Le Premier ministre déteste qu’on lui mette la pression. Or, la situation dans laquelle il se trouve depuis le départ du PMSD du gouvernement est inconfortable. Il est désormais vulnérable à une motion de censure à la faveur d’une union tactique de l’opposition et de l’absence de deux membres de la majorité au moment du vote de la « motion of no confidence ». Cette conjoncture va-t-elle conduire Navin Ramgoolam à enclencher une nouvelle opération de débauchage chez l’adversaire ? Risque-t-il vraiment d’être mis en minorité à la rentrée parlementaire ? Pour des raisons aussi bien pratiques que politiques, il faut répondre non aux deux questions.

Le gouvernement impossible. L’opposition – disparate et désunie – n’a aucune prétention à vouloir constituer un nouveau gouvernement pour diriger le pays jusqu’à fin mars 2015. Faire partir Ramgoolam pour le remplacer dès à présent, sans passer par des élections, ne fait donc aucun sens. Déclencher immédiatement la dissolution de l’Assemblée nationale, non plus. Du moins, pas pour le MMM.

La censure impossible. Paul Bérenger a été clair jusqu’ici : à défaut de faire voter la loi sur la réforme électorale, il se contentera de concrétiser l’amendement transitoire à la Constitution. Toutefois, depuis samedi, Navin Ramgoolam a apporté une clarification de taille : il compte imposer une consigne de vote à ses députés. Adoptant ainsi la même approche que le MMM sur la question. A eux seuls [33 députés PTr et 19 MMM, soit exactement les 52 députés requis pour obtenir les ¾ des 69 élus du Parlement], les deux partis sont en mesure de faire voter l’amendement transitoire ou la réforme électorale en cas d’accord entre Ramgoolam et Bérenger. Le leader mauve a donc intérêt à ce que le Parlement ne soit pas dissout pour l’heure. Mettant ainsi Ramgoolam dans la situation cocasse d’avoir Bérenger pour gardien de sa majorité parlementaire !

L’improbable match à trois. Le souhait d’emmener le MMM seul aux élections, tel qu’exprimé par Bérenger ce samedi, a autant de valeur que son affirmation de fin mars à l’effet qu’une alliance PTR-MMM est « out out out ». Malgré les gages publics de courtoisie, les hostilités Ramgoolam-Bérenger pourraient toutefois reprendre de plus belle au Parlement.

Cette stratégie obéirait à une seule logique : redorer les blasons de Bérenger ET de Ramgoolam. Malmené depuis des semaines par une opinion publique et une aile dissidente qui ne comprennent plus sa manière de souffler le chaud et le froid à propos de son alliance avec Ramgoolam, Bérenger a besoin de démontrer qu’il ne s’est pas soumis. Il l’a fait avec sa déclaration tonitruante à l’issue de son comité central de samedi. Certains au MMM croient même que cette posture a requinqué une partie des militants favorables à la stratégie « seul contre tous ».

Ramgoolam a, lui aussi, besoin de rassurer. En pleine phase « trop beau pour être vrai », Bérenger et lui savaient que « certaines pressions » étaient susceptibles de faire capoter une alliance PTr-MMM. Si Bérenger doit donner l’impression de ne pas avoir trahi l’allié d’hier pour pactiser avec l’adversaire honni, Ramgoolam doit lui démontrer à une frange très conservatrice de ses supporters que certains « acquis » n’ont pas été bradés dans le seul but de permettre à Bérenger mal né de devenir chef du gouvernement pendant cinq ans. Ramgoolam aussi est confronté à l’interrogation « what’s in it for us ? » venant de son camp.

A l’heure où le Parlement s’apprête à reprendre ses travaux, la motion de censure n’est ainsi qu’un pistolet à eau sur la tempe de Navin Ramgoolam. Ce qui est réellement préoccupant toutefois, ce sont les fusils pointés dans sa direction et dans celle de Bérenger par les orthodoxes de leurs camps respectifs. L’envie est là, les deux leaders tenteront donc de négocier une alliance, en donnant l’impression à leurs troupes d’avoir tenu tête dans les négociations. Mais les pourparlers ne pourront durer indéfiniment.

Ils cesseront peut-être si Bérenger et Ramgoolam finissent par trouver le courage de s’affronter en dehors de toute alliance lors des élections générales. C’est un rêve pour l’un, une tentation vieille de quelques années pour l’autre. Ce serait également une situation claire et « trop beau pour être vraie » pour les électeurs et notre démocratie. Malheureusement, ces dernières semaines nous ont démontré que les situations politiques « trop beau pour être vraies » sont éphémères.