J’apprends ce matin le décès de Franck Hardy. Il y a de fortes chances que vous ne le connaissiez pas. S’il était de Vindelle, une petite commune de la Charente en France, Franck était un Mauricien de cœur. L’époux, aussi, d’une Mauricienne, Isabelle. Ceux qui se souviennent de lui repenseront à l’artiste dont les tableaux font à chaque fois réfléchir sur ce qui est montré mais aussi sur ce qui ne l’est pas. D’autres repenseront au battant.

Franck Hardy est, en effet, parti après avoir mené valeureusement un long combat contre le « crabe ». C’est le mot qu’il avait trouvé pour décrire cette maladie qui conduit le corps humain à se révolter insidieusement contre lui-même : le cancer. Au fil des ans, Franck avait livré six ou sept batailles contre le cancer, il vient de perdre la guerre.

Mais bien avant de comprendre qu’il livrait son dernier combat, Franck avait déjà gagné une guerre. En organisant la Marche du Crabe en décembre 2010, il s’était donné pour mission de sensibiliser les Mauriciens au cancer. Alors en rémission pour la 3e fois, il avait décidé de marcher de Grand-Baie à Bel-Ombre. Avec un objectif : rencontrer le plus de monde possible et leur dire que le cancer n’est pas une fatalité car la volonté de s’en sortir est plus forte que tout. Franck avait dit une seule chose aux centaines de personnes qu’il rencontrait alors : ne jamais cesser de se battre, ne jamais perdre espoir.

Franck avait aussi découvert la réalité des malades du cancer à Maurice. Dont l’aspect le plus triste et révoltant demeure le manque d’encadrement et d’infrastructures médicales adéquates pour mener les cancéreux vers la guérison. Ou, le cas échéant, les aider à partir en paix. Franck avait pu constater de visu le niveau du service dans nos hôpitaux et, malheureusement aussi, découvrir qu’à Maurice, la qualité des soins reçus est directement proportionnelle à la fortune d’un malade s’il est la proie du crabe. C’est pour cela que Franck, malgré son attachement à Maurice, avait préféré se faire soigner dans son pays natal. Plutôt que dans ce qu’il décrivait comme les « mouroirs » locaux.

franck

Cette réalité-là, si elle avait révolté Franck, l’avait également amené à redoubler d’efforts pour faire passer le message d’espoir. En janvier de l’année dernière, il s’était ainsi associé au Conseil des religions à l’occasion de la Journée mondiale de la religion pour redire son message d’espoir à l’église de Sainte-Croix. Une nouvelle fois, il avait touché les personnes en lutte contre cette maladie ou une autre. Ils avaient été « heureux de vivre [son] témoignage », disait Franck.

C’est ce qui l’avait conduit à voir plus grand. A relayer son message au-delà de nos frontières. Il préparait avec passion ses deux autres marches du crabe à Rodrigues et à La Réunion. Mais cette « saloperie » que Franck affrontait tête haute était revenue une nouvelle fois, la sixième ou la septième. Forçant Franck à tout revoir, à tout abandonner – temporairement, espérait-il – pour repartir se faire soigner en France en juillet dernier. Il n’est jamais revenu.

Ceux qui ont côtoyé Franck dans ses derniers moments décrivent un homme ne s’étant jamais résigné. C’est cela l’image que je conserve de mon ami. Un battant, qui dit encore à ceux qui sont victimes du crabe que l’espoir n’est jamais perdu.

Mes pensées vont à Isabelle et aux proches de Franck. Il est parti mais son combat inachevé reste celui de nous tous.