L’avis de recherche est lancé. Mais on peut raisonnablement penser qu’il sera très difficile – voire impossible – de trouver la personne pouvant clairement expliquer le court-circuit dont a été victime Showkutally Soodhun. Ce lundi après-midi, sur Radio Plus, le ministre a été « révolté » par un acte « jamais vu », « indécent » et « very cheap » de Xavier Duval. La faute du mécréant qui « veut devenir le roi des musulmans » : avoir permis à un sympathisant de suspendre ça et là quelques banderoles. Dont le texte, si fâcheux, dit : « Xavier wishes you a blessed Eid-Ul-Fitr Mubarak ». Shocking, n’est-ce pas !?

La futilité du coup de sang du ministre du Logement et des Terres a été accueillie à sa juste mesure chez les bleus. D’abord, c’est un Mahmad Kodabaccus un peu désemparé qui a tenté d’expliquer que son parti et son leader n’ont rien fait de mal. Puis, c’est Adrien Duval, le rejeton du mécréant, et la page Facebook des bleus qui se sont chargés de railler Soodhun. En brandissant l’illustration publiée sur la page Facebook du MSM où on voit un Pravind Jugnauth souriant accompagné du texte : « Eid Mubarak. May this Eid brings [sic] lots of happiness and blessings to our all [sic] muslim brothers and sisters ». Finalement, c’est Xavier Duval qui a remis diplomatiquement Soodhun à sa place.

Le coup d’ergot du coq est bien placé. D’une, l’apparatchik orange reproche en fait à Xavier Duval de faire ce que Pravind Jugnauth fait déjà. Et de deux, Si Soodhun juge que le PMSD a « politisé » la fête qui appartient à « toutes les communautés », il faut bien admettre que la photo de Pravind Jugnauth transmet les souhaits aux seuls « muslim brothers and sisters ». Alors que la banderole bleue utilise un « you » qui peut aussi bien s’adresser à Sandhya qu’à Anwar ! Autant donc pour la pertinence de la sortie de Soodhun contre Xavier Duval…

N’empêche, en attendant l’électricien qui pourra expliquer le court-circuit de Soodhun, on doit bien tenter une explication. Commençons par la plus improbable – à la hauteur du « raisonnement » de Soodhun ! C’est au ministère du Logement et des Terres qu’un Muslim Desk a été mis en place il y a près de deux mois. Afin de s’occuper de tous les griefs de la communauté. Est-ce donc à dire que Xavier Duval aurait dû s’adresser au prince de la communauté avant de suspendre ses banderoles ? Est-ce ainsi un impardonnable impair protocolaire qui vaut au leader du PMSD les invectives de son « junior » immédiat dans la hiérarchie gouvernementale ? Qui sait…

Ce qui est certain, toutefois, c’est que le gouvernement connaît quelques mini séismes depuis quelque temps. Au milieu de ce tumulte, Soodhun prend probablement la mesure de son influence et de son importance, très relatives, dans le système solaire du MSM. Certes, il a l’estime et l’oreille de sir Anerood Jugnauth. Mais le ministre ne fait pas partie de la clique des enquêteurs – Ravi Yerrigadoo, Roshi Bhadain et Pravind Jugnauth. De même, si avec Nando Bodha, Soodhun incarne la garde rapprochée de SAJ, leurs trajectoires divergent peu à peu… jusqu’à probablement se heurter, à terme.

Au moment où les intrigues du palais débutent au MSM, Soodhun doit se résoudre à constater l’évidence. Sa fidélité n’empêchera ni Bodha, ni Leela Devi Dookun, ni même un troisième larron, d’avoir préséance sur lui dans le cadre d’une succession transitoire entre SAJ et Pravind Jugnauth. Le MSM condamne ainsi Soodhun à n’être qu’un prince, dont le titre de vice Prime minister ne vaut finalement pas grand-chose.

Les alliés du MSM au sein de l’Alliance Lepep ont tout autant intérêt à voir palir l’aura de Soodhun. Si celui-ci est actuellement le numéro 3 du gouvernement, en étau entre Xavier Duval et Ivan Collendavelloo, il est probable qu’il ne conservera pas cette position hiérarchique si jamais la succession de SAJ est ouverte. Le PMSD et le Muvman Liberater, voulant tous deux se positionner comme le partenaire incontournable du MSM, auront tôt fait d’écarter un Soodhun trop encombrant.

Sous son air penaud, le ministre du Logement et des Terres a suffisamment d’expérience politique pour comprendre qu’il va lui être demandé de faire de la place aux autres. Hier, Showkutally Soodhun a asséné à son monde qu’il faut encore compter sur lui. Il l’a dit d’une manière futile et dans un langage désagréable ici. Là-bas, à Londres, quelqu’un l’a probablement entendu.