Lettre à nos parlementaires

Si la section 25A de la Prevention of Terrorism (Amendment) Bill (PoTA) est votée, il faudra l’approbation d’un juge avant que la police ne soit mandatée à installer et contrôler des caméras à l’université de Maurice (UoM). Or, il semblerait qu’une telle surveillance existe déjà. Selon le premier principe de la Magna Charta, dont l’UoM est signataire, l’université doit être « indépendante de tout pouvoir politique, économique et idéologique ». Est-ce bien le cas ?

Pour beaucoup parmi nous, l’UoM est notre alma mater. La suspicion d’un risque terroriste peut-elle justifier le viol de notre mère-nourricière ? Car c’est de cela qu’il s’agit lorsque certains se donneraient le droit d’espionner le campus. N’y a-t-il pas une preuve ici que la PoTA est superflue ? Une telle loi, comme nous en avons déjà témoignée à Maurice mais aussi ailleurs au monde, ouvre grand la porte à des abus. Pire, elle répond peu aux craintes des gens et ne s’attaquent pas aux sources du terrorisme. Ce qu’il faudrait, c’est braquer toutes les caméras sur le campus du Réduit, mais pour complètement autre chose que la surveillance suspicieuse. Ou pour des manigances politiciennes…

Soyons cette « institution autonome qui, de façon critique, produit et transmet la culture à travers la recherche et l’enseignement » comme le stipule la Magna Charta. Concrètement, lorsqu’il s’agit de lutter contre le terrorisme, il faut dépasser les discours de salon sur la sécurité ou même la tolérance pour aborder les sujets et débats tabous. Disons-le sans langue de bois, la question du terrorisme aujourd’hui n’est pas sans relation avec une mauvaise présentation de l’islam, plus exactement avec ce que peuvent faire un groupuscule de musulmans. Ici, ils ne sont que quelques individus au sein d’une communauté de deux cent mille âmes. Mais enclencher une fausse guerre contre le terrorisme ne ferait que stigmatiser ces derniers qui ne veulent que vivre leur foi paisiblement avec et dans le respect de leurs compatriotes. Que l’UoM soit ce lieu de recherche et d’enseignement mutuels impliquant toutes les parties concernées, non seulement sur ce que disent vraiment les religions, mais aussi sur leurs histoires et philosophies, sur leurs divergences et évolutions, sur les défis et engagements du pluralisme contemporain.

Autant devons-nous être solidaires avec nos dirigeants qui s’opposent aux grandes puissances sur la question des Chagos, autant sommes-nous perplexes quant à leur asservissement à adopter des lois répressives venues d’ailleurs concernant le terrorisme. Surtout lorsque notre territoire à Diego Garcia est subtilisé à des fins inavouables comme la torture de terroristes potentiels. Au lieu d’être le paillasson de ces mêmes grandes puissances, nous devrions leur montrer la voie du vivre-ensemble.

Trois siècles de pluralisme à Maurice auraient dû convaincre nos politiques qu’ils ont un exemple à offrir au monde. Le cas mauricien est riche en leçons. Y compris lorsqu’il s’agit de comprendre les dynamiques de la société dans toute sa complexité face aux enjeux nouveaux comme les média sociaux et l’influence du contexte international. Il y a à Maurice de remarquables mécanismes qui évitent la dérive des musulmans, par exemple, vers des extrémismes qui peuvent s’avérer violents. Mieux encore, il y a une intégration des éléments instables qui se fait tant à l’intérieur de la communauté qu’au sein de notre nation émergente. Un tel processus mérite d’être analysé, renforcé et peut servir de modèle. Tout n’est pas parfait, mais nous avons intérêt à répondre à la menace terroriste par la valorisation et la consolidation de notre vivre-ensemble. Et à le partager en toute humilité avec ceux qui en ont gravement besoin au lieu d’importer leur fausse guerre contre le terrorisme.

C’est là que la première université du pays a un rôle capital à assumer. L’UoM doit être sous les feux des projecteurs, et non sous surveillance antiterroriste, car elle peut devenir un laboratoire vivant tant dans le façonnement durable de notre avenir économique et technologique que dans la construction d’une nation où la diversité est une force inestimable. Elle a été la mère-nourricière de beaucoup, mais peut avoir comme vocation d’être celle d’une nouvelle République.