Ravi Rutnah est une personne sympathique. Une conversation avec lui est toujours animée, ponctuée par les «brothers» qui rythment ses phrases. Il n’est ni bête, ni hautain, et contrairement à l’image qu’il peut renvoyer au Parlement ou en conférence de presse, il est raisonnable de nature.

Au-delà de la forme, Ravi Rutnah est un bosseur. Comparé à quelques autres avocats politiciens de son âge, il a remporté quelques procès retentissants. Au Parlement, il a prouvé qu’il était studieux, notamment en faisant capoter la tentative d’Aadil Ameer Meea de pomper en douce un vieux discours de Kee Chong Li Kwong Wing. Le parlementaire sait aussi débattre, sans sombrer dans l’outrance. Généreux dans l’effort, le Deputy Chief Whip effectue son travail avec zèle. Cumulant deux postes : attaquant et défenseur.

Les maladresses de Rutnah dans son ardeur à la tâche ont néanmoins fini par lui valoir une image de benêt sympathique. Il est devenu l’Averell des frères Dalton du gouvernement [Sinatambou, Jhugroo, Gobin et Rutnah]. Parfois, c’est son accent en anglais qui lui vaut des moqueries. Il lui arrive également d’attirer des quolibets à cause de son incapacité à résoudre un problème d’arithmétique de grade 4 ou 5. Mais admettons-le, par moments, les attaques sont aussi mesquines. Comme quand on a voulu utiliser les ennuis de santé de son épouse pour nuire à l’élu de Piton/Rivière-du-Rempart.

Peu avant 20h, mardi dernier, le benêt s’est toutefois transformé en un personnage bien moins aimable. En un dégoûtant goujat qui manie un langage grossier et dégradant envers les femmes. En traitant une journaliste de «lisien femel», Rutnah a également cherché à sous-entendre que la personne est de petite vertu. Tout cela nous amène à quatre observations.

Premièrement, il est évident qu’au Muvman Liberater (ML) et au gouvernement, on ne fait pas grand cas du respect dû aux personnes – peu importe leur sexe. Car, dans un premier temps, loin de condamner illico les propos de Ravi Rutnah, Ivan Collendavelloo, son leader, a minimisé sa diatribe et n’a, dans sa gestuelle, montré aucun signe d’agacement contre l’élu de son parti. A croire que les membres du ML ne prennent la mouche et volent au secours des dames que quand celles-ci sont leurs petites amies. Quel déplorable exemple ils donnent, au passage, aux jeunes à qui ils ont vendu une image de vertueux agissant sous l’autorité morale de sir Anerood Jugnauth pour se faire élire en 2014. Eux qui ont attendu que l’opinion publique se déchaîne, pour soudainement réaliser – du Premier ministre à la ministre de l’Egalité des genres – qu’il fallait condamner fermement, kare-kare, le dégoûtant de service.

Deuxièmement, il faut déplorer la tentative de Ravi Rutnah de justifier sa faute en prétendant être victime de racisme. Sur Radio Plus, il n’a rien trouvé de mieux que d’affirmer que l’hostilité des certains médias à son égard s’explique par son origine de «zanfan lakanpagn». Le député n’a pas eu le courage d’aller au bout de sa pensée. Car le message était clair : c’est son statut d’hindou rural, de «malbar lakanpagn» qui lui vaut les railleries. Cet alibi est insultant pour tous les malbar lakanpagn qui occupent des postes de responsabilité dans le privé et le public sur la base de leurs compétences. Ils jouissent du même respect que les malbar lavil ou toute autre personne occupant les mêmes fonctions. Ils subissent aussi, le cas échéant, les mêmes critiques. En voulant justifier l’inadmissible par un stéréotype d’un autre âge, le député n’a fait que démontrer son propre complexe (d’infériorité ?).

Troisièmement, on en vient à douter de l’intelligence de la personne. Rutnah dit s’être emporté parce qu’une journaliste l’aurait traité «d’aboyeur de service». Déjà, dire que le député «aboie» n’est, au final, que l’énoncé d’un fait. Tant il hurle comme un goret qu’on égorge, notamment lors des rassemblements politiques de son parti. Plus ridicule encore, Rutnah n’arrive pas à identifier clairement l’article où l’épithète offensant aurait été utilisé. Ce flou vaut, du coup, à l’offensé de «bark at the wrong tree» – l’expression anglaise est de circonstance. Car la journaliste qu’il a visée affirme n’avoir jamais rien écrit de la sorte dans ses chroniques.

Quatrièmement, tout cela nous amène à mesurer à quel point l’Alliance Lepep est constituée de personnes qui ne sont en rien préparées à occuper des responsabilités politiques de premier plan. Car celles-ci requièrent un cuir épais pour pouvoir encaisser, comme Nando Bodha ou Ivan Collendavelloo par exemple, des coups sans broncher. De toute évidence, Rutnah est un bleu qui n’a que peu d’aptitude à faire partie d’un monde dans lequel il se fait sans cesse remarquer par ses gaffes et sa médiocrité.

Tout compte fait, au vu de tout ce que nous venons d’écrire, nous prenons exemple sur Rutnah. En bon gentleman, nous retirons le titre de cet éditorial et nous présentons nos plates et sincères excuses à ceux qui ont pu être choqués et/ou heurtés par celui-ci. Veuillez plutôt lire : «Rutnah, ce zéro»*. Au passage, toujours pour prendre exemple sur le zéro, demandons au Premier ministre : «Sa Ravi Rutnah la, li vo pou enn depite sa !?»