Le 12 décembre 2013, une enfant de 10 ans dit avoir tué un homme.

 

Abus sexuels

Selon les propos des personnes de son entourage, cet homme l’aurait à plusieurs reprises agressée sexuellement : attouchements, voyeurisme, harcèlement sexuel…

A-t-on compris que les conséquences des abus sexuels sur les victimes s’observent à court et à long terme sur le plan psychologique, social, physique et sur la vie sexuelle ? Toute forme d’abus sexuel est grave et a des conséquences capitales dans la vie d’un enfant victime, enfant en construction.

Selon Nisse en novembre 2013, « tout abus sexuel est de l’ordre du crime, du trauma, une tentative d’assassinat psychique où l’enfant entre dans un coma psychique ».

Quand arrêtera-t-on de dire à Maurice : « C’est pas grave, moi aussi j’ai vécu ça, oublie. » ? Ou : « Tais-toi, c’est ton papa » ? Ou encore : « Aret fer maleleve » ? Quand s’arrêteront la banalisation et la minimisation de ces actes ?

 

Actes illégaux

La loi mauricienne condamne toute personne reconnue coupable d’un  acte de nature sexuelle envers un enfant à une peine d’emprisonnement : la Child Protection Act (1994, updated 2008) et la section 249 du Code pénal (1838), « any person who commits an indecent act […] upon a child of either sex under the age of 12, shall be liable to penal servitude […] ».

L’agresseur sexuel d’un enfant est dans plus de 90 % des cas issu du « cercle de confiance » de l’enfant. Il/Elle est proche de l’enfant. Proche de sa famille. Il est très difficile pour un enfant victime de le dire. Par honte, par peur de ne pas être cru, par culpabilité ou tabou social.

Cette enfant a dit à des proches ce que cet homme lui faisait subir. Qui l’a protégée de cet agresseur ? Qui a alerté les autorités pour dénoncer cet abus sexuel ? Cette défaillance dans la protection de l’enfant se retrouve dans TOUS les milieux sociaux.

 

Se protéger ou exprimer sa souffrance

Tuer, si c’est effectivement ce qu’elle a fait, pour se défendre ou exprimer sa colère ou sa souffrance, n’est certes pas approprié. Mais le recours à la violence est expliquée par une interaction entre plusieurs facteurs : biologiques, psychologiques, sociaux, environnementaux. Des facteurs endogènes (intrinsèques et liés à la personnalité) et des facteurs exogènes (situationnels).

Parmi les facteurs psychologiques, il peut y avoir un attachement insécurisant avec la personne responsable de l’enfant, une perception de menace, une basse estime de soi, un traumatisme vécu (abus sexuels, maltraitance, abandon) que la personne n’a pas pu mettre en mots. Le manque de moyens intérieurs ou « coping skills » des personnes pour faire face à des situations difficiles a un impact important.

Parmi les facteurs sociaux, l’école et famille ont un rôle crucial dans l’expression de l’agression lié à l’apprentissage (Bandura, 1973, théorie de l’apprentissage social). Un enfant qui apprend la violence comme mode de communication et de relation peut plus facilement y avoir recours.

Les médias peuvent aussi avoir un impact, véhiculant la violence, la normalisant et donnant une représentation irréaliste (Girandola, 2004).

Un bilan psychologique et psychiatrique sera aussi nécessaire.

 

Prise en charge

Il est capital que cette enfant soit accompagnée par un professionnel en psychologie compétent, l’aidant à prendre conscience de ses actes. Des conséquences de ses actes.

Il s’agira de développer chez cette enfant des habiletés sociales pour gérer une situation problématique. On ne tue pas quelqu’un même s’il nous a fait du mal. On trouve des solutions appropriées qui prennent en compte le respect de soi, de l’autre et de l’environnement. Cela s’apprend. Cette enfant devra apprendre à mettre des mots sur ce qu’elle ressent. Qu’elle apprenne à dire sa tristesse, sa colère, etc., au lieu de les poser en actes.

Il importe aussi que sa famille soit aidée. Qu’est-ce qui fait que cet homme avait accès à elle si la famille savait qui il avait des gestes « déplacés » et qu’il était « pervers », pour reprendre les propos du père ?

La complicité consciente ou inconsciente des parents pose question. Ces abus ont eu lieu sous leur toit, la parole de l’enfant parlant de ces agressions a été ignorée. Le fonctionnement de cette famille doit être repensé et revu.

Aucun enfant n’est à l’abri.

Soyons vigilants !

 

 

Mélanie Vigier de Latour-Bérenger est psychosociologue, diplômée de l’université Paris V-René Descartes. Vice-présidente de la Société des professionnels en psychologie à Maurice (http://sppmaurice.blogspot.com), elle est également présidente de Pédostop, une ONG de lutte contre l’inceste et la pédophilie à Maurice.