« Il est dans les starting blocks », confient sans ambages ses proches. Xavier Duval serait, en effet, à deux doigts de quitter l’alliance au pouvoir. Oui, mais au contact de Navin Ramgoolam, le leader du Parti mauricien social démocrate (PMSD) a appris une importante leçon : ne jamais se précipiter. Si, désormais, l’humeur est au divorce avec le Parti travailliste (PTr), Xavier Duval ne se presse pas pour en faire la demande. Mieux… rien ne dit que divorce, il y aura. Car le patron du PMSD pèse ses options. C’est qu’il en a quand même cinq.

 

Option 1 : Rester avec Ramgoolam. On l’avoue volontiers dans le camp de Xavier Duval, il s’entend bien avec Navin Ramgoolam. « Il y a une vraie affinité entre les deux », confirme un lieutenant du leader bleu. Mais l’entente cordiale des années passées a laissé la place à une certaine amertume chez Xavier Duval et ses hommes. Il y a bien évidemment eu les épisodes Michael Sik Yuen, durant lesquels le Premier ministre a pris un malin plaisir à ne pas soutenir Duval dans ses tentatives de mettre le ministre du Tourisme au pas.

La décision de rester avec Ramgoolam est dorénavant subordonnée à deux conditions. « Le communiqué du PMSD lors de l’expulsion de Sik Yuen était clair. Nous ne ferons pas partie d’une alliance où Sik Yuen est candidat. Cette condition n’est pas négociable. Elle est de principe », prévient-on du côté des bleus. Deuxième condition, tout aussi essentielle : un coup de barre dans l’action du gouvernement. Les proches de Duval déplorent le manque de décisions courageuses au plus haut niveau. Le ministre des Finances serait ainsi tout à fait disposé à rester si un véritable plan de redressement est mis en route.

 

Option 2 : Faire partie d’une alliance PTr-MMM. Au PMSD, on n’est pas dupe sur le désir du Premier ministre de faire une grande alliance avec le Mouvement militantmauricien (MMM). Ce qui permettrait à Ramgoolam de remporter sans se forcer les prochaines élections générales. Mais également de faire un grand ménage en se débarrassant des boulets rouges actuellement autour de lui.

Un temps redoutée, la cohabitation Paul Bérenger-Xavier Duval au sein d’une alliance dirigée par Ramgoolam ne pose pas de vrai problème au patron du PMSD. Certes, il y a la question du nombre de tickets qu’obtiendrait alors le parti. Mais chez les bleus, on admet volontiers que le tandem PTr-MMM mettrait de facto en route le plan de redressement tant souhaité par Duval. Ce qui encouragerait considérablement ce dernier à vouloir rester pour participer à ce gouvernement.

 

Option 3 : Faire alliance avec le Remake de 2000. S’il y a bien une chose sur laquelle on est certain au PMSD, c’est que les prochaines élections seront serrées. « Si elles avaient lieu dans une semaine, je prédis un 30/30 », s’aventure un bleu. Un tel pronostic dans la bouche d’un politique ne veut d’habitude dire qu’une chose : l’anticipation d’une défaite.

Or, au PMSD, on pense que le parti est du levain pour le Remake qui gagnerait, à coup sûr, avec Duval dans son équipe. « Xavier est jeune, il incarne la relève. Il sera un élément rassurant dans une alliance dirigée par deux vieux leaders. » Si Duval est courtisé à travers des intermédiaires à coup de « dir li desid enn fwa », du tandem Paul Bérenger-sir Anerood Jugnauth (SAJ), le leader des bleus ne s’est pas encore personnellement mêlé des négociations, assure-t-on dans son entourage. Qui prend même la peine de préciser les prétentions du PMSD en terme de tickets : six, dans l’idéal, huit. « Et il est hors de question que ce soit des tickets dans des circonscriptions coupe-gorge », prévient-on.

 

Option 4 : Faire alliance avec le MSM. C’est la solution qui s’imposerait de fait au PMSD si jamais le PTr et le MMM concluent une alliance au sein de laquelle Duval serait persona non grata. « Si on oublie SAJ pour un moment, on a là deux leaders, Pravind Jugnauth et Xavier Duval, qui sont jeunes et qui, sur le moyen terme, incarneront la seule alternative crédible », raisonne-t-on au PMSD.

Au-delà du côté « alliance par défaut » d’un MSM-PMSD, il y a toutefois une réelle concordance de stratégie entre les deux partis. En effet, le parti soleil et les bleus ont, durant ces derniers mois, patiemment mené une campagne de recrutement auprès de jeunes prometteurs. Les deux partis comptent chacun créer une nouvelle dynamique en annonçant bientôt l’identité et les brillants parcours de leurs nouvelles recrues.

 

Option 5 : Aller seul aux élections. Ce serait le baroud d’honneur pour le PMSD. « Nous avons certes un électorat créole à la base. Tout comme le PTr a une base hindoue. Mais comme le PTr, nous voulons être un parti national », entend-on au PMSD. Pour y arriver, Xavier Duval serait déjà en train de se débarrasser de certains de ses oripeaux. Ainsi, l’un de ses proches explique que l’absence du leader du PMSD au lancement du dernier Festival international kreol (FIK) n’était pas que le résultat de la tension entre Duval et Sik Yuen, mais aussi un aveu de lassitude. « Le FIK est dépassé, c’est d’un Festival international morisien dont nous avons besoin. Si les autres veulent jouer à ce jeu-là, qu’ils le fassent. Si demain, Ramgoolam veut ramener Jocelyn Grégoire dans son escarcelle après le départ de Duval, nous n’entrerons pas dans son jeu. »

Afin de mieux se préparer à l’éventualité de voler de ses propres ailes, le PMSD serait en train de faire élaborer une stratégie et un programme électoral par un cabinet étranger. Qui a également été chargé d’élaborer une stratégie de communication basée sur les réseaux sociaux, les nouvelles technologies ainsi qu’une web TV du parti.

« Nous voulons être prêts à nous présenter seuls devant l’électorat. Mais si toutefois, un nouveau parti avec des personnes compétentes nous approche, nous penserons éventuellement à travailler ensemble », révèle l’entourage de Duval. En avouant toutefois qu’une telle stratégie mènerait le parti dans l’opposition à l’issue des prochaines législatives. Mais lui permettrait éventuellement de devenir la seule alternative crédible aux partis au pouvoir lors des élections de 2020. Un investissement que l’on veut bien tenter au PMSD.

 

Laquelle des cinq options choisira Xavier Duval ? Cela dépendra de la stratégie personnelle du leader du PMSD. Mais surtout de l’attitude de Navin Ramgoolam durant les semaines à venir. Une chose est sûre, au PMSD on assure vouloir prendre le temps qu’il faut avant de faire le choix le plus opportun. L’attente commence.