« Le Premier ministre britannique n’est pas intéressé à me rencontrer pour discuter des Chagos. » Cette phrase, sir Anerood Jugnauth (SAJ) l’a répété plusieurs fois au Parlement aujourd’hui. Le Premier ministre a bien tenté de rencontrer son homologue british au Sommet du Commonwealth, l’année dernière : « Il m’a évité tout le long. » Maurice est toutefois déterminée, a insisté le chef du gouvernement, à exercer sa souveraineté sur les Chagos, tout comme sur l’archipel de Tromelin, sujet de la Private Notice Question du jour.

Il n’y a, pour l’heure, pas d’autre alternative à la discussion, a fait ressortir le Premier ministre. Ainsi, deux réunions entre hauts fonctionnaires britanniques, menés par Peter Hayes, et mauriciens ont eu lieu le 9 novembre 2015 et la semaine dernière, le 11 mai. Il y a cependant eu « très peu de progrès » sur la manière d’interpréter le jugement du Tribunal international du droit de la mer en faveur de Maurice, indique sir Anerood Jugnauth, le point de vue de la Grande-Bretagne étant « très étroit », estime le chef du gouvernement. Il dit avoir souligné auprès de la Grande-Bretagne mais aussi des Etats-Unis que Maurice doit faire partie de « toute négociation » concernant les Chagos et Diego Garcia.

« Il est inacceptable que la Grande-Bretagne continue de fournir excuse après excuse pour ne pas retourner l’archipel à Maurice », a dit le Premier ministre à Peter Hayes, directeur des Overseas Territories au sein du UK Foreign and Commonwealth Office, lors de leur rencontre la semaine dernière. « La guerre froide est terminée, l’Union soviétique n’existe plus ; la Grande-Bretagne ne peut prétendre que l’archipel des Chagos est nécessaire dans la lutte contre le terrorisme et la piraterie. »

Pour ce qui est du retour des Chagossiens sur l’archipel, SAJ a réitéré à Peter Hayes que cela ne peut se faire « sans que Maurice ne soit impliqué et d’accord ». Et que l’exercice de consultation menée auprès des Chagossiens est « en violation des droits humains les plus élémentaires des citoyens mauriciens d’origine chagossienne ».

Le gouvernement mauricien n’est pas opposé à ce que Diego Garcia continue à servir de base militaire aux Américains, avance SAJ. Il est même prêt à accordé un « bail de 60 ans » aux States, contre le paiement d’un loyer. Tant que l’archipel est retourné à Maurice. Le pays a d’ailleurs demandé à la Grande-Bretagne d’inviter les Américains à participer à des discussions trilatérales. La Grande-Bretagne n’accepte toutefois pas que Maurice soit consultée ou prenne part aux négociations avec les Etats-Unis sur l’utilisation des Chagos à des fins de défense.

« J’ai requis que l’archipel des Chagos soit retourné à Maurice à une date précise et proposé qu’entre-temps, la cogestion pourrait être considérée », a encore indiqué SAJ. Si à fin juin 2016, la Grande-Bretagne n’a pas répondu, le Premier ministre compte évoquer la souveraineté des Chagos à l’assemblée générale des Nations unies, prévue en septembre prochain.

Paul Bérenger a fait remarquer que si l’on en vient à affronter la Grande-Bretagne en Cour, Maurice n’aura qu’un « avis consultatif » du Tribunal, et que ceux-ci ne garantissent en aucun cas  la victoire. Certes, a répondu le Premier ministre. Mais cet avis peut avoir un « effet moral », et servira Maurice sur toutes les plateformes possibles. Les Etats-Unis et la Grande-Bretagne s’érigent en « défenseurs de la liberté », fait remarquer SAJ, « mais il me semble que de par leur attitude, leur philosophie est : ‘might is right ‘. » Soit, la force prime sur le droit.

En ce qu’il s’agit de Tromelin, SAJ a indiqué que la France compte ratifier l’accord de 2010 sur la cogestion.

Mise à jour [19 mai, 13h16] : Le Haut-commissariat britannique a réagi aux propos de sir Anerood Jugnauth, le mercredi 18 mai, dans une courte déclaration. Il confirme qu’une délégation est venue à Maurice, la semaine dernière, pour poursuivre les discussions en vue de la mise en œuvre de la décision du Tribunal international du droit de la mer.

Celui-ci avait notamment statué que les droits de pêche mais aussi ceux en rapport aux ressources minières et pétrolières de Maurice doivent être respectés.

Il a été convenu entre les deux parties, indique le Haut-commissariat en réaffirmant son engagement, que ces discussions sont « sans préjudice quant à la position de l’une ou de l’autre sur la question de la souveraineté ». Ce qu’avait également indiqué SAJ au Parlement.

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