1re publication du KDZM suite au Budget

 Le Kolektif Drwa Zanfan Morisien (KDZM) fera une série d’articles en réaction à ce nouveau budget.

Nous nous étonnons du peu d’intérêt accordé à l’enfant mauricien dans ce nouveau Budget 2017-2018. Pourtant, les enfants constituent environ 25% de notre population mauricienne !

Peu de réactions de la part de nos dirigeants et députés.

Peu de réactions de la part des citoyens et médias qui pourraient, avec nous, s’indigner.

Jamais trop tard.

Indignons-nous ensemble car sans investissement dans l’enfance, comment seront outillés nos leaders de demain ?

Nous allons commencer cette série d’articles par la question de la prise en charge des enfants porteurs de handicap.

Il est stipulé, dans l’article 28.1.a. de la Convention des droits de l’enfant, ratifiée par Maurice depuis 1990, que l’enseignement primaire est obligatoire et gratuit pour tous.

Et selon l’article 23.3, cela doit inclure tous les enfants porteurs de handicaps, dont les enfants autistes.

Maurice a confirmé et adhéré formellement à la Convention relative aux droits des personnes handicapées le 8 janvier 2010. L’article 24 fait mention de l’inclusion des personnes handicapées dans le système éducatif.

Dans le dernier Budget, il y a eu l’annonce de l’augmentation du grant in aid, contribution du ministère de l’Éducation aux écoles spécialisées enregistrées auprès de la Special Education Needs Unit dudit ministère.

Cette participation passe de Rs 60 millions à Rs 110 millions, ce qui est très positif !

Néanmoins, nous sommes encore loin de l’éducation gratuite pour tous et la parité comme le stipule la Convention des droits de l’enfant. Notamment en ce qu’il s’agit des enfants porteurs de handicaps, notamment des enfants autistes qui ont besoin d’une attention en one-to-one. Nous espérons que parmi les 184 support teachers qui seront recrutés pour les élèves ayant des difficultés d’apprentissage, certains seront dédiés aux enfants porteurs de handicap et compétents pour les aider.

Certaines ONG de ce secteur opèrent dans des maisons converties en écoles, avec des dépenses de loyer et factures, réparations des bâtiments et autres qui ne sont prises en charge par aucun ministère.

Nous attendons impatiemment de voir la répartition des fonds du ministère de l’Éducation pour la prise en compte de cette doléance.

En décembre 2016, le centre de diagnostic de l’ONG Autisme Maurice a dû fermer ses portes faute de moyens ; les restrictions de la nouvelle National CSR Foundation provoquant la cessation de ses activités.

Malgré les démarches soutenues de cette ONG auprès du ministère de la Santé depuis le premier courrier en mars 2016, jusqu’à la rencontre après la fermeture du centre en avril 2017, ce centre n’a pu poursuivre ses activités. Et ce, malgré la contribution du ministère de la Sécurité sociale d’août 2016 à décembre 2016. Les fonds ne suffisant pas pour le financement total sur une année.

Selon la prévalence de l’Organisation mondiale de la santé ces dernières années, 1% de la population serait porteur de trouble autistique, équivalent à 12 000 personnes, dont plus de 4 000 enfants, selon l’ONG Autisme Maurice.

A la fermeture du centre de diagnostic de cette ONG, il y avait plus de 100 cas en attente de diagnostic.

De 2012 à 2016, la moitié des 400 cas des enfants venus au centre a été diagnostiquée comme ayant des troubles autistiques.

38 enfants autistes sont pris en charge dans les écoles d’Autisme Maurice. Certains enfants autistes sont scolarisés dans des écoles privées ou en ONG.

Certains sont pris en charge par des professionnels de la santé si la famille a les moyens financiers mais les enfants lourdement handicapés doivent rester chez eux, faute de structure adaptée.

En ce qui concerne le transport, les parents/accompagnateurs des enfants handicapés reçoivent un remboursement du trajet en bus, tandis que les enfants ont un pass pour voyager gratuitement.  Mais la plupart ne peuvent en profiter car il est difficile pour les enfants autistes de voyager seuls en bus, manquant d’autonomie. Les enfants doivent donc être véhiculés dans des minibus scolaires particuliers qui parfois : refusent de les prendre, imposent des tarifs exorbitants, viennent les récupérer et les déposer à des heures indues – très tôt ou très tard – car la priorité est injustement donnée aux enfants ‘non handicapés’.

Il a été proposé dans le Budget qu’une flotte de transport particulière soit mise en place par région, pour les écoles spécialisées.

Ces transports particuliers, des enseignants formés spécifiquement pour la prise en charge des enfants handicapés, la mise en place des structures d’accueil en cas d’incapacité de prise en charge ou de décès des parents, etc. Ces mesures pourraient-elles être comprises dans ces RS 11 milliards alloués par le nouveau budget à la Santé ?

Le Comité des Droits de l’enfant des Nations unies a demandé à l’Etat mauricien, en février 2015, dans ses Concluding Observations, d’agir contre toute forme de discrimination et d’inclure les enfants handicapés (Recommandation 27.)

Où en est-on où de cette inclusion, mesdames et messieurs qui nous gouvernez ? L’augmentation du grant in aid est un pas positif mais cela est loin de suffire.

Ce premier article est une première réaction du KDZM suite à ce budget où la place de l’enfant semble être quelque peu délaissée.

A noter que nous (plusieurs ONG et experts de terrain) avons été sollicités pour donner nos recommandations pour ce Budget. A cet effet, nous avons envoyé des documents le 31 mars au ministère des Finances.

Avons-nous été sollicités simplement pour avoir bonne conscience d’avoir demandé l’avis des experts de terrain, mais sans réelle intention de prendre en compte de leurs propositions ?

Quelle tristesse, pour ne dire que cela…

Nous sommes convaincus qu’une étroite collaboration entre services publics et société civile est nécessaire pour améliorer la situation des enfants et personnes vulnérables.

Et pour cela, l’engagement financier est essentiel.

La volonté politique de nos décideurs se reflétera dans les moyens qu’ils mettront en œuvre.

Mesdames et messieurs qui nous gouvernez, l’enfant Mauricien est-il une priorité pour vous ?

Quelles actions allez-vous prendre ?

Le Comité des droits des personnes handicapées a examiné le rapport de Maurice le 25août 2015 et la rapporteuse du Comité pour l’examen du rapport mauricien, Safak Pavey «s’est inquiétée d’informations faisant état d’obstacles physiques, socio-économiques et culturels qui entravent la pleine intégration des enfants dans la société, en particulier pour ceux qui souffrent de handicap intellectuel». Mme Pavey a indiqué attendre de Maurice qu’elle «mette en place un système d’éducation pleinement inclusif d’ici l’examen de son prochain rapport périodique».

Nous, plusieurs membres de la société civile concernés par l’enfant, nous l’attendons aussi !