Son gouvernement est « fully committed » à combattre le trafic de drogues. C’est ce qu’a expliqué le Premier ministre en guise de réponse préliminaire à la Private Notice Question de Paul Bérenger, ce mardi 22 novembre au Parlement. Cette précision faite, sir Anerood Jugnauth (SAJ) rejette illico une partie de la faute sur le gouvernement précédent. C’est sous ce régime que la situation s’est détériorée, pense-t-il.

Répondant aux questions du leader de l’opposition sur le nombre de policiers arrêtés pour trafic de drogue, sur l’affaire Arvind Hurreechurn et sur la saisie de 42,6 kilos d’héroïne à La Réunion, SAJ a régulièrement demandé qu’on laisse la police faire son travail.

« Oui », répond SAJ à Bérenger quand ce dernier lui demande de confirmer si un des officiers de la Very Important Person Supporting Unit (VIPSU) était assigné à la protection de sa résidence. « Étrange » qu’on lui ait confié cette mission, admet le chef du gouvernement en affirmant que c’est la « dernière personne » à qui on aurait dû avoir pensé pour cela. Cherchant à savoir si ce policier faisait partie de la VIPSU avant les dernières élections, Bérenger s’est contenté du « je n’ai pas cette information » du Premier ministre.

Celui-ci avait, par contre, les détails des arrestations de policiers dans le cadre d’enquêtes sur la drogue. Ils sont 21 à avoir été coffrés : 10 en 2014 ; 4 en 2015 et 7 au 18 novembre 2016. Si 6 d’entre eux sont en cours d’être jugés, l’enquête se poursuit pour 13 policiers. Dans un seul cas, précise SAJ, le Directeur des poursuites publiques a renoncé à poursuivre le suspect.

Le chef du gouvernement a ensuite répondu à la question de Bérenger sur l’état des caméras se trouvant au Moka Detention Centre, où l’ancien policier Arvind Hurreechurn a été retrouvé pendu dans sa cellule fin octobre. Contrairement à ce qu’avait affirmé Xavier Duval, mardi dernier (voir p. 40 du Hansard), le Premier ministre explique que les 43 caméras du centre de détention, réparties dans 18 cellules sont toutes défectueuses. Avant de préciser que la panne généralisée date de 2013. Si un exercice d’appel d’offres a été lancé en 2014 pour le remplacement du réseau de surveillance, SAJ précise que celui-ci n’a pas été fructueux. « Un nouvel exercice d’appel d’offres sera lancé bientôt », avance-t-il du coup.

Interpellé par la réponse du Premier ministre, le leader de l’opposition lui rappelle que Xavier Duval avait affirmé que seules les caméras de quelques cellules étaient défaillantes. Enchaînant alors pour demander à SAJ qui a décidé de placer Hurreechurn dans la cellule numéro 14. SAJ dit avoir sollicité le Commissaire de police, qui lui a fait comprendre que cette cellule a été spécialement aménagée pour les VIP et dispose de toilettes et d’un lavabo. Se pourrait-il qu’il y ait une complicité à « haut niveau » dans la police ayant conduit à la mort du suspect ? se demande le leader du MMM dans l’agitation ambiante. « L’enquête suit son cours », répond laconiquement son interlocuteur.

Bérenger a cherché à savoir si un lien a été établi entre Hurreechurn et une maison de jeux de Rivière-du-Rempart que le suspect fréquentait. « C’est un endroit public, je suppose qu’il a pu s’y rendre », explique SAJ. Avant de confirmer que trois arrestations de policiers ont eu lieu dans le cadre de l’enquête. « Où en est l’enquête de la Commission nationale des droits de l’homme sur cette mort en cellule ? » demande Veda Baloomoody. A quoi SAJ répond, agacé, que la commission aurait dû continuer son enquête et ne pas remettre le rapport d’Hervé Lassemillante à la police. « Ils sont à blâmer, ils n’ont pas assumé leur responsabilité », accuse le Premier ministre.

Abordant l’importante saisie de drogue à La Réunion, le Premier ministre explique que le 16 novembre dernier, le gouvernement mauricien a demandé aux autorités françaises de mettre en place un plan de travail regroupant Madagascar, La Réunion et Maurice sur les drogues. Deux jours plus tard, les enquêteurs de la police ont eu une discussion avec le directeur de l’Independent Commission against Corruption pour aborder les manières de traquer l’argent sale des trafiquants.

Shakeel Mohamed a, lui, suggéré au Premier ministre s’il ne serait pas opportun de demander au Commissaire de police (CP) de se retirer, vu « l’érosion de la confiance placée en lui ». Avant d’estimer que la mission d’enquêter sur les affaires de drogue soit plutôt confiée aux juges. « Je ne suis pas d’accord que le CP ‘step down’ », a protesté SAJ en remarquant qu’étant déjà suffisamment occupés, les juges n’auront pas le temps d’enquêter sur ce type d’affaires.

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