Law 33 : Everyone has a weakness, a gap in the castle wall. That weakness is usually insecurity, an uncontrollable emotion or need; it can also be a small secret pleasure. Either way, once found, it is a thumbscrew you can turn to your advantage.

 

Ce n’est pas faire preuve de cynisme que d’admettre la réalité. Les départs d’Alain Wong du PMSD ce lundi et de Marie Claire Monty, la semaine dernière, n’ont rien de surprenant. Il ne faut donc absolument pas s’étonner que d’autres – nous n’avons pas précisé s’ils seront des bleus ou pas – jouent le même vilain tour à leur[s] parti[s] dans les jours ou mois à venir. Cette vérité posée, il faut s’empresser de ne pas pointer du doigt le MSM. Sir Anerood et Pravind Jugnauth ne sont quand même pas des idiots finis. Ils ne pouvaient donc que sauter sur les occasions se présentant en sortant leurs plus jolis vers pour appâter les volailles désorientées de la basse-cour bleue.

D’autres avant eux l’ont fait. Sir Seewoosagur Ramgoolam, sir Anerood Jugnauth lui-même – durant ses premiers mandants de Premier ministre – et Navin Ramgoolam ont successivement eu recours à l’exercice périlleux du débauchage et/ou du rabibochage. Paul Bérenger a même utilisé cette stratégie de son fauteuil de leader de l’opposition en 2012… sans grand succès. Ce type de comportement récurrent explique largement pourquoi les partis politiques jurent vouloir mettre en place des règles anti-transfuges quand ils sont dans l’opposition. Mais oublient illico et commodément cette promesse une fois au pouvoir.

Le tableau général dressé, il convient aussi de préciser qu’affirmer que tout le monde a un prix est, en fait, très réducteur. Car si certains débauchages ne sont que de vulgaires transactions financières, d’autres relèvent d’un jeu d’échec psychologique complexe. Dans les deux cas, toutefois, les débaucheurs doivent comprendre et utiliser toute une série de facteurs déclencheurs qui conduisent les fidèles d’hier à accepter leur nouvelle étiquette de traîtres.

Il y a d’abord les cas les plus simples. Devenus ministres, ils sont nombreux à s’engouffrer dans un cercle vicieux – surtout ceux ayant eu un train de vie plus modeste avant leur nomination. Les dépenses augmentent ; les prêts s’accumulent ; la cylindrée de la voiture croît ; les enfants sont admis dans des écoles privées ou universités onéreuses, etc. Puis, comme le dit vulgairement un ancien ministre: « Sa nisa trouv sa gard-la salute toi tou le zour la, enn lot mem sa » Drogués aux avantages ministériels et happés par les engagements financiers qui en découlent, le sevrage de certains s’avère difficile, voire impossible. Ils sont les plus faciles à cueillir. Un maroquin et un petit bonus de présence – payable à l’avance – font facilement l’affaire.

Ensuite, il y a ceux qui sont en mal de reconnaissance. Pour les uns, peu importe le salaire – car parfois ils gagnent bien plus en pratiquant dans le privé –, le seul fait d’accéder au poste de ministre est une fin en soi. Ne pas être nommé ministre équivaut, pour eux, à ne pas exister aux yeux de leurs leaders et de leurs mandants. Il n’y a donc rien d’étonnant à voir ceux qui pensait n’être « rien » hier accourir à l’idée d’être « quelqu’un » demain.

Enfin, il y a les cas encore plus complexes. Où ce sont des relations purement personnelles qui constituent le ciment de la fidélité. Si ce que dit Alain Wong est vrai : l’attitude de Xavier Duval et de quelques-uns de ses anciens camarades de parti à son égard est proprement honteuse. Mais maintenant que Wong sait qu’il peut garder son siège de Best Loser, quel que soit son prochain move politique, c’est à lui de prouver à ses anciens camarades de parti que leurs mots blessants étaient infondés.

Si le PMSD fait l’objet de toutes les attentions en ce moment, il faut aussi se dire qu’il y a quelques grands blessés au gouvernement. Insuffisamment stratèges, certains se sont persuadés qu’ils peuvent s’acheter la paix en offrant tel ou tel fauteuil qu’ils estiment être convoités par untel ou untel. Cela marchera à merveille dans certains cas. Dans d’autres malheureusement, la stratégie sera complètement inefficace. Car certaines blessures profondes infligées au fil des mois demeurent douloureuses, malgré le sparadrap des mots doux et de reconnaissance appliqué de temps en temps.

Tout le monde ou presque a un prix. Sauf ceux dont les blessures ou cicatrices ne sont pas à vendre.