’apprêtaient à embarquer 174 kilos de gandia, 6,2 kilos de hashisch et 42,2 kilos d’héroïne estimés à Rs 600 millions sur le Sweet Love Mama.

Cet habitant de Port considéré comme faisant partie de ce réseau a été appréhendé, car soupçonné d’avoir participé à l’approvisionnement et au conditionnement de la drogue, indique Le Journal de l’île de la Réunion (JIR). Revendeur notoire de gandia, il aurait été approché par le skipper Mike Brasse et un autre Mauricien pour leur fournir du zamal réunionnais très prisé dans l’île.

Le suspect aurait fourni le réseau mauricien à plusieurs reprises avant de jeter l’éponge. «Il n’avait pas idée de l’ampleur du trafic ni de la nature des autres produits. Il ne savait pas dans quoi il mettait les pieds», explique son avocat, Me Fabian Gorce.

A Maurice, alors que les autorités policières pataugent avec ce dossier, l’Independent Commission Against Corruption (ICAC) a réclamé l’aide du Directeur des poursuites publiques (DPP) pour une demande d’entraide judiciaire avec la justice française pour obtenir davantage de détail sur le fonctionnement de ce réseau.

La Commission anticorruption a déjà démarré une enquête sur ce dossier, notamment quant à l’acquisition d’une vedette rapide par Mike Brasse. Elle devait servir à aller récupérer de la drogue à Madagascar lorsque son autre embarcation, l’Îlot Gabriel, serait en maintenance après une traversée de l’océan Indien.

Les enquêteurs de Moka ont attendu que Mike Brasse et ses complices Royce Almonzo Capdor et Osman Kamil Mohamed, dit Azal, aient été condamnés à 8, 4 et 3 ans de prison en début d’année pour passer à l’offensive. Ils espèrent pouvoir se rendre à La Réunion pour interroger le trio et leurs complices réunionnais sur l’apport d’autres personnes dans ce trafic.

L’ICAC souhaite surtout vérifier si le mystérieux commanditaire cité par Mike Brasse et sa maîtresse, Corine Clain, comme un certain Toto n’est pas le trafiquant présumé Antoine Georgy Wensley Bhadhoodeenkhan. Un temps  soupçonné du meurtre de Denis Fine en janvier 2010 – un maillon présumé du trafic de Subutex entre Paris et Plaisance -, il a aussi été dénoncé dans l’affaire des 12 749 tablettes de Subutex évalués à Rs 31 millions saisis le vendredi 24 février 2017 à Roche-Bois.

Ce suspect s’est volatilisé lorsqu’il a été dénoncé et n’a été arrêté par le chef inspecteur Ashik Jagai de l’Anti-Drug and Smuggling Unit (ADSU) qu’en octobre dernier. Il était dans le viseur de l’ICAC depuis 2016 car le financement des biens qu’il a accumulés demeurent suspects. Ses biens ont déjà fait l’objet de saisie conservatoire – «attachments order» – en avril 2017.

Peu après la saisie à Sainte-Rose, l’ICAC a aussi mis la main sur l’éleveur de porcs Jean-Noël André à Rodrigues. Il a été cité lors du procès des trois Mauriciens à La Réunion. Tout comme celui de son frère Arnaud qui aurait aidé Mike Brasse à transporter de la drogue entre Madagascar et La Réunion, avant qu’elle ne soit dirigée vers Maurice.

Jean-Noël André a arrêté relativement à l’achat d’une vedette rapide dotée de deux moteurs Mercury de 300 chevaux à Rs 2,4 millions pour Mike Brasse. Le nom de ce suspect a aussi été cité par Parvin Appadoo, le directeur de Monte Games arrêté par l’ICAC dans cette affaire, devant la Commission d’enquête sur la drogue. Parvin Appadoo est accusé d’avoir aidé le skipper à se mettre en relation avec des personnes pouvant lui tirer des chèques afin d’être en règle avec les lois anti-blanchiment pour l’achat de ce bateau.