Il faut bien l’admettre. La constance de Somduth Dulthumun force l’admiration. Nous n’évoquons bien évidemment pas son étonnante capacité à s’acoquiner avec celui ‒ quel qu’il soit ‒ qui occupe le fauteuil du Premier ministre. Mais plutôt la requête que réitère inlassablement le président de la Mauritius Sanatan Dharma Temples Federation à chaque Maha Shivratri. Ces derniers jours, nous avons constaté une nouvelle fois qu’il n’est malheureusement pas très écouté. Dulthumun prêche dans le désert quand, année après année, il demande aux dévots de construire des kanwar de taille raisonnable.

Maurice étant ce qu’elle est, il y a des commentaires qui sont plus ou moins acceptables venant de Radha ou Sanjay, mais qui sont illico considérés racistes ou intolérants s’ils sont rédigés ou dits par Olivier ou Nourina. Qu’importe par qui, quelques vérités doivent être dites. Quitte à déplaire à tous ceux qui pensent que Maha Shivratri et son pèlerinage constituent une licence à faire tout et peut-être n’importe quoi pendant quelques jours.

Premier constat : la course à la taille devient ridicule. La faute à une pratique vieille de quelques décennies. Les temples du pays et associations religieuses ont longtemps entretenu un esprit de compétition malvenu entre localités, parfois à coup de concours du plus beau kanwar. « Beau » rimant avec « grand » dans l’esprit de nombreux dévots. Toutefois, la course à la taille lancée jadis n’a toujours pas pris fin. Si les concours n’existent plus, l’envie, voire le besoin, de mieux se faire voir que le quartier ou le village d’à côté demeure.

Quelques-uns y arrivent en construisant des kanwar en forme de char d’assaut ou d’avion de chasse. Histoire de rappeler, présumons-nous, que Shiva est le destructeur. Puis, il y a ceux qui estiment que la taille de leur kanwar est directement proportionnelle à leur dévotion perçue. Ils se lancent donc dans la construction de véritables édifices. Quitte à prendre une voie et demie en circulant sur les routes et à dépasser d’un bon mètre la hauteur habituelle d’un porte-conteneur.

Il faut maintenant imaginer plusieurs de ces kanwar géants circulant en même temps et se suivant à quelques mètres de distance. C’est à ce spectacle haut en couleur et fort en congestion routière que des milliers d’automobilistes ont été contraints d’assister la semaine dernière. Certes, la plupart des Mauriciens ont appris a prendre leur mal en patience pendant les quelques jours de pèlerinage. Sans s’en rendre compte et sous le coup de l’énervement, de nombreux conducteurs ont aussi probablement mis en péril leur propre sécurité et celle des pèlerins en voulant doubler rapidement après avoir passé parfois une heure à effectuer un trajet qui s’accomplit d’habitude en trois fois moins de temps.

Il n’y a toutefois pas que la taille des kanwar qui pose problème. Mais aussi l’attitude des pèlerins. Il y a de nombreux groupes responsables et bien organisés qui comprennent qu’ils partagent la route avec d’autres véhicules. Ceux-là s’assurent de ne pas occuper toute la largeur d’une voie et se font précéder d’éclaireurs pour prévenir les véhicules venant en sens inverse. Mais aussi de marcheurs fermant le cortège dont la tâche est d’aider les véhicules venant dans le même sens à doubler les pèlerins. Mais il y a aussi de très nombreux groupes à penser que tout leur est permis. Comme celui, croisé à Coromandel, qui encourageait les voitures arrêtées à un feu rouge à le brûler, histoire de ne pas freiner la progression du kanwar géant qui voulait passer.

Au problème d’attitude par rapport au code de la route se greffe malheureusement aussi un problème d’attitude par rapport à l’environnement. «Cleanliness is next to godliness», dit l’adage. Or, chaque pèlerinage nous offre le même spectacle désolant de milliers de gobelets et petites assiettes en plastique jonchant les bordures de route. Les volontaires qui animent la myriade de points de ravitaillement et de repos à travers l’île effectuent un travail formidable, notamment pour nettoyer les lieux qu’ils occupent. Mais ils ne peuvent suivre tous les pèlerins avec un sac poubelle.

La ferveur religieuse est un bien beau spectacle. Nous en témoignons chaque année à plusieurs reprises dans le pays. Le même engouement, toutefois, dans le respect des autres concitoyens et de l’environnement serait un spectacle encore plus grandiose.