L’Attorney General (AG) arrive dans l’hémicycle sourire aux lèvres. Semblant assez confiant, Ravi Yerrigadoo gagne rapidement sa place et consulte ses réponses à la Private Notice Question du jour sur Betamax.

Le Premier ministre arrive quelques instants plus tard. Avant même d’aller à son fauteuil, il est intercepté par Sudesh Rughoobur et Eddy Boissezon. Il leur fait brièvement la conversation avant d’aller dire quelques mots à l’oreille de Sudhir Sesungkur.

Face à Pravind Jugnauth, Xavier Duval est assis les bras croisés. L’air sérieux et concentré, il attend le début de la séance. La sonnerie retentit et Maya Hanoomanjee informe les députés qu’une enquête est toujours en cours par rapport à la question soulevée par Aadil Ameer Meea au sujet du compte-rendu des débats reproduit dans le Hansard. Les élus l’écoutent en silence.

La PNQ débute peu de temps après. La longue introduction de Ravi Yerrigadoo indispose le leader de l’opposition. Il essaie de capter le regard de la Speaker. Afin d’amener l’AG à répondre plus directement aux questions posées.

Yerrigadoo est catégorique, la State Trading Corporation (STC) a mis fin au contrat avec Betamax en suivant les procédures. «Manti ! Manti ! Manti !», proteste le chef du PMSD. L’AG ne prête pas attention. Ashit Gungah, lui, est très concentré. Le ministre du Commerce, responsable de la STC, suit attentivement la version écrite des réponses de Yerrigadoo.

La deuxième partie de la réponse de Yerrigadoo est soudain mouvementée. De nombreuses interruptions conduisent le ministre à parler très fort dans son micro, afin de se faire entendre dans le brouhaha ambiant. Il insiste qu’il ne peut dévoiler les informations demandées par Duval. Exaspéré, il frappe son pupitre. «Pe koz Freedom of Information Act sanse», lance Shakeel Mohamed. Rajesh Bhagwan se met de la partie : «To pe fer per la ?» lance-t-il à Yerrigadoo. «Si to pe rod fer per, fer kone», renchérit Thierry Henry.

Xavier Duval, non plus, n’en démord pas. «Fos! Fos!», interrompt-il quand l’AG donne les montants payés à Betamax entre 2011 et 2015. Sa réponse initiale terminée, Yerrigadoo se rassied et boit quelques grandes gorgées d’eau. Le député de Beau-Bassin/Petite Rivière (no 20) n’en a pas fini avec lui. «Satar Hajee Abdoola ena rezon», se moque Bhagwan, en faisant allusion à la méchanceté dite par ce proche de Pravind Jugnauth lors d’une conversation avec Dawood Rawat, à Paris en 2015.

Le leader de l’opposition ne lâche pas son interlocuteur. Il veut désormais savoir si des ministres ont tenté de négocier avec Veekram Bhunjun, le patron de Betamax. Yerrigadoo lit une longue réponse parmi ses notes. Duval tente à nouveau d’amener la Speaker à rappeler l’AG à l’ordre. Mais Pravind Jugnauth et Showkutally Soodhun ne l’entendent pas ainsi. «To’nn poz li kestion, les li reponn», lui enjoignent le Premier ministre et le ministre du Logement et des Terres.

A une nouvelle question supplémentaire de Duval, Yerrigadoo relit une nouvelle fois une longue note écrite, s’écartant du sujet sur lequel il est interrogé. Ce nouvel écart rend Duval furieux. Qui frappe violemment son pupitre. Loin d’impressionner les membres du gouvernement, la colère de Duval fait plutôt l’objet de moqueries. Pravind Jugnauth imite le leader de l’opposition et frappe également son pupitre. Il est rejoint par le vice-Premier ministre et d’autres membres de sa majorité.

Une nouvelle question supplémentaire porte sur la possibilité que les prix de Betamax pourraient être moins chers que ses compétiteurs aujourd’hui. L’hypothèse de Duval est battue en brèche par Yerrigadoo qui lit les chiffres en sa possession pour confirmer que ce n’est pas le cas. Excité, Soodhun frappe son pupitre. «Ki to tap latab ta? Soodhun, ki to problem? Bizin rann twa kont?», assène Veda Baloomoody.

Le temps de la PNQ épuisé, Maya Hanoomanjee accorde deux minutes supplémentaires au chef de l’opposition pour une dernière question. Duval tente d’en négocier deux, sans succès. Il demande donc à l’AG si une loi rendant les ministres redevables pour leurs décisions est envisageable. «To pe koz Ramgoolam la?», demande Nando Bodha sur le ton du sarcasme. L’AG note également que la proposition de Duval ressemble à celle du leader des travaillistes. Loin d’en prendre ombrage, Duval répond : «Yes, yes». Le pouce levé en direction de Yerrigadoo.

La PNQ se termine avec une protestation de Bhagwan. «No supplementary for us ?» La Speaker rappelle que la PNQ est le privilège du chef de l’opposition. Et la parole est passée à d’autres élus seulement quand l’auteur de la PNQ a épuisé ses questions. «Be ki arive? Bizin met enn kadna dan labous kan nou vinn la?» s’emporte l’élu mauve. «We are only doing our job!» Mais la Speaker a tranché.

C’est donc vers Yerrigadoo que Bhagwan refoule son ressentiment. «Satar Hajee Abdoola inn bien dir lor twa! Chokra! Mo mem mo pe sagrin twa !» Le last warning de la Speaker à l’élu du numéro 20 l’aidera toutefois à se calmer.