On évoque à tout-va la mort ou la survie du seggae, alors que le débat semble être ailleurs. Une musique meurt quand on ne la vit plus ou qu’on ne la cultive plus. Le seggae ne connaît pas une mort lente, elle est juste, à mon humble avis, trop conditionnée dans un milieu clos où certains artistes de ce registre s’autoproclament ambassadeurs de cette sonorité ou dictent les codes du comment-jouer-au-seggae. A à peine 25 ans, oser parler de mort prématurée est un peu insolent alors qu’il a tout devant lui pour avancer.

Il faut dire à nos dreadlocks/chanteurs qu’ils ne sont pas les propriétaires de cette musique, tout comme le reggae n’est aujourd’hui pas seulement l’affaire des rastamen ou des blacks. Gentleman et Groundation en sont les exemples flagrants. Le reggae est universel. En Chine, le mandarin se conjugue au reggae. La preuve avec le groupe Long Shen Dao et son reggae conscient, tendance taoïste chanté en mandarin.

Imposer quel genre de seggae à produire ou de ligne musicale à respecter ne sauvera point. Bien au contraire… Le seggae d’aujourd’hui ne résonnera pas comme le seggae de Kaya. En cela, il ne perd pas pour autant de sa valeur. Comme le reggae de Bob sonne différemment sous la direction de ses fils. Damian et Stephen Marley transportent le reggae dans un autre univers. Et cela ne fait pas de Junior Gong un profane de la musique de son père.

Le seggae doit évoluer, se mélanger à d’autres, tout en conservant ses origines. Percy Yip Tong, qui a parcouru le monde et les festivals de musique, peut évoquer la portée du seggae sur la scène internationale. Pour cela, il faut continuer à travailler sur cette musique. En jouer, en la diversifiant pour qu’elle s’enrichisse. Si le seggae est distillé avec ce souci de la perfection et dans la conservation de son identité (séga/reggae), il pourra s’imposer de lui-même.

Il manque toutefois, pour cela, une structure autour de cette musique. Faire du bon seggae ne suffit pas pour émerger et exister. Il faut, aujourd’hui, un encadrement professionnel autour de l’artiste pour favoriser une bonne promotion et une présentation du projet sur la scène internationale. La professionnalisation des structures dans l’univers de la musique est un élément important que bon nombre d’artistes négligent, continuant à travailler de manière artisanale. Et ça, c’est révoltant…